Nouvelle : Les Condamnés du Sirius (épilogue)

Bonjour / Bonsoir les Rêveurs !

 

Pas de blablatage, je vous propose que nous passions directement à ce qui nous intéresse ici : l’après de notre voyage, celui que je vous ai conté sur trois parties (1, 2 et 3), et le sort des différents personnages concernés.

 


 

Les Condamnés du Sirius (épilogue)

 

 

Dans la campagne anglaise, quelque part au beau milieu du Kent, ou « Jardin d’Angleterre » comme on le surnomme si bien, une belle bâtisse de type chaumière se trouvait soudain toute agitée. Elle était certes isolée, entourée d’une forêt qui conviendrait parfaitement aux contes les plus enchanteurs, mais il n’en émanait pas moins chaleur, caractère et tranquillité.

L’homme qui vivait en cet endroit magique, avec sa femme qu’il avait épousé depuis bientôt une vingtaine d’années, s’était offert le luxe d’une paisible retraite – fort méritée par ailleurs – il y a maintenant quatre ans environ, par rapport au voyage de la First Fleet, et deux ans après l’installation de la première colonie en Nouvelle-Galles du Sud.

Aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres car il recevait la visite de sa fille, son aînée parmi ses quatre enfants, qu’ils ne voyaient plus très souvent, et surtout de son petit-fils adoré. Deux autres de ses enfants devaient encore se joindre à eux pour le repas de famille. Le moustachu fumait sa pipe, affalé dans sa chaise à bascule, quand il aperçut le jeune garçon, à peine âgé de cinq ans, passer le portillon bleu. Il relâcha un nuage de tabac, laissa l’objet en bois sur le rebord de la fenêtre et se leva aussitôt.

 

Oh ! Mais qui voilà ?! Viens donc dans mes bras, petit monstre ! S’exclama-t-il, heureux comme jamais.

 

Et sa réaction fut immédiate, bien sûr. Son grand-père l’attrapa par la taille et le fit tournoyer plusieurs fois dans les airs. Puis il le reposa délicatement au sol, le regardant filer tel un éclair à travers la maison.

 

Profite de le soulever tant que tu le peux, Papa. Il ne faudrait pas que tu t’enracines. Plaisanta sa fille, revêtue de sa robe du dimanche, qui déposa un baiser parfumé sur sa joue piquante. Tu viens de te raser toi ! Ajouta-t-elle avec le sourire.

Je plaide coupable. Confirma ce dernier. Et toi, tu es ravissante ma chérie ! Perry va devoir se méfier de la concurrence… Tiens, au fait, où est-il notre champion de Polo ?

Il arrive. Il s’occupe des bagages.

D’accord. Par contre, je ne vois pas tes frères. Ils sont en retard, je suppose.

Tu les connais, Papa… Expira-t-elle en levant les yeux au ciel.

Ils ne changeront jamais. Soupira-il en lui empoignant l’épaule, glissant l’autre main dans sa poche de pantalon. Allons à l’intérieur, dire bonjour à ta mère. Elle nous a préparé son délicieux plat traditionnel là.. euh.. tu sais.

Oui ! Je crois qu’on a tous hâte d’y goûter !

 

Une fois que tout le monde fut présent, la joyeuse tablée profita d’un succulent repas. Archer, assis en bout de table, la place généralement attribuée au patriarche ou au doyen de la famille, contemplait ses êtres aimés en silence. Ce moment, qu’il aurait voulu figé dans le temps, le remplissait de bonheur. C’était un homme qui appréciait par-dessus tout les plaisirs simples de la vie, et se retirait dans la campagne en faisait partie. Mais alors que le dessert fut servi, un événement allait troubler l’harmonie ambiante.

 

Au fait Perry, dit le plus jeune fils Phillips, quand est-ce que tu reprends la compétition ? Judith et moi aimerions venir te voir jouer, un de ces quatre !

Bientôt Sam ! Bientôt ! Répondit celui-ci. J’ai déjà repris les entraînements et je peux vous dire que Crusoé est aussi impatient que moi de fouler à nouveau la pelouse.

J’ai toujours pensé que ce cheval avait quelque chose de plus que les autres. Commenta le fils plus âgé.

Hé hé ! Oui ! Vous savez à quel point la famille Stirling a à cœur de sélectionner les meilleurs montures… Ajouta fièrement Perry, l’index levé.

De génération en génération ! Se moqua gentiment la fille de l’ancien capitaine.

 

C’est à cet instant précis que le postier, que connaissait bien Archer maintenant, fit irruption dans le jardin arboré de son propriétaire, une lettre à la main. Il la remit à son destinataire, Phillips lui-même, qui ne reconnut pas le sceau apposé sur le pli. Étonné par la soudaine missive, il crut néanmoins en deviner la provenance et décida de quitter la table, afin de pouvoir la lire en toute intimité.

 

Veuillez m’excuser, je reviens. Assura-t-il avant de s’éclipser.

