Nouvelle : Les Condamnés du Sirius (2)

G’day Dreamers !

 

Même dans leur façon de saluer, ils sont cools et détendus ces australiens. Bon, j’aurais dû remplacer « dreamers » par « mates » normalement, mais il fallait que je l’arrange à ma sauce !

 

Maintenant que l’introduction a été faite, et étant donné que le voyage a duré assez longtemps, les choses vont s’accélérer un peu dans cette seconde partie. Et s’étaler dans une future troisième partie, grâce à laquelle j’espère conclure cette histoire.

 

Que va-t-il arriver à John ainsi qu’aux autres détenus, désormais ? Quelles épreuves attendent encore l’équipage du Sirius et de la First Fleet ? Embarquez à bord et laissez-vous porter par les flots 😀

 

 


 

 

Les Condamnés du Sirius (2)

 

 

Les jours passèrent et se ressemblèrent pour tout le monde. Chaque matin, au réveil, c’était la même pagaille : les gardiens continuaient de prendre un malin plaisir à torturer les prisonniers avec leurs sceaux d’eau, ces derniers continuaient de se plaindre et de râler. Comme au début, Charles ne réagissait pas à son arrosage matinal. Pas plus que John ou son ami, le Petit Ned, d’ailleurs. Les trois complices se regardaient ensuite avec une certaine fierté et se mettaient à discuter de tout et n’importe quoi, bien que le colosse, entre grognements et hochements de tête, participait à sa façon.

De son côté, le capitaine Phillips se réunissait au moins une à deux fois par jour en compagnie de son homme de confiance, le lieutenant Hawkins. Des rencontres quotidiennes si répétées, que le patron de l’expédition aurait dit ces mots : « C’est malheureux Nathan, mais je crois que l’on se voit plus ces temps-ci, vous et moi, que je ne voyais ma femme ces dernières semaines. » Hawkins ne savait pas trop s’il devait prendre ses paroles au sérieux, étant donné le flegme légendaire de son supérieur ; le fait est que cela l’avait bien fait rire, chose assez rare pour être mentionnée.

Les deux hommes se félicitaient lorsqu’un cap ou une étape venaient d’être franchis. Et ils avaient ainsi pris l’habitude de trinquer à ces petits succès, en l’honneur de Sa Majesté le Roi et de l’Angleterre souveraine bien sûr. Dans la soirée du huitième jour, le Sirius et compagnie dépassaient la pointe bretonne. Après quoi la flotte longea la côte atlantique française, en seulement quatre jours, et parvint à atteindre le nord de l’Espagne.

En pleine nuit, alors que débutait le seizième jour et que les navires passaient près des côtes portugaises, Phillips avait fait appeler le lieutenant Hawkins dans ses quartiers. Il était encore perturbé par son expérience de la journée et il fallait qu’il en parle à quelqu’un. Lorsque son adjoint, à moitié réveillé, ferma la porte de la cabine derrière lui, le capitaine le pressa de s’asseoir en indiquant le divan de velours couleur rouge, face au sien.

 

Enfin, vous voilà ! Du thé ? Proposa Archer, qui ne semblait pas du tout affecté par le manque de sommeil.

Euh.. non merci. Refusa cordialement Hawkins.

 

Ce dernier cligna des yeux plusieurs fois afin d’être aussi attentif qu’il le pouvait. Et c’est sans détour qu’il tenta de saisir l’enjeu de cette réunion fortuite :

 

Monsieur, si je peux me permettre, je ne comprends pas bien l’intérêt de cette entrevue nocturne… Pourquoi m’avez-vous fait venir au beau milieu de la nuit ? S’agirait-il d’une urgence ?

Haha ! Direct, comme toujours, Nathan. C’est ce que j’apprécie le plus chez vous. Sourit Phillips à ces questions légitimes.

 

Hawkins le fixait, perplexe ; il attendait avec hâte l’explication de son chef. Phillips but une sacrée gorgée de sa tasse de thé, en prenant soin de ne surtout pas tremper sa moustache, puis reposa délicatement le récipient sur le plateau, posé sur la table en bois qui séparait les deux hommes, avant de se lancer :

 

Figurez-vous que ma petite visite de tout à l’heure me reste à l’esprit. Je ne pensais pas que ce serait à ce point… dérangeant, si l’on peut dire.

