Nouvelle : La Valeur du Risque

Salut les Rêveurs !

 

Vous vous souvenez de cette histoire centrée sur des gangsters que j’avais écrit au cours de l’hiver passé, « passé passé » désormais ? Si vous ne l’avez pas encore lue ou que cela ne vous dit plus rien, je vous remets le lien : https://suivresesreves.com/2018/11/30/nouvelle-dure-realite/ (j’y explique d’ailleurs l’un des mes projets).

Celle-ci s’inscrit dans le même registre et le même univers. Seuls changent les acteurs, le contexte bien sûr, ainsi que l’organisation dont il est question.

A travers ce récit improvisé à la dernière minute, j’avais à cœur de développer quelques personnages (un en particulier) et d’amener un peu plus de détails à ce monde que j’ai imaginé.

Vous allez donc découvrir l’envers du décor concernant l’origine du fameux personnage mis en avant ici ! 🙂

 


 

La Valeur du Risque

 

 

21h08 – 15 juillet 2006

Parc Public, quelque part dans Hamlin

Comté de Nashoba, Nebraska, États-Unis

 

 

Tandis que le soleil entamait tout juste sa descente vers l’horizon et que sa lumière sa para d’un superbe orange, on pouvait dire qu’il faisait encore très bon en cette soirée de mi-juillet. Et pour cause, le début de la saison chaude annonçait un été des plus prometteurs.

Comme elle en avait pris l’habitude, la belle Kalista était venue s’asseoir sur l’un des nombreux bancs du parc afin de profiter des derniers rayons de notre astre céleste. Le paysage en ces lieux était d’une rare plénitude et c’est précisément la raison pour laquelle la blonde aux yeux d’un vert limpide appréciait tant cet endroit. Un endroit qu’elle considérait même comme particulier.

De brillants faisceaux perçaient à travers les arbres et la végétation environnante. Emportée par la magie du moment, les mains posées sur ses genoux, Kalista ferma les yeux et pencha la tête en arrière, suite à quoi elle inspira profondément. Un léger souffle d’air tiède, loin d’être désagréable pensa-t-elle au passage, lui caressa les joues rosées. De précieux mais douloureux souvenirs remontèrent soudain à la surface. Mis à part un vieux couple qui passait dans le coin, et qui se demanda alors ce que pouvait bien faire la jeune femme, il n’y avait personne ici. Du moins, c’est ce qu’il semblait.

A une vingtaine de mètres de là à peine, un homme au visage sinistre, ainsi qu’au teint pâle, se tenait à l’ombre d’un grand orme d’Amérique et il n’y avait pas le moindre doute sur le fait qu’il était en train de l’observer. Rien qu’en le voyant, il n’inspirait vraiment pas confiance. Car contrairement à Kalista, on pouvait deviner – et ce avec une facilité déconcertante – que cet homme était tout sauf un bon samaritain. Si quelqu’un l’avait surpris à cet instant, le regard verrouillé sur elle, il aurait parfaitement pu être qualifié de rôdeur inquiétant ; ou encore de prédateur sexuel, à la recherche de sa prochaine victime.

Un autre homme, l’air plus naturel et plus amical surtout, le rejoint bientôt sous les multiples branches du feuillu. Bien plus bronzé aussi, il s’agissait à priori de son exact opposé. Ce dernier mâchait une barre de chocolat à la marque plutôt célèbre lorsque son homologue se tourna vers lui avec un dédain non dissimulé.

 

Sérieusement, Davis ? Tu crois que c’est le meilleur moment pour ça !? Grogna-t-il, exaspéré.

Bah quoi ? T’as vu l’heure un peu ? Je commence à avoir la dalle moi, mon gars ! Répliqua tranquillement son partenaire.

Il y a plus important. Peut-être faut-il te rappeler qu’on est en pleine mission ?!

 

Le premier s’était rapproché du second comme pour le défier.