 

Le vieux militaire de carrière, désormais jeune retraité, monta rapidement les escaliers et s’enferma dans son bureau, une pièce qu’il avait aménagé rien que pour lui, après avoir mis la chaînette et ainsi verrouillé la porte. Il était troublé, ému même, par cette lettre, qu’il ne s’attendait plus à recevoir, trois ans après la fin de leur voyage.

Mais pendant tout ce temps, Archer a beaucoup pensé à ses compagnons d’expédition et, parfois, il lui arrivait de se réveiller en pleine nuit, hanté par leurs souvenirs communs. Il lui arrivait également de s’imaginer sur le pont de son navire dans son uniforme impeccable, les cheveux flottant au gré du vent, bercé par les eaux d’un bleu profond. Cette vie d’aventure, qui quelques fois le rappelait à elle, était derrière lui à présent.

 

Il ouvrit l’enveloppe avec soin pour ne pas abîmer le papier, mit ses lunettes de vue et commença à lire le contenu :

 

« Cher Capitaine,

 

Ou devrais-je plutôt dire Amiral Phillips (vous avez toutes nos félicitations) ! Voilà une promotion à la hauteur de l’homme ! Moi, Walter, aie pris ma plus belle plume pour vous écrire. Oui, j’en suis capable et j’en ai été le premier surpris !

Cela fait déjà plus de deux ans que nos chemins se sont séparés – Dieu que le temps passe – mais nous tenions absolument à vous faire parvenir de nos nouvelles. Elles ne sont pas toutes réjouissantes ; cependant, vous, plus que quiconque, méritez de savoir. Et j’ai enfin trouvé le courage de les retranscrire.

Nul doute que 1792 sera une date charnière, à retenir. Je ne sais même pas par où commencer… Le commencement, je suppose ? Croyez-le ou non, j’ai complètement arrêté de boire de l’alcool ! Avec l’aide de ce bon vieux John, certes, mais je m’y suis tenu. Je suis sevré et je ne me suis jamais senti aussi bien de toute ma vie. Sacrée introduction, pas vrai ? Vous ne deviez pas vous y attendre, à celle-là !

Mais assez papoté de ma petite personne, je souhaitais simplement vous donner le sourire (je l’imagine à l’instant derrière votre raffinée moustache) avant de rentrer dans le vif du sujet, qui s’annonce difficile. Autant pour vous que pour nous autres. Vous vous souvenez… Lors de notre arrivée sur les « Terres Australes », comme on les surnomme ici, nous étions enthousiastes et plein d’espoirs quant à notre nouvel avenir. Nous débordions d’énergie, ça oui ! Les prisonniers, eux, étaient carrément surexcités ! Ces deux année avec vous, ces années 1788 et 1789, furent de loin les meilleures.

Nous avons appris à survivre dans ce milieu tout à fait insolite, au départ hostile à notre présence mais à l’arrivée bien plus accueillant qu’il ne l’était alors. Nous avons appris à construire, à utiliser la nature à notre avantage, à vivre simplement, sans complications, et, aussi surprenant que cela puisse paraître, à cohabiter. Tous ensemble ! Au point qu’au final, la notion de bagne et ce qu’elle implique étaient devenus obsolètes à nos yeux. La colonie se portait comme un charme, nous avions transformé cet endroit en paradis ou presque. Et c’est grâce à vous si nous avons pu y parvenir, à vous ainsi qu’à notre ami John ! »

 

A ces mots, Phillips sentit une chaleur mélancolique l’envahir. Il ne put qu’approuver les paroles avisées de Walter concernant ces deux belles années. La compagnie de ces hommes fut d’un grand réconfort, surtout lorsque sa famille venait à lui manquer terriblement et que les 17 000 kilomètres qui les séparaient à ce moment-là lui revenaient soudain à l’esprit, à la manière d’un boomerang. L’ancien capitaine de la Marine Royale reprit ensuite sa lecture assidue.

 

« Quel homme que celui-ci… N’est-ce pas ?! Tout autant que vous, à sa propre échelle et jusqu’à la fin, il aura été le ciment de notre groupe, un guide que l’on aurait pu suivre n’importe où. Car nous savions au fond de nous-mêmes qu’il nous mènerait toujours sur le droit chemin et que ses intentions étaient nobles. Je pense que ce voyage nous a profondément changé, en tant que personne, mais il a aussi eu un impact indéniable sur notre vision du monde ! Il nous faut admettre au moins ceci. Ce qui constituait à l’origine un châtiment pour les uns, une corvée pour les autres, s’est peu à peu mué en une véritable bénédiction. Et il n’y pas un seul jour qui passe sans que je n’en remercie Dieu, notre Père tout puissant ! »

 

Au fil de la lecture, Archer pouvait clairement deviner que le ton du récit commençait à changer. Il pressentait que Walter n’allait pas tarder à lui annoncer quelque chose de mauvais, voire de grave, et que cela n’allait pas lui plaire.

