Nouvelle : Ne te retourne pas (4)

Coucou mes petits (et grands) Rêveurs !

 

Cette fois-ci, ça y est vraiment ! C’est officiel, on ne va pas y couper encore une fois : la quatrième partie sera bel et bien la dernière pièce du puzzle en ce qui concerne cette histoire.

Comment imaginez-vous la fin ? Triste, heureuse, regrettable ? Ou peut-être simplement belle ? Et bien… Elle est un peu de tout cela, figurez-vous. Sans vous en dire davantage, je vous laisse à votre lecture 🙂

PS : Gardez un paquet de mouchoirs à côté de vous, juste au cas où !

 


 

Ne te retourne pas (4)

 

Au bord des larmes, Jesse ne parvint pas à détourner le regard de cette scène des plus choquantes. Sa sœur avait enfoui son visage dans les vêtements tâchés de sang de son frère blessé. Être le témoin de son propre accident lui retournait l’estomac ; et cette désagréable impression de n’avoir jamais rien vécu d’aussi réel persistait…

 

« Ma pauvre Namour… » Dit-il à voix basse, comme s’il souhaitait qu’elle entende sa prière. « Je suis vraiment désolé pour tout ça… »

 

Le bruit des sirènes se rapprochait, ce qui signifiait que les secours n’étaient probablement plus très loin. Mais si Jesse se tenait là désormais, à observer ce que le destin lui avait réservé, qu’est-ce que cela pouvait-il bien vouloir dire ? S’il avait été témoin de tous ces fragments du passé successifs, qu’était-il censé devoir comprendre ? Les questions s’enchaînaient et tourbillonnaient dans son esprit, sur le point d’exploser en mille morceaux. En fait, un scénario terrible s’imposait presque naturellement à lui et il y avait songé l’espace de quelques secondes, mais il ne voulait pas penser au pire.

Jesse, en habituel optimiste, secoua la tête comme pour chasser ces vilaines images. Sa vision se brouilla de nouveau intégralement et, il s’y attendait bien sûr, il se retrouva une fois de plus dans le couloir de son ancienne maison. Affichant son air compatissant, son père lui faisait face. C’était à se demander s’il avait bougé durant les minutes qui venaient de s’écouler. Ou alors, le temps était différent pour chacun d’eux, dans cette sorte de dimension. Sans doute ? De toute manière, le jeune homme n’avait plus aucune notion à laquelle se fier.

Si ce n’étaient les sentiments, confus et partagés, qu’il éprouvait en ce moment. Le fait de voir sa petite sœur dans un tel état de désarroi suite à son accident l’avait profondément marqué. Au terme d’une bonne minute de silence, Jesse leva les yeux, jusque là perdus dans le vide, et trouva ceux de son père, avant de se décider à relancer leur conversation où elle s’était arrêtée :

 

« Alors.. c’était ça, hein ? Le souvenir dont je devais absolument me rappeler ? Le passage obligé.. » Prononça-t-il avec une expression d’absence sur le visage. « Un passage vers quoi d’ailleurs ? Tss… C’est n’importe quoi… » Ajouta-t-il ensuite en laissant échapper un rire nerveux.

 

« C’était moche, oui, mais nécessaire. » Dit le père. « En principe, tu en as vu bien assez pour comprendre. Non ? Tu as encore des doutes qui subsistent ? »

 

« Des doutes ?? » Rétorqua Jesse de façon sèche. « Comment ne pas avoir de doutes lorsque l’on assiste à tout ce.. ce bordel incompréhensible !? Explique moi Papa ! Je n’attends que ça ! »

 

Désarçonné devant l’ignorance de son fils, ce dernier ferma les paupières, comme s’il s’agissait de reprendre une bouffée d’air frais. Puis il les rouvrit subitement et déclara :

 

« Je vois. Tu ne sembles pas vouloir y croire… Enfin. Je crois que tu es prêt, maintenant. »

 

Jesse ne parvenait pas à saisir le langage à demi-mot que lui tenait son défunt père, ou quoiqu’il puisse être en réalité. Il renonça à obtenir des réponses claires de sa part et posa une question toute bête, s’attendant à un hors-sujet ou à un autre de ces délires mystiques :

 

« Prêt pour quoi ? »

 

« Pour la suite logique des événements, Jess… Prépare-toi. » Annonça-t-il sereinement.

