Nouvelle : Ne te retourne pas (2)

Coucou les Rêveurs !

 

Que vous ayez aimé ou non la première partie de ce récit, je vous conseille fortement de lire la seconde, car vous risquez d’être surpris. Et si vous avez deviné le fin mot de l’histoire, alors c’est que je n’aurais pas été assez créatif, je vous l’accorde !

Dans tous les cas, je prends beaucoup de plaisir à écrire cette nouvelle, que je considérerai sans aucun doute – une fois terminée, cela va de soi – comme l’une de mes plus abouties. Tout est retranscrit comme je l’espérais qu’il soit : les personnages, les lieux, les émotions, le suspense… Bref.

Passons aux choses sérieuses, si vous le voulez bien 🙂

 

Oui, bon, il est vrai que ça dépend surtout de moi hihihi…

 


 

Ne te retourne pas

2nde partie

 

Jesse se retrouva donc dans son ancienne chambre, la porte s’étant refermée d’elle-même sur ses pas. Cette pièce recélait tellement de trésors disposés un peu partout, chers à son cœur et même, pour certains, oubliés, qu’il se sentit immédiatement assailli par une puissante vague de nostalgie.

« Si l’on faisait le calcul, je suis sûr que j’ai dû passer une bonne moitié de ma vie entre ces quatre murs. Quoique… Allez, un bon tiers. » Se disait le jeune homme, émerveillé par la redécouverte de ce qui fut auparavant son antre. Il s’assit sur le bord de son vieux lit, qui grinça sous son poids, et se pencha en arrière afin d’obtenir une vue d’ensemble. Rien n’avait bougé, la chambre était restée telle qu’il l’avait toujours connue. Pendant quelques minutes, il était retombé en enfance, période dorée qu’il avait quittée depuis longtemps, et ne songeait plus à sa condition onirique ni à sa rencontre fortuite avec cette belle inconnue.

Tandis que son regard balayait la grande étagère usée par le temps qui lui faisait face, un objet en particulier capta son attention, si bien qu’il se leva pour aller voir de plus près de quoi il retournait. Il prit dans ses mains le cadre qu’il venait de repérer et y observa la photographie glissée à l’intérieur : sa sœur, Kay, et lui posent devant l’objectif en exécutant leur pire grimace. Ou leur plus réussie, façon d’envisager la chose. Il se souvenait tout à fait de ce jour-là, lorsque les deux garnements s’étaient amusés comme des petits fous avec le nouvel appareil photo, que les parents venaient d’acquérir à prix coûteux. Il se souvenait aussi de l’engueulade qui avait suivie pour ne pas avoir demandé la permission d’abord.

Il laissa échapper un rire simplet en revoyant la tête exagérée de Kay. « Espèce d’andouille va ! » Commenta-t-il, comme si elle était réellement à ses côtés. Jesse adorait sa petite sœur, de six ans sa cadette, et il avait pris l’habitude de l’appeler « Namour ». Il adorait jouer, discuter avec elle, ainsi que l’embêter en bon grand frère qui se respecte. Leur relation était quasi-fusionnelle. Ses yeux s’arrêtèrent ensuite sur ce qui est de nos jours communément admis comme étant le meilleur album de Gun’s N’Roses, « Appetite for Destruction » . Pour lui, il s’agissait là d’une pépite inestimable, un legs que son père avait décidé de lui faire don. En plus de chaque morceau, il aimait tout de cet album : sa pochette noire, le symbole en forme de croix avec les crânes squelettiques, personnalisés, des différents musiciens, son écriture, etc. Sobre et efficace.

Il l’avait écouté à maintes reprises à l’époque et autant dire qu’il en connaissait désormais la moindre chanson, voire la moindre parole. Notamment « Sweet Child O’ Mine » , l’un des plus grands succès du groupe, qui reste incontestablement sa préférée de la bande-son. Perdu dans ses pensées, dans ce mélange exquis mais douloureux que constituent mélancolie et souvenirs retrouvés, Jesse fut surpris par la brutalité avec laquelle il entra dans la chambre et claqua la porte derrière lui. Dans cette nouvelle scène, il se vit cette fois en adolescent compliqué, un poil problématique, il y a environ neuf ans. Lorsqu’il constata combien sa version du passé était en colère, à gigoter dans tous les sens, la mine renfrognée, sa mémoire revint aussitôt. Évidemment, il savait déjà ce qui allait suivre.