 

Ho ho ! Relax putain ! Lâcha l’autre en calmant ses ardeurs, après avoir terminé son encas. Elle ne risque rien tant qu’on est dans les parages, okay ? Et puis, dis-moi, franchement, qui serait assez fou pour l’attaquer comme ça ? Hmm ?

 

Le mystérieux observateur soupira et dut reconnaître qu’il n’avait pas tort :

 

Écoute, t’as probablement raison. Mais je ne sais pas… Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il existe un vrai risque à l’heure actuelle. Elle a quand même beaucoup de mal à se remettre de la perte de Cahill.

Ouais, je vois ce que tu veux dire. Acquiesça Davis tout en portant lui aussi son regard vers Kalista. Ça se sent ce genre de choses. Après tout, elle était proche de ce mec. Non ?

 

S’il attendait réellement une réponse de sa part, il ne l’obtint pas et un blanc assez gênant s’installa entre les deux hommes. Davis refusa toutefois de le laisser s’en tirer à si bon compte et il continua de développer sa pensée, dans le but de pousser son acolyte à parler.

 

D’ailleurs, j’ai entendu dire que ce serait l’un d’eux qui l’aurait dénoncé au final. T’imagines la gueule qu’il a dû tirer, ce pauvre Sandy ? Envoyé à la mort par l’un de ses propres collaborateurs… Sacrés Irlandais ! S’exclama-t-il avec une pointe de moquerie.

 

Et, comme il l’avait prévu, l’intéressé tomba bien sûr dans le panneau et se livra à une confession :

 

Est-ce qu’il t’arrive de réfléchir parfois ? Le reprit-il en le fixant droit dans les yeux. Tu ne vas pas me dire que tu crois à ces bruits de couloir ? Tout le monde sait, en interne, que ça vient de chez nous. C’est la Milice* qui est responsable de son sort. Rien d’officiel mais c’est quelque chose dont on a à peu près tous connaissance. Réveille-toi !

 

Le dénommé Davis, sourire aux lèvres, feint l’étonnement et se contenta d’un banal : « Ah bon ? » nonchalant en guise de conclusion. Satisfait, il était parvenu à lui soutirer une information, dont il attendait une confirmation. Il savait très bien que l’obscur Elliott entretenait des liens étroits avec certains de leurs supérieurs hiérarchiques et qu’il s’agissait là d’une occasion rêvée d’en apprendre plus. Il faut dire que, sous son allure innocente de gentil naïf, Hunter Davis cachait habilement son jeu et pouvait se montrer fin psychologue.

 

 



 

* = La Milice est à cette époque l’organisation criminelle dominante de la ville de Hamlin, à laquelle appartiennent les deux hommes dans le texte. C’est aussi la rivale historique de l’Union (l’organisation qu’on avait côtoyé ensemble dans la nouvelle précédente, en lien avec celle-ci) et, surtout, la pièce centrale du futur roman que j’envisage d’écrire sur ce thème précis.

 



 

 

Lorsqu’ils se tournèrent à nouveau vers Kalista, tous deux furent stupéfaits de constater son absence : la jeune femme ne se trouvait plus assise sur le banc et avait subitement disparu de leur champ de vision ! Elliott grimaça d’horreur avant de saisir Davis par le maillot, se retenant de l’insulter au passage.

 

On l’a perdue à cause de tes conneries !! Vociféra-t-il.

MES conneries ? Insista son vis-à-vis en ricanant.

 

Lui semblait clairement s’amuser de la situation, comme s’il avait déjà compris ce qui était en train de se passer.

 

Sans déconner, t’es vraiment qu’un..

 

Et alors que le plus énervé s’apprêtait à dire ce qu’il pense de l’autre, une voix féminine mais ferme se fit entendre derrière eux. Cette voix leur était familière et pour cause, puisque la personne qui venait de les empêcher d’envenimer (plus encore qu’en temps normal) leurs rapports professionnels n’était nulle autre que Kalista elle-même ! La charmante blonde avait en réalité contourné, sans qu’ils ne s’en aperçoivent, le grand arbre sous lequel ils se planquaient.