 

« La suite log.. Papa ! Attends !! »

 

Mais il fut coupé par une nouvelle intervention surnaturelle. Et tandis qu’il était de nouveau en train de disparaître derrière une espèce de brouillard opaque, son père, exprimant un franc sourire, lui souffla ceci : « Continue d’avancer. Ne te retourne pas. »

 

Cette fois, Jesse fut transporté dans ce qui ressemblait à une chambre d’hôpital. Une pièce totalement neutre et froide au possible, comme c’est le cas bien souvent. Il se reconnut soudain, allongé dans le lit et plongé dans le coma ; la conséquence directe de l’accident survenu un peu plus tôt. Il avait encore beaucoup de mal à réaliser.

 

« La suite logique, hein… » Pensa-t-il sur le coup.

 

Une femme coupée au carré se tenait à son chevet, serrant sa main gauche dans la sienne. Sa mère, évidemment. Son maquillage avait été défait par ses larmes, dont on pouvait observer les traces séchées sur ses joues. Elle ne détournait pas le regard de son visage, mutilé lorsque la voiture l’a percuté, peut-être dans l’espoir qu’il reprenne conscience à un moment ou à un autre. Nul doute que cette pauvre femme était dévastée par le chagrin, au même titre que sa fille.

Et en parlant de Kay, elle entra dans la chambre puis servit un café à sa mère.

 

« Merci ma chérie. » Fit celle-ci, en lui frottant le dos de la plus tendre des manières.

 

Elle ne pleurait plus et s’était calmée, par rapport à tout à l’heure, mais son expression en disait long sur son état mental. Jesse connaissait parfaitement son air de chien battu, capable de faire fondre n’importe qui, car il l’avait expérimenté plusieurs fois auparavant. En revanche, il jurait n’avoir jamais vu sa sœur aussi anéantie, elle qui, du bout du lit, faisait face à son grand frère. Il était paisible et paraissait endormi mais Kay, loin d’être naïve pour une gamine de son âge, savait pertinemment que l’être le plus cher à ses yeux n’avait que très peu de chances de s’en sortir.

 

« C’était censé être le plus beau jour de l’année, Maman… » Lâcha-t-elle dans la douleur. « Alors.. pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? » Répéta-t-elle ensuite à voix basse, comme si elle attendait un signe. Comme si quelqu’un allait lui apporter une réponse immédiate.

 

La mère, qui appréhendait déjà le fait que plus rien ne serait pareil, chose que la petite famille avait vécue au préalable, à la mort du père, posa son café sur la table à côté d’elle et prit la main de sa fille avec celle qui lui restait. L’une comme l’autre allaient devoir se soutenir à tour de rôle dans cette lourde épreuve que leur imposait la vie.

Jesse tentait toujours de digérer cette scène ô combien tragique. Il était triste pour sa mère… Et voir sa sœur inconsolable, dont les larmes recommençaient à couler en silence, l’accablait énormément. Il aurait préféré ne pas assister à tout cela. Quel était le but recherché ? Fallait-il même y comprendre quelque chose, une raison cachée derrière cet étalage de drame ?

Le jeune homme, vidé de son énergie habituelle, n’avait plus la patience de supporter ces visions plus longtemps. Il fit volte-face afin d’en finir avec cet ultime retour en arrière.

 

« Allez, c’est bon maintenant… Ramenez-moi dans le couloir ! » Réclama-t-il, comme s’il s’adressait à une force supérieure. « Ou peu importe l’endroit finalement » Réfléchit-il. « Papa ! Papa, t’es là !? »

 

Son vœu fut exaucé, il se retrouva devant son père, qui n’avait toujours pas bougé d’un poil. D’ailleurs, était-ce vraiment lui ? Assailli de doutes de toutes parts, Jesse n’eut pas le temps de s’interroger  plus que ça. Son interlocuteur, le plus sérieux du monde, lui posa la seule question qui comptait à cet instant :

 

« Donc… As-tu enfin compris ? » Demanda-t-il.