 

« Puis il a fallu que vous nous quittiez… On ne vous cache pas qu’on vous en a voulu, au début. Mais nous avons rapidement compris que vous possédiez déjà votre propre bonheur, ailleurs dans ce monde, et que ce n’était qu’une question de temps avant que vous n’alliez le retrouver. Toujours est-il que ce fut pour nous une perte considérable. John nous avait prévenu : personne n’aurait réellement pu vous remplacer et, malgré cela, il faudrait s’y accommoder.

Le changement était inévitable. J’ai tendance à croire que les événements qui ont suivi suite à votre départ le furent aussi. Je vais essayer d’être concis à partir de là… Et sachez bien que j’écris ces mots dans un soupir amer. En toute logique, Hawkins a pris le commandement de la colonie : autant dire que cela n’annonçait rien de bon. On savait tous, ici, que le lieutenant se trouvait en vérité être un piètre leader et que ses capacités en matière de relations humaines étaient à des années-lumières des vôtres (ou disons inexistantes).

On s’est débrouillé comme on a pu, jusqu’à ce que les limites de l’acceptable soient finalement atteintes. Notre liberté récemment acquise, nos valeurs, notre nouvelle société, tout ce que nous avions entrepris en somme nous a été brutalement arrachés… Piétinés par l’orgueil et la bêtise d’un seul homme, devenu tyran, et par sa bande de dégénérés, jaloux de notre réussite et qui lui servaient d’armée privée. Donc, le reste d’entre nous avons fait ce qui nous semblait être le plus judicieux, on s’est rangé derrière John et l’avons élu notre nouveau commandant. A l’unanimité, bon sang ! Je me souviendrai toujours de ce moment particulier, tant l’exaltation et la soif de justice étaient palpables dans nos rangs.

Un soir du mois d’août, tandis que nos stupides bourreaux étaient occupés à se saouler, nous avons décidé d’agir. Nous avons attendu la faveur de la nuit et, sous la conduite de John évidemment, nous avons pris les armes dans l’optique de mettre un terme à cette farce. Nous étions prêts à mourir et, de fait, avons risqué nos vies pour cela. Bien que nous y soyons parvenus, le bilan fut tout de même coûteux : Hawkins perdit la vie, dans un duel contre notre ami écossais, et la plupart des soldats périrent également. Mais ce brave Charles succomba à ses blessures après avoir protégé Petit Ned d’une mort certaine… Il aura été héroïque !

J’ai dû m’employer pour maîtriser le gamin, qui ne voulait pas laisser le corps de son grand copain (une scène vraiment tragique), et nous avons ainsi pu fuir les lieux, en quête d’un meilleur emplacement afin de nous établir de nouveau. Par nos propres moyens et sans entrave cette fois ! Alors que le groupe se pensait tiré d’affaires et que nous galopions en pleine nature, en route vers d’insoupçonnables horizons, John et moi avons échangé un regard inquiet, sachant pertinemment que le danger n’était pas encore écarté. Et ce que je redoutais arriva.

Une nouvelle garnison, qui stationnait non loin de la colonie, avait été alertée par les coups de feu et l’affrontement qui venait de se dérouler. Débarquée il y a six mois, ces hommes, beaucoup plus nombreux que nous et mieux équipés, ne mirent pas longtemps avant de nous rattraper. Là, après avoir repéré une rivière capable de les ralentir, à condition que nous la traversions sans gaspiller une seconde, John, en paix avec lui-même, pris sa dernière décision : celle de nous sauver la vie… En effet, il descendit de son cheval et nous fit passer de l’autre côté, nous promettant qu’il assurerait nos arrières.

Oui, vous l’aurez compris… John trouva la mort, uniquement dans le but de nous faire du gagner du temps, à nous, ses compagnons. Nous avons pleuré à chaudes larmes mais grâce à cet homme extraordinaire et à son sacrifice, nous avons pu en réchapper. Plus tard, nous sommes retournés à l’endroit où il est tombé et nous lui avons donné une sépulture décente, car il le méritait. La rivière a été baptisée depuis en son honneur : Macquarie. »

 

Phillips, les yeux embués par l’émotion, sourit en relevant la faute au nom de John, qui jamais ne cessait de corriger son interlocuteur, à la moindre erreur de celui-ci. « Tu n’aurais pas apprécié, ça c’est sûr ! » Songea-t-il.

 

« Bien sûr, nous étions abattus par une telle cascade de malheurs. Mais nous sommes allés de l’avant. Pour vous, pour Charles, pour John. C’était nécessaire afin de ne pas sombrer dans le chagrin. Ce que nous avons fait, me demanderez-vous ? Nous avons bâti la première ville qui soit sur ces terres, un peu plus à l’ouest de la rivière Macquarie, et l’avons nommée Archer. Et je suis fier de vous annoncer que j’en suis à présent le maire ! J’ai choisi Petit Ned comme adjoint. Sachez que nous tous, les « Condamnés du Sirius », nous allons tout faire pour nous montrer dignes de vous.

Portez-vous bien, Monsieur. Au plaisir de vous revoir un jour, nous l’espérons du plus profond de notre cœur. »

 


 

Aaah… Ça me donne envie de chialer, tout ce drama ! Pas vous ?

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

 

 

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