 

Ça suffit messieurs. On croirait voir deux gosses se chamailler, franchement… Commenta-t-elle sur un ton désabusé.

Avec tout le respect que je vous dois, Madame, ce n’est pas facile d’avoir un crétin comme Hunter dans les pattes. Tenta de s’expliquer Hughes d’une façon maladroite.

Oh ! Donc c’est ça que je suis ? Un crétin ? Renchérit Hunter, un brin provocateur, qui se dégagea de son emprise. Merci du compliment.

J’ai d’autres mots à l’esprit si tu veux.

Pour l’amour du ciel ! Faites-vous un gros câlin et qu’on n’en parle plus ! Intervint sèchement Kalista. Je vous jure que si vous n’arrêtez pas immédiatement votre petit numéro à la con, je vais vous retirer ce qui vous reste de virilité, c’est compris ?

 

A ces paroles on ne peut plus explicites, les deux hommes s’assagirent.

 

Veuillez excuser notre comportement, Dame Kalista. Ce n’est pas digne de nous. Réagit ainsi Davis, bientôt imité avec peine par Elliott.

Hmmm.. Il a raison. Désolé pour cet écart de conduite.

Je préfère ça. Leur sourit-elle cette fois. Suivez-moi maintenant. On s’en va.

 

Il s’avérait en fait que Hughes et Hunter étaient bel et bien en train de la surveiller. Seulement, leurs intentions n’étaient pas du tout malhonnêtes : Kalista fait elle aussi partie de la Milice et se trouve au-dessus d’eux dans la hiérarchie de l’organisation (d’où le vouvoiement et les marques de respect). Ils veillaient là à ce qu’il ne lui arrive rien. En somme, une simple mission de routine pour nos deux meilleurs amis !

 

Tandis qu’elle marchait d’un pas décidé, Davis osa la rattraper puis la questionner, sous l’œil méprisant de son collègue resté en arrière :

 

Je ne veux pas vous paraître déplacé mais vous êtes sûre de vouloir partir ? Vous avez l’habitude de rester un peu plus longtemps pourtant.

Tu es quelqu’un de très observateur, n’est-ce pas Hunter ? Lui fit-elle remarquer à juste titre. Bien que tu ne le laisses pas toujours paraître.

Euh.. J’imagine, oui. Répondit-il en se frottant la tête, sans assurance.

Ne sois pas si modeste. Je t’ai percé à jour, Hunter Davis.

D’accord. Mais vous ne m’avez toujours pas répondu, cela dit. Retenta-t-il sa chance.

 

Kalista rit devant l’audace de son subordonné puis accéléra le pas.

 

J’ai fait mon choix. Expliqua-t-elle avec un regain de sérieux. A l’avenir, je ne me lamenterai plus et je tacherai de ne plus regarder derrière moi. Le passé est le passé, nous devons tous avancer. C’est pourquoi je ne remettrai plus les pieds dans ce parc, car je n’en ai plus besoin désormais.

 

« Sache que ta place est dans mon cœur à jamais, Sandy. » Songea-t-elle ensuite, comme si elle adressait une dernière prière à son amour perdu, tandis que Davis essayait de comprendre ces paroles drapées d’un voile mystérieux. Fermant la marche, Hughes revint tout à coup à leur hauteur et souhaita connaître leur destination :

 

Si je peux me permettre, où va-t-on ? Lança-t-il, alors que le trio avait maintenant atteint l’entrée du lieu public.

MacKinley* m’a appelée, un peu plus tôt dans la journée. Il m’a fait savoir que notre cher voleur souhaite me rencontrer personnellement. Dit-elle sereinement. Il nous a indiqué une adresse en ville. Et c’est là-bas que nous allons.

 

A cet instant précis, dans les yeux de la jeune femme, on pouvait percevoir cette lueur étrange qui l’habitait, sorte de roublardise et d’embrasement intérieur. A cet instant précis, sans le moindre doute possible, elle était redevenue celle qu’elle était avant le drame… Telle que tout le monde la connaissait dans le Milieu. Une femme forte et de caractère, une redoutable criminelle.