 

Confronté au gros du problème, après être parvenu à sa propre conclusion, Jesse fut forcé de reconnaître et d’accepter sa condition, jusque là très incertaine. Il n’y avait qu’une seule explication plausible – et non des moindres ! – à cette revisite du passé, à ce rêve qui n’en était pas un depuis le début : il se trouvait réellement dans le coma, entre la vie et la mort. Selon toute vraisemblance, plus proche de la mort que l’inverse désormais.

 

« Je.. je suis en train de mourir, pas vrai ? » Lança-t-il, en espérant se tromper.

 

« Oui, Jess… » Répondit simplement le père. Puis il ajouta aussitôt : « Tu vas bientôt cesser d’exister en tant qu’enveloppe charnelle. C’est la fin du voyage pour toi, dans ce monde-ci du moins. »

 

Jesse avait la sensation étrange de n’être qu’un malheureux acteur évoluant au sein d’un mauvais film, et qu’il avait pour obligation de suivre un script brouillon qui ne lui plaisait pas. Son père, impassible, continuait son éclaircissement tardif :

 

« Tu es ici dans une zone obscure et mal définie, qu’on appelle l’Entre-Deux. C’est un espace intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, qui se présente en règle générale sous la forme d’un lieu familier. »

 

Cette vague d’informations, tant désirée et tant attendue, le submergea complètement. Les questions n’en finissaient pas de lui pleuvoir dessus : « C’est qui ce on ? L’Entre-Deux ? Un monde intermédiaire entre les vivants et les morts ? C’est quoi encore ce truc de fou ? OUAH… Stop ! Stop ! » Tenta-t-il de se représenter à l’aide de son esprit.

 

Il accusait le coup de ces nouvelles aussi ahurissantes que malaisantes et ses pensées débordaient de partout. A ce moment précis, sa tête était semblable à un four en pleine activité, moyennant les deux cent degrés – voire plus – de températures.

 

« Donc, si je comprends bien… le couloir de la maison est un lieu qui m’est familier et je me trouve en réalité dans l’Entre-Deux ? » Commenta-t-il.

 

« Exact. Ton Entre-Deux, qui t’apparaît sous la forme du couloir. » Répondit le père, beaucoup moins dans la réserve qu’au départ.

 

« C’est juste.. je sais pas.. c’est.. » Articula Jesse, qui en avait perdu son vocabulaire.

 

« Impossible ? Inouï ? Inimaginable ? » Proposa le père pour palier à cette absence de mots.

 

« Je cherchais l’expression n’importe quoi, en fait… Mais ouais, ça marche aussi. » Répliqua presque instantanément le fils, médusé par ce qu’il venait d’apprendre.

 

« Je sais ce que ça fait, je suis passé par là avant toi. On a l’impression de devenir cinglé tellement tout ça nous paraît insensé. Et pourtant, ça existe vraiment. Si je t’avais dis la même chose il y a cinq ou dix minutes, jamais tu ne m’aurais cru. »

 

Il est clair que son père avait raison et Jesse le savait à présent. En fin de compte, il ne pouvait que respecter la prudence dont il fit preuve lors de leurs retrouvailles.

Maintenant qu’il était pleinement au courant de leur curieuse situation, le jeune homme repensa à sa dernière conversation avec River, à propos des scénarios éventuels. C’est alors qu’un éclair lui traversa l’esprit. River ! Que devenait-elle ? Il voulait la revoir, ça oui, mais… serait-ce possible ? Il s’en fichait pas mal au fond, de ce qui serait permis ou pas, il voulait juste la revoir. Et il ferait tout pour !

 

« Hé ! Mais ! Attends une minute… » S’exclama-t-il, suscitant l’étonnement de son père.

 

« Qu’est-ce qu’il y a Jess ? »

 

On pouvait lire la peur dans les yeux de Jesse. La peur de perdre River, avec qui il avait tellement partagé jusqu’ici. Il tenait beaucoup plus à elle qu’il n’y croyait, de toute évidence.

 

« Si je me dirige vers la mort, alors.. alors, ça veut dire que.. »

 

« Elle va mourir également. Oui. » Le coupa son père, à la fois direct et concis. « Vous êtes tous les deux dans le même bateau, si on peut dire ainsi. »

 

« Tu étais au courant pour River ?! »

 

Le concerné acquiesça d’un simple mouvement de tête.