Sérieusement, Monsieur ? Est-ce donc là la raison de ma présence ici ? Se demanda le lieutenant, un peu perdu, qui souhaitait se recoucher au plus vite. Je vous avais pourtant prévenu que c’était inutile. Ce ne sont que des prisonniers après tout, que voulez-vous en tirer.

Tout juste, Nathan ! Vous mettez le doigt en plein sur le cœur du problème… Expliqua Phillips après une autre gorgée. Ce ne sont que de simples prisonniers, normalement. Alors dîtes-moi, que fait cet homme parmi eux ? Ne vous intrigue-t-il pas ?

 

Hawkins, de plus en plus déboussolé, cherchait une réponse adéquate à formuler.

 

Je crains, Monsieur, qu’il n’y ait que vous pour s’intéresser de près à ces gens-là. Finit-il par avouer. Et vous m’en voyez confus mais… A qui diable faites-vous allusion ?!

 

A cette question, le capitaine soupira de dépit. Bien évidemment qu’il était le seul à avoir remarqué John MacQuarry et que celui-ci n’était pas un forçat ordinaire. Il avait quelque chose en plus, quelque chose de différent, pensait-il.

 

Vous n’avez vraiment aucune idée de qui je veux parler ?

Aucune Monsieur. Rétorqua Hawkins, catégorique et dont les paupières avaient bien du mal à tenir. Je me demande ce que vous pouvez lui trouver, à votre bonhomme. Ajouta-t-il, définitivement sceptique.

 

Phillips sortit son mouchoir personnel de sa poche de pantalon et s’essuya les contours des lèvres avec légèreté, en se gardant de ne pas froisser la moustache. Ensuite, il se leva et mit un terme à la discussion aussi vite qu’il l’avait démarrée :

 

Écoutez, ce n’est pas grave. On reverra tout ça demain matin, si vous êtes d’accord. Dit-il en le prenant par l’épaule et en le raccompagnant à la porte.

 

Le lieutenant lâcha une politesse en guise d’au revoir, même si à ce moment précis, il songea plutôt : « C’est pas trop tôt ! » La vérité est qu’il respectait beaucoup les aptitudes de son responsable à commander et jamais il ne remettrait en question sa nomination à ce poste, mais il le trouvait parfois très étrange et ne savait pas réellement comment se comporter avec lui. Comme la plupart des personnes de son entourage à vrai dire.

A l’instant où Hawkins ouvrit la porte de la cabine, Phillips lui fit cette réflexion qui eut le don de l’agacer encore plus :

 

Au fait, Nathan… Vous devriez dormir un peu. Vous avez une mine affreuse.

 

Ce dernier serra les dents et s’empressa de rejoindre sa chambre. Archer verrouilla le loquet derrière lui, se retourna vers son bureau et pensa à voix haute :

 

Qui es-tu, John MacQuarry… Nous allons bientôt le savoir.

 

Là-dessus, il souffla sur les bougies qui éclairaient à peine la pièce et, gagné par la fatigue, alla imiter son adjoint.

 

Le lendemain matin, frais comme s’il avait dormi douze heures d’affilée, le capitaine Phillips laissa les tâches annexes au lieutenant ; c’est-à-dire tout ce qui concernait la navigation, la gestion de l’équipage ainsi que des prisonniers, etc. « Juste le temps d’une demi-heure » selon lui. Hawkins prit donc le commandement par intérim et Phillips fut libre de s’adonner à sa petite expérience.

Chez les bagnards, le manque de stimulation commençait sérieusement à se faire sentir. Chacun d’entre eux essayait de s’occuper comme il le pouvait : certains rêvassaient à la vie qu’ils menaient avant, lorsqu’ils étaient encore dehors, quand d’autres n’étaient plus capables de penser sainement et déliraient, noyés dans leur monde intérieur. Et s’ils avaient pu se défaire de leurs liens et se battre, nul doute que l’on aurait assisté à une véritable mêlée générale.