 



 

* =A l’instar de Kalista, MacKinley est également un membre haut-placé de la Milice.

 



 

Quoi ?! S’exclama Elliott. Attendez une minute… Vous ne parlez quand même pas de cet inconnu qui nous vole de l’argent depuis des semaines ?

Si, c’est bien lui dont il est question. Confirma-t-elle. Jusqu’ici, on ne sait pas comment il s’y prend pour nous avoir, mais force est de constater qu’il se débrouille pas mal. Donc je suis curieuse de voir à quoi il ressemble, pas toi ?

Là n’est pas le problème, Madame ! Ce rendez-vous a de grandes chances d’être un piège ! Objecta-t-il en passant devant Kalista.

J’en doute fortement. Pour ne laisser aucune trace, ce type doit être malin. Plus malin que la moyenne en tout cas. Argumenta Hunter, qui ne perdit pas une occasion de se montrer plus réfléchi que son rival.

Et ?

Bah c’est simple. S’il n’est pas idiot, comme on est en droit de le penser, il sait déjà très bien qu’il ne pourra pas s’en prendre à Dame Kalista. Ce serait beaucoup trop risqué pour lui, du fait de son statut. S’il souhaite la rencontrer, c’est sûrement dans l’optique de convenir d’un accord, ou quelque chose dans le genre. Enfin, j’imagine. Raisonna le jeune homme, dévoilant une facette différente de tout à l’heure.

 

Kalista, agréablement surprise par son potentiel, approuva l’analyse donnée et Hughes se tut, ne pouvant qu’enrager en silence. Lorsqu’ils revinrent à la voiture, un SUV noir et compact, produit d’une célèbre marque allemande, Hunter s’installa au volant tandis que Hughes fit monter leur supérieure à l’arrière et prit ensuite place sur le siège passager, visiblement peu ravi de partager le trajet avec le conducteur. Celui-ci entra l’adresse fournie dans le GPS du véhicule puis écrasa l’accélérateur.

 

 

22h18 – 15 juillet 2006

Queensbury, dans un quartier en périphérie de Hamlin

Comté de Nashoba, Nebraska, Etats-Unis

 

 

Le Queensbury, hein ? S’interrogea Hunter, en faisant allusion au nom de l’endroit où le voleur était censé se montrer. Tu connaissais, toi ?

 

Hughes, fumant sa clope appuyé contre le capot de la voiture, affirma que non d’un mouvement de la tête. Le lieu de rendez-vous s’avérait être un motel, du nom de Queensbury donc, qui ne payait pas de mine.

 

C’est un drôle d’endroit non ? Fit alors remarquer Davis. Je veux dire, pour rencontrer des gens comme nous*. On est au milieu de nulle part et la nuit vient de tomber. A croire qu’il cherche les emmerdes…

Au contraire. Nota Kalista, qui se tenait à l’écart de ses deux gardes du corps. C’est justement afin de nous prouver qu’il ne fera rien de stupide qu’il a choisi cet hôtel bon marché. Il n’y a personne dans le coin, ce serait facile de se débarrasser de quelqu’un et il le sait.

Oh, je vois… Une preuve de bonne foi de sa part, en fait !

En effet.

 

« Décidément, nous avons affaire à un oiseau rare… Il me tarde de le découvrir. » Pensa-t-elle sur le moment.

 



 

* = comprendre par là, des gangsters (ou mafieux, c’est comme vous voulez).

 



 

Si les deux hommes avaient préféré rester à proximité du véhicule et se tenaient prêts, au cas où, la jeune femme, elle, était montée à l’étage de l’établissement. Accoudée contre la balustrade en bois, qui mériterait sans doute un bon coup de peinture, elle scrutait l’horizon en attendant l’arrivée du mystérieux – mais non moins intrigant – inconnu.