 

« Je vous ai vus discuter ensemble. Et crois-moi, c’est rare que deux personnes puissent se rencontrer dans l’Entre-Deux. Vous devez être connectés, d’une certaine manière. » Commenta-t-il.

 

Ce fut un nouveau dur à encaisser. Le destin se montrait parfois très cruel. Pour lui, cela ressemblait plus à une blague de mauvais goût qu’à autre chose. Après tout, n’étaient-ils pas, l’un et l’autre, trop jeunes pour quitter ce monde ? Ne leur restaient-ils pas, l’un et l’autre, de nombreuses expériences à vivre ? Jesse le ressentait comme une véritable injustice, contre laquelle il ne pouvait rien faire. Son rôle, dans cette mascarade, se limitait à celui de spectateur, condamné à l’inévitable.

 

« Mon fils… Je suis sincèrement désolé. » Enchaîna le père, qui reprit sa mission car le temps pressait. « C’est comme ça, on n’y peut rien. »

 

« Ouais… Je sais. Je sais… » Répondit-il, l’air dépité, mais déjà en train de réfléchir à sa prochaine action.

 

River occupait maintenant la totalité des pensées de Jesse. Il fallait qu’il la revoit, coûte que coûte ; qu’il lui dise ce qu’il avait sur le cœur aussi. Et pour que cela arrive, il eut une idée folle. Allez, du nerf ! Il devait tenter le coup !

 

« Bien, écoute Jess. Il est bientôt l’heure pour toi de partir. Est-ce que ça va aller ? »

 

« Je suis prêt à accepter mon sort. » Concéda-t-il calmement. « A une seule condition. »

 

Son père, qui estimait avoir terminé son travail, fut encore plus surpris que la fois précédente. Ce n’était jamais facile avec Jesse.

 

« Décidément… Tu vas me compliquer la tâche jusqu’au bout, pas vrai ? »

 

« Toujours Papa. » Avoua-t-il en lui offrant son plus beau sourire de satisfaction.

 

« Dis-moi. Quelle est cette SEULE condition ? » Abdiqua le père, en prenant soin toutefois de rappeler qu’il n’aurait droit qu’à un souhait unique. « Si tu me demandes de retourner dans le monde réel, n’y pense même pas.. » Anticipa-t-il ensuite.

 

« Non, rassure-toi. Ce n’est pas ça. Mais je voudrais vérifier un truc avant… Est-ce que, malgré tout, je pourrai dire au revoir à Maman et à Kay ? »

 

Cette fois, il se contenta de hocher la tête en guise de réponse, puis il précisa :

 

« Ne t’en fais pas, tu auras l’occasion de le leur dire proprement, lorsque tu seras de l’Autre Côté. »

 

« De l’Autre Côté ? » S’interrogea Jesse, pas sûr de comprendre où il voulait en venir.

 

« Assez de questions. » Répliqua brutalement le père, qui commençait à s’impatienter. « Donne-moi ta foutue condition. »

 

« Okay, okay… Pas la peine de s’énerver. » Dit-il en fronçant les sourcils.

 

Il s’éclaircit la gorge puis l’annonça distinctement :

 

« Je veux revoir River une dernière fois. S’il te plaît… »

 

Le père se frotta le menton et renonça à vouloir accélérer les choses devant l’opiniâtreté de son fils.

 

« Si obstiné… » Releva-t-il, un peu amusé. « Ça par contre, tu le tiens de ta mère. »

 

« Bah.. Qu’est-ce que tu veux ? Je ne peux pas avoir pris que tes mauvais côtés ! » Plaisanta Jesse, qui s’était détendu à l’idée d’être à nouveau en présence de la brune.

 

Son paternel baissa la tête et rit de bon cœur avec lui. Quel réel plaisir ce fut de retrouver ainsi son grand garçon, après si longtemps ! « Du Jesse Stonebridge dans toute sa splendeur ! » Songea-t-il tandis qu’il le regardait avec affection. Au fond de lui-même, il le savait bien… Quelle qu’ait pu être sa requête, il ne lui aurait certainement rien refusé. Il redevint droit comme un piquet et reprit son sérieux.

 

« Ce n’est pas moi qui décide, Jess. » L’informa-t-il au passage. « Ce que tu demandes peut se réaliser. Mais il va falloir que tu ne t’étales pas en bavardages inutiles. Parce que je ne sais pas combien de temps tu disposeras une fois avec elle. Compris ? »

 

« Ouais, je comprends. T’inquiètes, je vais gérer ! » Lui assura ce dernier avec confiance.