Sa mère fit irruption dans la pièce, avec autant de délicatesse qu’il n’en avait fait preuve alors, le visage rouge écarlate. Il savait que ça allait chauffer, car il l’avait déjà vécu.

 

« Toi et moi, on n’en a pas encore terminé, je te signale ! Où est-ce que tu as appris qu’on partait comme ça, au beau milieu d’une discussion !? » Cria-t-elle, en tentant de se calmer.

 

« Parce que tu appelles ça une discussion ? Vraiment ? » Répondit le fils, avec indignation. « Perso, j’appelle ça un interrogatoire ! » Reprit-il ensuite, en haussant le ton de dépit.

 

Le Jesse ado se retourna pour ne plus avoir à affronter le regard à la fois attendrissant et inquiétant de sa mère. Cette façon de le scruter qui lui était propre avait toujours perturbé le jeune homme, lors de disputes comme celle-ci justement. Elle lâcha un profond soupir, posa sa main sur l’épaule de son garçon, buté comme un âne, et ils s’assirent tous les deux sur le lit, dans un semblant d’apaisement. Le Jesse d’aujourd’hui observait en silence dans son coin, bien que ces « fantômes » ne puissent ni le voir ni l’entendre.

 

« Écoute, Jesse… » Commença-t-elle, ne voulant pas envenimer davantage la situation. « Ton père et moi, on sait bien à quel point tu tiens à t’y rendre, à cette fête. Tu es jeune, tu as besoin de te forger des expériences, comme nous lorsque nous avions ton âge. »

 

« Ouais bah.. justement ! Si vous savez ça, alors pourquoi ne pas me laisser y aller ? » Demanda-t-il, à ce moment-là pleinement inconscient de la portée de ses actes.

 

La jeune maman le regarda avec toute la compassion dont une mère est capable, puis souffla à nouveau, avant de répondre en ces termes :

 

« C’est à cause de ce que tu as fait la semaine dernière. Tu n’as pas oublié, si ? Il faut que tu comprennes, mon grand. Même si on a parfois très envie de certaines choses, on n’obtient pas toujours ce que l’on veut. Et on ne peut pas non plus toujours faire ce que l’on aurait envie de faire, tu peux me croire. »

 

« Ouais, mais.. » Amorça Jesse, sans qu’il n’ait le temps de finir sa phrase.

 

« Il n’y a pas de mais. » Le coupa-t-elle sur-le-champ, d’un flegme qui témoignait cependant d’une fermeté assurée. « Tu dois assumer les conséquences de tes bêtises maintenant. C’est pour ça que tu es puni ce soir. »

 

« Génial… » Grommela-t-il la mine déconfite.

 

« Et estime-toi heureux qu’on ne te confisque pas ton portable. » Acheva-t-elle son sermon en se levant.

 

Ceci fait, elle quitta la chambre, laissant Jesse avec son humeur maussade pour seule compagnie. L’adolescent, qui n’avait écouté qu’à moitié les remontrances, pourtant on ne peut plus sages, de sa mère, tomba à la renverse sur son lit. Il fixait le plafond, le regard vide et hagard, visiblement dégoûté d’être coincé ici. Son sanctuaire prit dès lors des allures de prison.

Quant au « vrai » Jesse, celui qui avait assisté à cette fameuse représentation, il eut à présent un regard neuf sur ce qu’il avait lui-même vécu des années plus tôt. Il savait qu’il avait eu tort de réagir ainsi et que ses parents ne voulaient que son bien dans cette histoire. Et il savait aussi que son « moi » du passé s’en fichait pas mal, puisqu’il espérait retrouver cette camarade de classe dont il était alors amoureux, à cette soirée d’où il serait pour finir absent. « Faut croire que l’homme que je suis en train de devenir a mûri et comprend mieux les choses… » Pensa-t-il après coup, avec un sentiment de fierté non dissimulé.

Il dévisagea sa version plus jeune insérer le disque de Gun’s N’Roses dans le compartiment de sa chaîne hi-fi et profita de cet instant de pur plaisir musical. Il prit soin également de régler le volume de ses deux enceintes assez fort, afin de se perdre dans la mélodie. Et devinez donc quelle est la chanson qu’il avait choisie d’écouter…

 

 

Jesse contemplait son reflet déprimer, en sachant pertinemment qu’il ne le regretterait pas plus tard. « De toute manière, ce n’est pas comme si elle était tombée dans les bras de ce connard de hockeyeur, hein… » Se souvint-il à propos de cette fille sur qui il avait des vues.