Hunter en profita pour manger une autre barre chocolatée et se dit qu’il allait s’empiffrer en rentrant tandis que Hughes, stressé et impatient, écrasa son mégot par terre, après avoir fumé la cigarette jusqu’au filtre. Il sortit son paquet, dont le logo représentait une cible rouge, et s’apprêta à en reprendre une, quand soudain…

Une silhouette apparut à travers la lumière du lampadaire, ce dernier éclairant faiblement le parking du motel. Elliott et Davis n’eurent cependant aucun doute quant au fait qu’il s’agissait d’un homme, plutôt jeune à priori. Et, heureusement pour lui, il avait le réflexe d’avancer de manière prudente. Car il fut mis en joue presque immédiatement.

 

Un bon conseil : ne fais pas le con surtout ! Le prévint Hughes en braquant son 9mm dans sa direction.

Messieurs, du calme s’il vous plaît. Répliqua-t-il sans la moindre trace d’anxiété dans la voix. Je ne suis venu que pour discuter, c’est tout.

Amène-toi par ici ! Ordonna Hunter, qui avait lui aussi son arme pointée sur lui. Et pas de geste brusque ou… Tu connais la suite.

 

Les mains levées, le type s’arrêta à sa hauteur et fut fouillé. Le gangster était vraiment surpris de voir à quel point il paraissait jeune, sans conteste moins âgé qu’eux. Face à face, il pouvait maintenant distinguer un jeune homme présentable qu’on jurerait à peine sorti du lycée. Tant et si bien qu’il eut des doutes sur la véritable identité du voleur en question.

« Ce gars est si jeune… J’ai du mal à croire qu’il soit la source de nos petits soucis d’argent, ou même qu’il soit lié à un quelconque trafic… » Cogita-t-il. Hughes, qui pensa d’emblée à une supercherie, se montrait plus catégorique dans son jugement : « Non mais c’est quoi ce putain de gamin ! Si c’est lui le voleur, ben merde… Qu’on me rétrograde ! » Et il avait bien fait de ne pas partager son opinion, car la suite des événements allait évidemment lui donner tort.

Et alors que Davis se préparait à annoncer qu’il n’avait rien de dangereux en sa possession et qu’il allait le laisser continuer son chemin, il le vit lever les yeux de manière impressionnée, intriguée, comme un gosse qui voit quelque chose pour la première fois de sa vie. La raison à cela ? Kalista, qui avait peut-être anticipé, ou qui décida de prendre un risque malgré tout, descendait les marches du motel.

Bien sûr, le jeune homme s’était auparavant amusé à l’imaginer plusieurs fois, s’était demandé à quoi pouvait ressembler cette femme dont il a tant entendu parler, et pas forcément en de très bons termes. Du coup, pour faire dans le cliché total, il se figurait une femme d’âge mûr, qui avait déjà bien vécu et, au vu de ce qu’on raconte, du genre pas commode. Soit, pourquoi pas. Sauf que… Ce n’était pas le cas ! Et s’il savait pertinemment, du haut de sa vingtaine présumée, que certaines rumeurs – en plus d’être infondées – étaient aussi parfois amplifiées, déformées, voire même inventées de toutes pièces, il ne s’y attendait pas.

Sa longue chevelure lisse et cendrée lui tombait dans le dos. Son visage ovale, aux proportions équilibrées, ne présentait aucun signe d’imperfection et l’on pouvait ainsi lui deviner une maîtrise particulière du maquillage. Elle portait une ravissante robe noire (probablement une marque de deuil) qui laissait entrevoir de grandes jambes, comble de la féminité, montées sur des talons d’un rouge profond.

Plus elle s’approchait, plus il ne pouvait s’empêcher de penser à quel point cette femme était diablement impressionnante. Et d’une beauté frappante aussi, mine de rien ! « Je n’aurais pas su te décrire ce que je ressentais avec exactitude ce soir-là. J’étais confus, comme désorienté, tu vois. Aujourd’hui, je suis certain d’une seule chose : il émanait d’elle une aura à la fois saisissante et à la fois terrifiante. En clair, elle me foutait la pression. » Dira-t-il plus tard à l’un de ses proches à propos de cette rencontre, qu’il avait pourtant lui-même programmée.