 

« D’accord. Alors tout ce que tu as à faire, c’est de penser à River tellement fort, que tu dois l’imaginer près de toi, la sentir à tes côtés, comme si elle l’était vraiment. » Expliqua le père. Et pour ça, tu dois te concentrer et ne te focaliser que sur elle. Il faut voir cette manœuvre comme un exercice de méditation. T’es prêt ? »

 

« Okay… Ça a l’air plutôt facile. » Reconnut-il en relâchant la pression d’une longue expiration.

 

« Oh ! J’ai failli oublier un détail ! » L’interrompit le défunt. « L’opération ne fonctionnera que si, et uniquement si, River pense à toi en ce moment. Désolé… Et bonne chance ! » Conclut-il en lui assénant une tape sur l’épaule.

 

« Ça l’est moins d’un seul coup.. Haha ! » Ironisa Jesse, qui ne se laissait pas abattre pour autant.

 

« N’oublie pas Jess ! Fais vite, je ne sais pas combien de temps il te reste. »

 

« Je te l’ai dit, non ? Je vais gérer. » Confirma celui-ci d’un petit clin d’œil.

 

Suite à quoi il ferma les yeux pour mieux se concentrer. Il l’imaginait en face de lui, si près qu’il pourrait ainsi se pencher et faire ce qu’il avait envie de faire depuis leur première rencontre. Être auprès de River, c’était tout ce qu’il souhaitait, là maintenant. Il possédait une volonté de fer et, il en était persuadé, elle allait l’emporter sur son état actuel.

 

« Je suis désolé Madame la Mort. » S’excusa Jesse intérieurement, comme s’il s’adressait à la Faucheuse en personne. « Je vais devoir retarder l’échéance. Rien qu’un peu ! »

 

A ces mots, l’atmosphère changea brusquement. L’ambiance du couloir, qui était devenue glauque et malsaine à l’annonce de la fameuse révélation, avait au contraire laissée place à un calme accueillant et reposant. A croire que le mal-être occasionné jusqu’ici avait disparu de manière naturelle. Jesse n’osait pas rouvrir les paupières, de peur de n’avoir pas réussi ou de découvrir que le procédé en question ne soit qu’une vulgaire farce. Et si tel était le cas, il serait bien évidemment très, très déçu.

Néanmoins, tandis qu’il cogitait à ce sujet, des indices parvinrent aux sens du jeune homme. Des indices assez suggestifs qui lui indiquaient que le but avait été atteint : en effet, il pouvait sentir l’air revigorant de la montagne, accompagné du bruit qu’émettent vagues et remous à la surface de l’eau. Il pouvait également entendre le vent dans le feuillage des arbres. Et lorsqu’il se décida enfin à ouvrir les yeux, il s’en rendit compte par lui-même. Il se trouvait désormais devant une vaste étendue d’eau, entourée d’herbes fraîches et de divers conifères, dans ce qui semblait être une cuvette à l’intérieur d’une montagne.

Jesse avait donc vu juste. Cet endroit était aussi imposant que magnifique ; il avait ce petit côté envoûtant, qui fait que l’on se sent immédiatement à son aise, presque comme si l’on était en totale harmonie avec soi-même. « Où est-ce que j’ai bien pu atterrir ? » Se demanda Jesse en effectuant un tour complet, époustouflé par la beauté des lieux.

C’est là qu’il la vit, un peu plus loin, au bord de la berge. Sa silhouette délicate se fondait à merveille dans cet environnement féérique et ses formes étaient sublimées par les flots miroitants qui dansaient sous les rayons du soleil. Et le plus incroyable là-dedans, c’est que la jeune fille s’avérait être tout aussi séduisante de dos.

Jesse avançait lentement dans sa direction car il voulait la surprendre. River, quant à elle, demeurait impassible. Les pieds dans l’eau, elle profitait des effets avantageux qu’offrait la nature à quiconque s’en souciait. Il était parvenu à sa hauteur sans trahir sa présence lorsqu’elle s’accroupit, comme pour observer un poisson de plus près, sans se douter une seconde de ce qui l’attendait. Du moins, c’est ce qu’il croyait !