John, quant à lui, avait bien socialisé avec Charles et le Petit Ned. Tous les trois passaient le plus clair de leur journée à débattre et à se raconter leurs aventures. Ils se trouvaient d’ailleurs au centre d’une question existentielle.

 

Je sais pas toi, Charles, mais moi j’ai toujours eu un faible pour les brunes ! Déclara Ned, accroupi à la manière d’un chimpanzé.

 

Le géant eut un mouvement de rejet et fit une drôle de grimace.

 

Quoi, tu préfères les blondes ?

 

Cette fois, ce fut un non formel. Il ferma les yeux et secoua la tête brutalement, en laissant échapper un grognement de dégoût.

 

Bah alors… Mais non ! Tu craques pour les rousses, TOI ?! S’écria le jeune homme, surpris par le choix de son ami.

 

Puis il se tordit de rire tandis que Charles affichait un sourire béat. John observait la scène avec amusement et ne pouvait s’empêcher de se dire que ces deux-là formaient un sacré duo !

 

Pourquoi tu rigoles ? Qu’est-ce que tu as contre les rousses ? Demanda-t-il alors. Elles sont jolies pourtant.

 

Petit Ned se redressa et essuya une larme, avant de répondre :

 

T’es pas au courant John ? Les rousses sont sales, voyons ! Il paraîtrait même que leur peau est différente de la nôtre et que c’est pour cette raison qu’elles sentent mauvais.

 

Ce fut au tour de MacQuarry d’éclater de rire. Il n’avait jamais entendu quelque chose d’aussi ridicule. Charles se moqua de lui également, avec son rire niais qui lui était propre.

 

Oh ! Qu’est-ce qui vous arrive ? C’est pas une blague, je vous le jure ! Se justifia Ned, vexé par leur réaction.

 

Curieux et interpellé par le brouhaha provoqué, l’ensemble des prisonniers écoutait la conversation de ce trio pour le moins atypique et certains y allaient de leurs petits commentaires :

 

Moi, une fois, on m’a dit que les brunes étaient susceptibles d’être des sorcières ! Affirma haut et fort l’un d’entre eux.

Et vous saviez que les blondes n’avaient aucun poil ? Lança crânement un autre.

Il a raison ! Je peux vous garantir, par expérience, que…

 

La discussion, au départ anodine, se transforma bientôt en une grande assemblée. Tant et si bien que Petit Ned n’en revint pas.

 

Bah… Qu’est-ce qu’il se passe, là ?

 

John se plaisait à les observer, tous, en train d’argumenter, de répliquer, de se divertir, et cela sans avoir envie de s’étriper. Involontairement, Petit Ned, Charles et lui, venaient de réussir un tour de force. Le natif de Winchester comprit alors qu’il possédait une influence qui ne demandait qu’à croître.

Au moment même où il y réfléchit, la porte s’ouvrit subitement et tout le monde dans le compartiment se tut. Un homme, plutôt élancé, brun de cheveux et au front ridé, entra à l’intérieur. Les mains dans le dos, il avança pas à pas, semble-t-il à la recherche de quelqu’un.

 

C’est le lieutenant Hawkins. Chuchota le voisin à la droite de John.

 

Lorsqu’il l’eut aperçu et reconnu, le second-en-chef s’arrêta devant lui et le toisa du regard du haut de son mètre quatre-vingt sept, comme un homme regarderait une pauvre bête sans défense à ses pieds.

 

MacQuarry. Dit-il sur un ton sec.

Oui ?

C’est lui. Emmenez-le ! Ordonna Hawkins.

 

Deux marins s’exécutèrent et lui enlevèrent ses chaînes devant le reste des prisonniers, incrédules. Et tandis qu’ils l’agrippèrent de chaque côté pour le faire avancer, John se stoppa net.

 

Attendez ! Juste une minute… Lâcha-t-il.

Qu’y a-t-il donc ? S’enquit le lieutenant.

Où va-t-on comme ça ? Pourquoi moi ?

On s’inquiète MacQuarry ? Allons, ne pose pas de questions et suis-nous. Tu es attendu.

Attendu ? Mais je..