Ou pour utiliser des mots différents, notre voleur était tout autant émerveillé par Kalista qu’il frissonnait en sa présence. Mais à ce stade, il n’allait pas se dégonfler et tâchait de le faire transparaître le moins possible. Il dépassa Hunter et Hughes, qui restaient sur leurs gardes, leur flingue à la main, et fit face à celle qu’il voulait voir, dont la peau de pêche semblait éclairer la nuit. Il déglutit puis décida finalement de se lancer :

 

Merci d’être venue, Dame Kalista. Ou dois-je dire Madame ? Formula-t-il en guise d’introduction.

Dame Kalista, je préfère. Répondit-elle avant de jeter un regard désapprobateur à Elliott, qui ne savait plus où se mettre tout à coup.

Permettez-moi de me présenter, je suis Mitchell Barnes. En général, on m’appelle Mitch. Enchanté.

 

Bien que se tenant un peu plus loin, les deux chiens de garde pouvaient entendre la conversation, tellement les alentours étaient calmes. En effet, pas un bruit ne venait perturber la scène qui se jouait devant leurs yeux.

 

Hé ! C’est qu’il a du vocabulaire le petit ! Fit remarquer Hunter à Hughes en se penchant vers lui.

Ferma-la et écoute. Rétorqua celui-ci, pleinement concentré sur Mitch.

 

La mafieuse sourit alors de façon ambiguë et entra directement dans le vif du sujet :

 

C’est moi qui suis enchantée de tomber enfin nez à nez avec l’homme qui nous échappe depuis quelques temps. Tu nous dois une coquette somme, Mitch. Affirma-t-elle avec une autorité perceptible, en insistant au passage sur son prénom.

 

Puisqu’elle ne faisait pas dans le détail, il se dit qu’il devait y aller franco et ne rien lui cacher. Son instinct lui dictait que se montrer hypocrite envers elle pouvait se révéler fatal.

 

174 000 et 38 dollars. Dévoila-t-il sereinement. Ne vous en faites pas, je compte vous rembourser en totalité. Et en prime, je pourrais même m’occuper d’un problème si vous le souhaitez.

Doué avec les chiffres en plus de ça. Pas étonnant que tu aies réussi à mettre la main sur autant de notre argent.

Je me débrouille pas trop mal, c’est vrai.

 

Là encore, il eut des doutes sur la véritable nature de ses propos. Mais il accepta toutefois la louange et se surprit à rougir.

 

Pour être entièrement honnête avec toi, je me demande pourquoi… Poursuivit-elle. Oui, pourquoi faire un truc pareil et t’exposer ainsi en plein jour ? Tu es suffisamment intelligent, j’en suis désormais persuadée, afin de peser le pour et le contre d’une situation, surtout celle-ci est synonyme d’ennuis. Donc explique-moi. Pourquoi voler une organisation respectable comme la nôtre, ce qui est une très mauvaise idée, tu en conviendras, et te placer délibérément en danger ? C’est déraisonnable, stupide, et d’autres s’empresseraient d’ajouter pure folie.

Vous venez de le dire avec lucidité, mes agissements ont été calculé et il n’y a pas de hasard dans ma démarche. Déclara-t-il. Elle est assez bancale, je le reconnais. Mais, pour tout vous avouer, j’étais réellement prêt à aller aussi loin. Ce peu importe les risques encourus. D’ailleurs, c’est ce que je nomme la Valeur du Risque : on accepte de prendre de gros risques, certes, mais si les cartes sont abattues correctement, une grosse récompense peut se trouver à la clé.