Alors qu’il s’apprêtait à lui faire peur, River se retourna rapidement et l’arrosa avec énergie. Le piégeur piégé ou plutôt… l’arroseur arrosé : aucune définition ne convenait mieux à cette situation que celle-ci. Par réflexe, Jesse avait reculé mais pas pu évité d’être trempé toutefois.

 

« Non mais quelle peste ! » Lui fit-il remarquer en souriant alors qu’elle s’esclaffait devant sa bêtise. « Je dois le prendre comment ? Est-ce que ça veut dire que tu es contente ? »

 

Sa réponse fut de lui sauter au cou, laissant par là exprimer à quel point elle était enchantée. Il rit avec elle en mettant ses bras autour de sa taille.

 

« Tu m’as manqué, tu sais !! » Se réjouit-elle en plongeant son regard, à la fois provoquant et à la fois réconfortant, dans le sien. « Je croyais ne plus jamais te revoir ! Je ne suis pas contente, non… Je suis carrément euphorique ! »

 

Bien sûr, Jesse se trouvait dans un état identique en ce moment même ; et maintenant, il ne pensait plus qu’à une seule chose. Il plissa les yeux de bonheur, tout en admirant, comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises, chaque détail de son visage angélique. Elle était ravissante, encore plus sous l’emprise de la joie. Une telle démonstration fit s’accélérer fortement le rythme cardiaque de Jesse, pourtant bien emballé.

 

« Et moi, je t’ai manquée ? » Lui demanda-t-elle, sur un ton enfantin et innocent.

 

Pour le beau blond, il n’y avait qu’une réponse possible à cette question. Il attrapa River par ses frêles épaules, lui fit perdre l’équilibre et la renversa d’un geste mesuré. Il la plaqua ainsi au sol et l’empêcha de se relever en se tenant juste au-dessus d’elle. Son corps ne pouvait plus bouger sous le poids du gaillard. A présent, les voilà qui étaient couchés dans l’herbe verte et chatouilleuse de ce paysage hors du commun, à se regarder l’un l’autre avec ardeur.

Depuis le début, Jesse mourrait d’envie de déposer un baiser sur ses lèvres. Il profita de cette jolie occasion pour s’exécuter. Lentement, il se pencha vers elle. Leurs bouches finirent par se rencontrer dans une étincelle d’excitation. River, qui n’attendait que ça elle aussi, ne fut pas rassasiée et l’attira vers elle, afin de l’embrasser à nouveau. Et ensemble, ils ne purent que savourer cet instant magique.

Une ou deux minutes plus tard, Jesse brisa finalement le silence qui s’était installé entre eux.

 

« Il y a des progrès à faire, si tu veux mon avis. » Dit-il en jouant avec une mèche de ses cheveux. « Mais tu te débrouilles mieux que ce que je pensais ! »

 

« Ah, je vois ! Monsieur est redevenu taquin ! » Répliqua-t-elle en le poussant sur le côté.

 

Il se redressa pour lui faire face, en restant sur ses gardes, comme si les deux jeunes tourtereaux se préparaient à combattre. River poussa un grand cri et se rua sur Jesse. Ce dernier se laissa tomber et les rôles furent inversés : c’est elle qui se retrouvait sur lui cette fois.

 

« Quelqu’un ! A l’aide ! Je suis attaqué par une sauvage !! » Hurla-t-il d’un air espiègle.

 

« Tu vas regretter tes paroles, petit insolent ! » Répliqua-t-elle en arrachant des poignées d’herbe et en tentant de les lui faire manger.

 

Jesse ne saurait dire exactement combien de temps s’était écoulé depuis leurs retrouvailles mais cela devait bien faire dix minutes qu’ils s’étaient calmés et qu’ils profitaient de l’instant, rien que tous les deux. River avait la tête penchée sur le torse de son bel « inconnu », lui l’enlaçait de manière à ce qu’elle soit entièrement prisonnière de ses bras.

L’un comme l’autre laissait volontiers leur regard se perdre sur les eaux scintillantes, bordées d’arbres de toute sorte, qui s’étendaient droit devant eux. A ce moment précis, dans leur esprit, c’était comme s’ils étaient arrivés au Paradis, cet endroit fabuleux dont l’existence ne dépend que de nos croyances, et c’était comme s’ils allaient rester ensemble pour l’éternité. Mais, l’un comme l’autre, ils savaient que ce bonheur était éphémère, que leur histoire unique ne durerait pas. Ou en tout cas, plus très longtemps.