Soudain, l’image devint floue et la chambre entière se mit à tournoyer autour de lui. Le jeune homme était de retour dans le noir complet, entouré par cette curieuse énergie agissant en qualité de source lumineuse. C’est là qu’il l’aperçut de nouveau, d’abord en tant que faible silhouette au loin, puis de plus en plus nettement à mesure que celle-ci apparaissait. A l’instar de leur première rencontre, une petite dizaine de mètres seulement les séparait.

 

« Jesse ! » Réagit-il au quart de tour, répondant ainsi à la question qu’elle lui avait posée tout à l’heure, juste avant d’être « aspiré » dans un autre souvenir.

 

« Euh.. Quoi ? » Laissa échapper River, prise au dépourvu.

 

« Tu m’avais demandé mon nom et je n’avais pas eu le temps de te le donner. Voilà, c’est dit. » Lui expliqua Jesse, en y ajoutant un sourire dont on devine clairement la signification : « je suis vraiment content de te revoir ».

 

« Ah ! Oui ! Excuse-moi, je ne m’attendais pas à cela. » Dit-elle en lâchant un rire gêné, qu’il trouva drôle mais aussi très mignon.

 

« J’ai remarqué, ouais. On ne sait pas quand est-ce qu’on va encore disparaître, ou même si on va encore pouvoir discuter tous les deux, alors je prends les devants. »

 

« C’est vrai ! T’as raison, JESSE. » Acquiesça River, insistant bien sur le prénom à la fin. « Jesse. » Répéta-t-elle, comme si elle était en train de juger la saveur d’un plat soigneusement préparé. « Okay ! Je valide ! »

 

« Merci de votre indulgence, altesse. » Exagéra-t-il afin de se moquer d’elle gentiment.

 

« T’as pas une tête à t’appeler Jesse, par contre… Moi, j’aurais dis… Jonathan. »

 

Jesse ne la quittait pas du regard tandis qu’elle poursuivait son délire. Il appréciait cette facette de sa personnalité, franche, espiègle, et se laissait volontiers emporter par son enthousiasme débordant.

 

« Non ! Mieux ! » S’écria la brunette, désormais totalement à l’aise avec lui. « Jordan ! Quoiqu’il te manque peut-être quelques kilos.. »

 

 

En guise de réplique, Jesse se contenta d’éclater de rire, ce qui ne manqua pas de faire rougir River. Cette dernière gloussa à son tour et les deux furent vite pris d’un fou rire. Après s’être remis de leurs émotions, ils en revinrent au jeu de séduction qu’ils avaient démarré entre eux dès les premières secondes :

 

« Tu m’as l’air d’être un sacré phénomène toi, dis donc ! » Déclara Jesse, ce qui sonnait bien entendu comme un compliment.

 

« Parle pour toi, petit gars ! » Rétorqua-t-elle en levant un sourcil, de façon à lui renvoyer la balle.

 

« Sans déconner ? Petit gars ? » Fit-il semblant de s’offusquer, en décidant d’accélérer les choses.

 

A peine eut-il prononcé ces mots qu’il se tenait droit devant elle, son visage à quelques centimètres du sien. Ils étaient si proches tout à coup. River pouvait sentir son cœur s’emballer et avait beaucoup de mal à résister au regard étincelant que lui lançait Jesse.

 

« Et là ? Je te parais toujours petit, gamine ? » Demanda-t-il avec la plus grande des provocations, espérant secrètement que leurs lèvres se rejoignent.

 

River, qui ne voulait pas céder aussi facilement à son charme, trouva la parade idéale en l’enlaçant. Le garçon fut étonné de sa réaction, pas celle qu’il souhaitait à priori, mais profita de cet instant et passa ses bras autour de sa taille. Délicatement. « Qu’est-ce qu’elle sent bon ! » Songea-t-il alors qu’il avait la tête par-dessus son épaule ; ses cheveux lui chatouillaient le nez et lui donnaient envie d’éternuer mais il ne se dégagea pas, et le câlin dura ainsi un peu plus longtemps.

 

« Désolée. » Formula-t-elle en relâchant son étreinte. « C’était un test. » Finit-elle de se justifier, en repoussant légèrement sa mèche.