 

Kalista le scrutait intensément de ses yeux verts. Elle voulait le coincer pour ses actes et il a choisi de ne pas fuir, d’assumer comme un grand, presque sans sourciller. Même s’il se liquéfiait de l’intérieur, et malgré son jeune âge évident, Mitch avait beaucoup de sang-froid. « Il porte ses couilles » irait-on jusqu’à reconnaître crûment dans le Milieu*. Ce Mitchell Barnes commençait à lui plaire.

 



 

* = Le Milieu est le nom officieux du monde mafieux, utilisé par les gangsters eux-mêmes (les médias et le grand public préfèrent parler de la Pègre).

 



 

La Valeur du Risque, hein ? Le concept est intéressant, j’aime bien. Qu’espères-tu en tirer au juste ? Quelle sera ta récompense ici ? L’interrogea-t-elle, inquisitrice.

Vous n’y allez pas par quatre chemins, c’est sûr. Haha… Dit-il avant de lâcher un rire nerveux.

 

Puis il reprit son souffle et leva le voile sur ses motivations :

 

Bon, voilà. Si je vous ai volé, et sachez que je m’en excuse encore une fois, c’était dans le but d’attirer votre attention. De manière plutôt maladroite, je le conçois…

Pas faux. Mais c’est réussi, tu as toute mon attention à présent. Alors crache le morceau, je n’ai pas envie de trop traîner dans les parages. Le pressa-t-elle.

Je veux rejoindre les rangs de la Milice. Annonça-t-il d’un air résolu.

 

Hunter ricana devant l’ambition affichée du jeunot, non par dédain mais par respect envers sa force de caractère. Pour lui, avec tel potentiel, c’est comme s’il était déjà membre. Rien qu’en observant son chef, il pouvait ainsi pressentir qu’il l’avait séduite également. Kalista, elle, ne réagit pas tout de suite et resta muette durant quelques secondes (secondes qui parurent une éternité pour Mitch).

Quand soudain, le cliquetis métallique caractéristique d’un pistolet se fit entendre. Hughes, qui de son côté avait moyennement apprécié la requête de Barnes, pointait son arme sur l’arrière de son crâne.

 

Fini de jouer, petit gars. Commanda-t-il. Tu nous fais perdre notre temps.

Croyez-moi, je ne suis pas en train de jouer. Je mets ma vie sur la balance, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. Répliqua-t-il du coin de l’oeil, se sentant insulté par l’homme de main.

 

« Oh Mitch… Je vais vraiment t’adopter si tu continues ! » Jubila Davis dans sa tête.

 

Arrête tes conneries Hughes Elliott, avant que je ne te fasse bouffer ce putain de flingue ! Bouillonna Kalista, irritée par son attitude déplorable.

Mais enfin, Madame.. Insista ce dernier.

Faut-il que je te rappelle ta place ? Tu n’as rien à dire. En fait, je ne veux même plus t’entendre prononcer une seule parole. Monte dans la voiture et attends-nous. Demain, on aura une petite discussion toi et moi.

 

Là-dessus, elle l’acheva dûment et proprement. Rabaissé et conscient d’avoir outrepassé les limites, Hughes s’exécuta et se retira.

 

Reprends-moi si j’ai tort, Mitch. Récapitula la mafieuse, dont on pouvait voir à son expression qu’elle n’était pas d’humeur à plaisanter ni à se faire embobiner. En gros, tu as causé du tort à ma famille dans l’idée de pouvoir l’intégrer ensuite ? C’est ça ?

Oui, c’est tout à fait cela. Confirma le concerné, non sans trahir un soupçon d’angoisse dans la voix. Ça ne sonne pas logique, je sais. Mais c’est l’unique moyen que j’avais à disposition afin de pouvoir vous rencontrer et surtout, avoir ne serait-ce qu’une infime chance de vous épater.

 

Le visage de Kalista se décomposa progressivement. Bien sûr, Mitch craignait que les choses ne tournent en sa défaveur lorsque, contre toute attente… Elle se mit à rire comme jamais ; un rire en revanche beaucoup moins attrayant que son physique, nota le jeune voleur. Sur le coup, il ne sut pas comment interpréter cette attitude.