Avant qu’ils ne soient séparés pour de bon, Jesse eut une idée. S’il pouvait retrouver celle qu’il aime par la force de sa volonté, peut-être parviendrait-il, en utilisant la technique de la concentration, à jouer la musique qu’il avait en tête. Pourquoi pas ? Ça valait la peine d’essayer ! Et puis, ce serait vraiment parfait, là, tout de suite. Il ferma donc les yeux et se mit à ne penser qu’à cette chanson. Il refit la même chose une seconde fois, et une troisième ensuite.

Voilà à présent que l’on entendait les notes s’élever dans les airs. La mélodie et le rythme de la ballade prirent le pas sur les bruits alentours. La voix harmonieuse et caractéristique du chanteur de Def Leppard succéda aux gazouillis des oiseaux, au clapotis du lac, ainsi qu’au souffle du vent dans les feuillages.

 

 

Surprise par cette musique qui semblait provenir de nulle part, River leva la tête et croisa le regard en amande de Jesse.

 

« Qu’est-ce que c’est ? D’où est-ce qu’elle vient cette chanson ? » Demanda-t-elle.

 

« Chhht… » L’invita-t-il au silence, avec un sourire fier. « Juste.. écoute. »

 

Au final, il avait raison le bougre : cela ne pouvait véritablement être plus parfait. Les deux jeunes adultes demeurèrent ainsi de longues minutes, blottis l’un contre l’autre, jusqu’à ce que la chanson se termine.

 

« Au fait… » Dit Jesse. « On est dans un de tes souvenirs, pas vrai ? »

 

« Oh ! Donc tu avais deviné. Mes parents, ma sœur et moi, on venait camper ici presque tous les ans. On y a vécu des moments formidables. »

 

« Oui, je n’en doute pas. Franchement, c’est un coin superbe. J’aurais aimé y aller avec toi.. si on avait pu être dans de meilleures conditions. » Se força-t-il à plaisanter, sentant l’inéluctable se rapprocher un peu plus.

 

Puis il soupira de dépit. River essuya rapidement la larme qui s’apprêtait à couler de son œil gauche, se tourna vers Jesse et lui caressa la joue d’un air comblé. Et tandis qu’ils échangèrent un dernier baiser plein d’émotions, leurs corps physiques se quittèrent à nouveau, cette fois à tout jamais. Ce refrain ensorcelant venait de s’achever et la dernière note, bien que sublime, était bouleversante.

 

Face à lui ne se trouvait plus qu’une porte au beau milieu de l’obscurité régnante. Celle-ci était faiblement éclairée par un néon, qui clignotait à intervalles irréguliers. Il remarqua un numéro inscrit en son centre, qu’il présumait à juste titre être l’âge de sa mort. Son père avait disparu mais désormais, il comprenait. Désormais, il savait ce qu’il lui restait à faire.

Il attrapa la poignée, aussi froide que de la glace, et entrouvrit la porte, laissant filtrer une lumière blanche aveuglante et une vague de chaleur des plus apaisantes. Au moment où il fit le premier pas, une voix familière lui parvint :

 

« Ne te retourne pas. »

 

Cela eut pour effet de faire rire Jesse, qui mit ensuite un terme à ce rêve fantastique.

 


 

*Essuie les gouttes sur son visage*

 

Je n’avais jamais autant écrit (sur le blog j’entends) ! Et ça fait du bien de terminer cette histoire, qui s’était rallongée malgré moi. C’est allé au-delà de ce que j’en attendais, mais on ne va pas s’en plaindre.

Il est temps de passer à autre chose maintenant ! De nouveaux articles sont d’ores et déjà en préparation, alors restez bien avec moi.

Et la chanson, c’est Where does love go when it dies de Def Leppard (que je mentionne de toute façon dans le texte).

 

Je vous remercie de m’avoir lu. Un grand merci, plus particulièrement à tous ceux qui continuent de me suivre, jour après jour. C’est une source de motivation qui fait toujours plaisir !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

 

 

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