 

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase que les gardes le poussèrent, afin de l’inciter à avancer de nouveau. A cet instant, John se calma : après tout, rien ne laissait croire qu’il allait lui arriver des ennuis. En une fraction de seconde, une brillante idée lui traversa l’esprit.

 

J’aurais toutefois une requête à vous soumettre. Annonça-t-il soudain, provoquant l’impatience de Hawkins.

Quoi encore ?! Râla celui-ci, en se retournant d’un air excédé. J’ai très peu dormi dernièrement alors, par pitié, fais vite !

Merci.

 

Il prit une grande inspiration et, plein de volonté, effectua sa demande :

 

Si mon compte est bon, nous naviguons maintenant depuis une quinzaine de jours, seize pour être exact, et nous autres sommes enfermés ici depuis tout ce temps. Enfermés dans des conditions inhumaines, que vous ne supporteriez même pas.

Seriez-vous en train de vous plaindre, vous qui n’êtes qu’un vulgaire déchet, mis au banc de la société !?

 

Par cette simple remarque, Hawkins démontrait tout le mépris qu’il éprouvait envers les forçats. Mais John ne se dégonfla pas et haussa le ton à son tour.

 

On patauge dans la merde, lieutenant ! NOTRE merde !! On étouffe là-dedans, on manque d’air… Notre seule activité se résume à écouter les mouches voler… Vous voulez qu’on crève avant qu’on atteigne notre destination ? C’est ça que vous voulez ??

 

Le capitaine par intérim, selon les mots de Phillips, fut secoué par la force des arguments du trentenaire, d’habitude si tranquille. Petit Ned, lui, était peut-être le plus médusé ; il ne connaissait pas cette facette de John et commençait à vraiment l’apprécier.

 

Il n’a pas tort, monsieur. Commenta l’un des gardes. On a besoin de main-d’œuvre.

Personne ne t’a demandé ton avis, espèce d’abruti ! Le sermonna Hawkins. Quant à toi, MacQuarry, quelle est ta revendication ?

 

John jeta un oeil à ses compagnons, qui ne le quittaient pas du regard, comme chacun à ce moment-là, et exigea la chose suivante :

 

Je veux que tous, sans exception, nous puissions profiter d’une petite sortie là-haut, à l’air libre. Même si cela ne doit durer que cinq minutes, ce sera toujours ça de gagné. Voilà ma revendication.

 

C’était osé de faire une telle demande, il en avait conscience. Mais c’était aussi loin d’être une mauvaise idée. « Le risque en valait la peine. » Pensera-t-il plus tard, et à raison. Le lieutenant, choqué par ce qu’il venait d’entendre et croyant qu’il s’agissait d’une plaisanterie, fut tout d’abord pris d’une forte envie de rire. Puis il fut témoin de la conviction de John à travers ses yeux, ce qui au final l’effraya.

 

Et après ? Qu’est-ce que ce sera ? Répondit Hawkins, qui fit son possible pour se montrer autoritaire. La grâce royale, peut-être ?! Hors de ma vue, misérable vermine !

 

A ces mots virulents, les deux marins, ne souhaitant pas irriter plus encore leur supérieur hiérarchique, forcèrent le concerné à obéir. C’est à cet instant précis que Charles applaudit spontanément le beau geste de son nouvel ami. Petit Ned suivit l’action et ce fut ensuite l’ensemble des bagnards réunis qui se mirent à applaudir à un rythme effréné. Et le voisin qui lui avait soufflé l’identité du lieutenant donna de sa personne, en scandant plusieurs fois son nom. Des « MacQuarry ! » résonnèrent alors en même temps que les applaudissements.

A cet instant précis, John savait qu’il avait gagné, au moins en grande partie, le coeur des autres prisonniers. Il se résolut à avancer, avec un sourire non dissimulé.

 


 

TO BE CONTINUED…

 

Une idée de qui est la personne qui souhaite s’entretenir avec John ? Je suis sûr que oui.

Que va-t-il se passer après ces événements ? Comment leur périple va-t-il se terminer ? Et surtout, vont-ils tendre vers leur propre but ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans le prochain épisode ! Hé hé.

 

A très vite, chers lecteurs !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

 

 

 

 

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