 

« Un test ? » Répondit Jesse tel un écho, encore remué par ce geste d’affection improvisé.

 

Il essayait de masquer sa déception, lui qui désirait tant obtenir un baiser de sa part. Mais la jeune fille n’était pas dupe et reconnaissait cette expression de défaite dans ses yeux. « Pas tout de suite, Cupidon ! » Se dit-elle intérieurement, satisfaite de son coup.

 

« Oui, un test, « monsieur je ne fais que répéter ce que je dis » ! C’est incompréhensible quand on y pense, que l’on puisse se toucher et se parler normalement, dans cet endroit étrange. »

 

« Ouais, c’est pas faux. On se croirait dans une sorte.. de dimension. » Fit observer Jesse, qui comptait renouveler ses intentions à son égard.

 

« Je peux te poser une question ? » Hésita-t-elle.

 

« C’est ce que tu fais depuis le début, je te signale » Ironisa-t-il, ne perdant pas une occasion de la titiller.

 

« Promets-moi de ne pas te moquer… »

 

« Promis Riri ! »

 

Jesse exécuta le salut militaire, feignant d’obéir à un ordre.

 

« Arrête, je suis sérieuse ! » Assura-t-elle en le frappant du poing sur son torse.

 

« Vas-y, je t’écoute. » Capitula-t-il, réalisant que l’heure n’était plus à l’amusement.

 

« Okay.. Hum.. » Prononça-t-elle en déglutissant. « Est-ce que tu revis des moments de ta vie passés, toi aussi ? Ou alors, est-ce que c’est moi qui suis complètement folle ? »

 

River avait changé d’expression ; elle semblait inquiète, du jugement que pourrait porter Jesse sur sa personne tout d’abord, mais aussi et surtout des conséquences que sa réponse pourrait engendrer. Elle avait peur de découvrir ce qui se pourrait se passer ensuite. Le sourire du jeune homme laissa place à un froncement de sourcils et à un air des plus interrogateurs.

Il ne voulait pas l’effrayer, bien sûr, mais lui mentir maintenant serait inapproprié. Peut-être allaient-ils en savoir davantage sur leur situation respective : comment (et pourquoi) en étaient-ils arrivés là ? Quelle était la signification de ces « flashback » et que se cachait-il derrière leur rencontre ? Simple hasard ou fruit du destin ? Beaucoup trop de questions se bousculaient dans leur tête à cet instant précis.

 

« Oui. » Avoua Jesse, d’une voix qui se voulait la plus apaisante possible. « Moi aussi, je me retrouve plongé dans différents souvenirs de ma vie. Je ne sais pas comment l’expliquer, et… je suppose que tu n’en es pas capable non plus. »

 

« Malheureusement, non. » Confirma-t-elle, empruntant le même ton que lui. « Je ne crois pas que l’on puisse vraiment parler de rêves, Jesse… On vit tous les deux la même chose. Et ça nous semble bien réel, pour autant que l’on sache discerner la réalité de l’apparence. »

 

« Attends.. Tu veux dire que.. »

 

« Et si tout cela n’était pas qu’une illusion ? » L’interrompit-elle dans sa réflexion. « Tu imagines ? Et si on était les objets d’une expérience unique ? »

 

A cette remarque, Jesse ne put s’empêcher de se rappeler les pensées irrationnelles qu’il avait eues à ce sujet. River était définitivement spéciale.

 

« Moi qui pensais avoir fait le tour des cas de science-fiction. » Confessa-t-il, avec une infime pointe de sarcasme.

 

« Hé ! Tu avais promis ! »

 

Tandis qu’elle le fusillait du regard, il fit un signe de la main afin de dissiper le malentendu.

 

« Non, je dis ça parce que je me suis posé exactement ce genre de questions. » Se rattrapa-t-il en relançant le dialogue.

 

« Et est-ce que.. Est-ce que tu les entends, les voix ? » Demanda River, crispée.

 

Loin d’être limpides, au contraire, les événements prenaient une tournure insolite.

 


 

Merci de m’avoir lu !

 

Comme vous pouvez le constater, Jesse et River n’ont pas fini de se creuser les méninges. La troisième partie de leurs aventures, à venir fin mars (ou début avril), clôturera sans doute l’histoire. Je veux terminer en beauté donc je vais prendre mon temps.

 

Sur ce, passez un très bon week-end !!

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

 

 

 

 

 

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