 

Tu as du cran, je veux bien l’admettre. Lui signifia-t-elle en se reprenant, tandis que Hunter acquiesçait le sourire aux lèvres. Et il en faut pour faire ce que nous faisons. Assurément. La vraie question, du moins celle que je me pose, là maintenant, c’est… Pourquoi moi ? Tu aurais pu passer par l’un de mes hommes par exemple, ou demander à nous rejoindre comme tout le monde, de la plus courante des manières.

Je vous l’ai dit. Je voulais vous étonner et vous prouver que je suis quelqu’un de capable. Assura-t-il en fronçant les sourcils, sans se rendre compte qu’il venait de renforcer les doutes de Kalista à son sujet.

 

« Non.. Elle n’a quand même pas.. ? Elle ne savait pas encore qui j’étais il y a à peine cinq minutes ! Comment peut-elle être aussi perspicace ? Cette femme est tout bonnement incroyable ! » Réfléchit-il à l’instant, sentant une sueur froide lui parcourir le haut du dos.

 

Ça ne répond pas à ma question, Mitch… Je te demande quelle est la véritable raison de notre rencontre, ce soir. Alors, je te le répète, pourquoi moi ? Et, s’il te plaît, ne réponds pas à côté cette fois. A moins que tu ne préfères faire plus ample connaissance avec cet imbécile qui ronge son frein, là-bas…

 

Et par « cet imbécile », elle désignait Hughes d’un signe de tête. Ce dernier était sagement assis dans la voiture et le fixait toujours, à l’image d’un prédateur guettant sa proie.

 

D’accord, vous m’avez convaincu. Confessa-t-il. N’en dites pas plus, je vais tout vous avouer.

J’écoute.

La vérité, Dame Kalista, c’est que je vous admire. Amorça-t-il ainsi son discours. Vous et, plus spécifiquement, votre travail. La première femme à devenir le leader d’une organisation criminelle, n’ayons pas peur des mots, c’est fort. Très fort. Et on parle de la plus puissante des organisations, qui plus est ! Rien que pour ça, vous méritez largement l’estime que je vous porte. La première femme à me faire autant flipper aussi, ce qui est un compliment. D’ailleurs, soyons clairs : en disant cela, je n’ai pas pour but de vous faire de la lèche, ce qui serait déplacé et ridicule à mon sens. Non, loin de là. Je ne cherche qu’à vous témoigner mon respect et vous donner un aperçu de l’impact que vous avez sur moi, et sans doute sur d’autres. Vous êtes un symbole de réussite, personne ne peut le nier. Sachez que je vous considère personnellement comme un modèle à suivre. Voilà pourquoi je voulais tant me retrouver face à vous, voilà pourquoi j’ai pris tant de risques, conscient des conséquences auxquelles je m’exposais. Et au final, je ne crois pas vous avoir mal jugé.

 

Il n’eut pas besoin d’en dire plus. Tout au long de leur discussion, la belle et maline Kalista avait pris soin de le tester. Et à l’issue de cet échange, le test s’était avéré positif.

 

Hunter… Finit-elle par prononcer.

Oui ?

Reste avec Mitch et vois avec lui pour les modalités. Hughes va me raccompagner. Oh ! Et présente le à Vince quand tu en auras terminé. Il devrait clairement l’apprécier.

A vos ordres. Obéit Davis, qui posa une main solide sur l’épaule du jeune homme.

Nous nous reverrons. Fit-elle savoir à son interlocuteur culotté, en se retournant. Plus tôt que tu ne le penses.

C’est bien ce que j’espérais.

 

Dit-il en s’inclinant devant elle pour la remercier, à la manière des gangsters.

 

 


 

 

Il est possible que ce soit la nouvelle la plus longue que j’ai pu écrire jusque là. Mais je peux vous garantir que j’ai pris un plaisir fou à me plonger de nouveau dans cet univers que je chéris particulièrement !

 

Là-dessus, à la prochaine les amis. Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :