Nouvelle : De la pire espèce

Coucou les Rêveurs !

 

Pendant que j’étais en train de terminer ma parenthèse sur les doubleurs (partie 1 et partie 2 si vous ne les avez pas lues), je continuais mon petit train train quotidien et, plusieurs fois, je suis tombé sur des vidéos poignantes d’animaux – j’ai la larme facile lorsqu’il s’agit d’animaux, ils sont si purs.

Autant vous dire que cela m’a pas mal inspiré et, de toute façon, j’avais dans l’idée d’écrire quelque chose sur ce « thème » depuis un moment déjà. Et puis, en tant qu’amoureux de la nature, comme je le précise sur le profil du blog, il m’est impossible de rester impassible devant les dégâts que l’être humain lui inflige, au nom du soi-disant progrès et de ce putain d’argent…

Bref. Je crois que ce récit engagé est, malheureusement, représentatif de notre société moderne et de ce qu’elle peut proposer de plus dégueulasse. Bonne lecture (étrange de prononcer cette phrase juste après la précédente haha) !

 


 

De la pire espèce

 

On dit que la vie est parfois cruelle, très cruelle. Et, bien souvent, ceux qui disent cela sont en fait ceux qui se trouvent être le plus épargnés par ce cas de figure. Ensuite, on nous dit que « vivre, c’est mieux qu’exister » : joli conseil, effectivement, mais encore faudrait-il pouvoir survivre avant d’apprendre à vivre. Et pour l’homme comme pour tout autre être vivant, de nos jours, il est plutôt question de course à la survie. Alors comment faire face à cette épuisante rengaine ? Comment vivre lorsque la vie elle-même semble n’être rien de plus qu’une punition permanente ?

Ce sont certainement le genre de questions que pourrait se poser Rover, ce pauvre border collie, de couleur noir et blanc, abandonné au beau milieu d’une forêt par ses maîtres. Rover était le prénom que lui avaient choisi ces mêmes maîtres quand ceux-ci l’avaient accueilli chez eux. Vous devez penser que c’est indigne de leur part ; voire carrément inhumain. Et vous avez raison, ça l’est. Mais le chien ne pensait pas cela, lui, au moment de ronger sa laisse, solidement attachée à un arbre. Non, bien sûr que non. Il ne pensait qu’à une seule chose : se libérer de ses chaînes et aller retrouver son lieu de vie, l’unique foyer qu’il ait connu.

Rover avait d’abord commencé par gémir en voyant les personnes qu’il considérait comme ses maîtres s’éloigner. Mais ça n’avait rien donné. Puis il s’était mis à aboyer, de plus en plus fort, au cas où quelqu’un entendrait ses plaintes et lui viendrait en aide. Là non plus, ça n’avait rien donné. Par chance, il est parvenu à se défaire de sa laisse, au bout de deux jours d’efforts répétés. Ces efforts avaient sollicité beaucoup d’énergie au chien courageux qui, faute de n’avoir pu ni boire ni manger, avait déjà bien maigri. Étant donné qu’il venait régulièrement se promener dans cette forêt auparavant, il put en sortir sans trop de mal.

Le brave toutou s’est ensuite rendu au domicile de ses propriétaires, quelques kilomètres plus loin, dans la petite cité pavillonnaire où ils résidaient ; il était tellement excité à l’idée de les retrouver que sa queue remuait dans tous les sens et qu’il ne tenait pas en place. Mais il sentait que quelque chose n’allait pas : il n’y avait aucune trace de la grosse voiture bleue, qui était assez spacieuse pour le faire monter à l’arrière et qui, habituellement, était garée dans l’entrée de garage, et les odeurs qui se dégageaient de la maison étaient différentes des précédentes. Rover, beaucoup plus intelligent que la moyenne de ses congénères, percevait bien que quelque chose avait changé.

Lorsqu’une fillette s’écria depuis sa fenêtre qu’il y avait un chien en bas, en train de sautiller dans le parterre de fleurs et de pousser des aboiements dans le but de se faire remarquer, celui-ci, intrigué et attentif, se figea net et leva ses grandes oreilles pointues. Méfiant envers cette inconnue intrusive, il eut même un mouvement de recul quand elle vint le rejoindre, après avoir descendu les escaliers comme une dératée et avoir laissé la porte ouverte. A pieds nus sur la pelouse sèche, elle le regardait en souriant, des étoiles plein les yeux. Rover avait cessé de gesticuler mais il ne pouvait s’empêcher de bouger la tête de droite à gauche, se demandant où était donc passée sa famille ; il ne pouvait évidemment pas se douter que les personnes qui l’avaient abandonné de façon odieuse avaient déménagées.

La fillette se pencha afin de le caresser mais il l’évita et recula encore. Non pas qu’il avait peur d’elle mais il était trop perdu sur le moment pour se laisser distraire de la sorte. La mère, alertée par le boucan de l’enfant, vint l’empoigner et mit ainsi un terme à la rencontre entre la petite curieuse et ce chien sorti d’on ne sait où, lui qui avait pourtant vécu une paire d’années dans cette belle demeure. Déboussolé et n’ayant nulle part d’autre où aller, Rover décida de se coucher à cet endroit précis. Peut-être rentreraient-ils plus tard devait-il se dire, si tant est que son esprit puisse concevoir de telles pensées. Il ne bougea pas de la nuit et la fillette l’aperçut à nouveau, le lendemain matin.

Avec toute l’innocence qu’on prête aux enfants de bas âge, elle lui déposa, à défaut d’une gamelle, un bol rempli d’eau fraîche. Toujours allongé, le chien renifla prudemment le récipient puis se releva pour boire. La mère de la petite intervint une fois de plus, agacée par l’intérêt de sa fille envers l’animal et peu rassurée par ce dernier. Rover n’avait pas l’air d’être un méchant chien mais elle ne voulait prendre aucun risque. Il fut alors chassé de son ancien chez lui, menacé par le balais de cette femme qui ne voulait pas laisser son enfant s’approcher. Elle qui avait probablement peur qu’il se fasse mordre ou que ce nouveau venu soit atteint par la rage.

Le border collie a alors entamé un voyage forcé aux quatre coins de la région, parcourant chaque jour une bonne douzaine de kilomètres. Livré à lui-même, il ne pouvait plus compter sur les humains, ces êtres égoïstes et paradoxaux, pour prendre soin de sa carcasse. Affaibli et amoindri par le manque cruel de nourriture, il se démenait comme il pouvait lorsqu’il s’agissait de trouver son apport en calories. Même si, au bout du compte, ce n’était jamais suffisant pour un animal de sa taille. Rover ne pensait presque plus à sa vie d’avant mais il ne pouvait s’empêcher d’être nostalgique quand, par exemple, il observait un homme jouer au frisbee avec son cousin dalmatien, ou encore quand il captait un instant de tendresse entre un Staffordshire bull terrier et sa famille adoptive.

L’endroit où il préférait se rendre était sans conteste le parc en marge de la ville, parce que les poubelles là-bas étaient une source inépuisable de restes et de déchets qu’il pouvait consommer à volonté. La saison estivale battait son plein et il faisait chaud cet après-midi de fin juillet, très très chaud. Après qu’il eût fini de se désaltérer à la fontaine, où les chemins tracés se croisaient, Rover, tiraillé par la faim, se mit en quête de nourriture. Il avait de plus en plus de mal à satisfaire ses besoins vitaux et, à ce rythme, fatalement, il n’en aurait plus pour longtemps. Et on ne peut pas dire que notre vagabond à quatre pattes avait de la chance, puisqu’il ne trouva rien à se mettre sous la dent. Rien du tout ; pas même un misérable morceau de viande ou des légumes avariés, dont il se serait contentés volontiers.

Le malheureux chien abandonna sa fouille infructueuse et, à bout de forces, alla s’allonger à l’ombre d’un grand hêtre. Si seulement l’arbre avait pu être un cerisier, un pommier ou un abricotier, qu’importe… Les oiseaux qui le contemplaient depuis leur branche avaient arrêtés de chanter. Le sort semblait s’acharner car il lui était clairement impossible de grimper, ne serait-ce que pour attraper un seul de ces volatiles. Rover posa le museau sur ses pattes et ferma les yeux, fatigué de cette situation. S’il avait été un homme, sans doute aurait-il souhaité ne plus les rouvrir et en finir avec tout ça. Il n’avait pourtant rien fait de mal pour mériter ce triste sort, lui qui s’était toujours montré aimant, espiègle et obéissant, lui qui remplissait tous les critères du compagnon rêvé.

Soudain, une odeur des plus alléchantes le tira de sa torpeur. Il ouvrit les yeux et leva la truffe en direction des fameuses effluves. Un vieil homme, à la barbe hirsute, aussi blanche que neige, et aux vêtements sales, s’était assis en tailleur à quelques centimètres à peine de lui. Ses sens ne l’avaient pas alerté de sa présence ou n’avaient pas fonctionné correctement à cause de son état. L’odeur en question provenait d’une miche de pain, qui avait été posée à portée de sa gueule. Rover ne se fit pas prier et, en deux trois coups de mâchoire, l’avala en entier. Il n’en laissa pas une miette. Pour la première fois depuis des jours, voire des semaines, sa queue recommençait à s’agiter.

Le sans abri rit de bon cœur et lui tendit sa part. D’abord soupçonneux envers ce monsieur providentiel, le chien finit par lui accorder sa confiance et se saisit du pain pour le manger tranquillement. Son sauveur se permit plusieurs caresses, en douceur.

 

C’est bon, hein ? Dit-il, ravi d’avoir pu venir en aide à cette magnifique bête. Toi aussi on t’a tout pris, je parie… J’ai connu ça.

 

Cette rencontre inattendue fut bénéfique à tous les deux. A l’indifférence générale, une amitié profonde et sincère venait de naître. Oui… Dans leur malheur, le vieil homme et le joli spécimen de la race canine avait trouvé leur bonheur. Dès lors, ils ne se quitteraient plus et emprunteraient le même chemin, ensemble. Rover était heureux à nouveau.

De toutes les espèces qui peuplent notre précieuse planète, on est en droit d’affirmer que l’espèce humaine est assurément la pire qui soit. L’unique espèce consciente des enjeux et de son avenir mais qui continue de détruire et de saccager sa propre maison. Et pourquoi ? Ou plutôt, pour quoi ? De simples profits… Mais dans le pire, il y a aussi une faible trace du meilleur, à laquelle s’accrocher. Des exceptions qui remontent parfois à la surface de cet océan infâme et souillé, représenté par l’homme, son ego démesuré et son appétit insatiable

 


 

Merci d’avoir lu ce récit, que je voulais rédiger depuis longtemps et que je tenais à retranscrire avec le plus d’émotions possibles. En espérant que l’histoire vous ait plu !

 

A la prochaine et passez une très bonne semaine !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs (et surtout : réaliser à quel point la vie, autant humaine qu’animale et végétale, car nous sommes tous les maillons d’une seule et même chaîne, est inestimable et qu’il nous faut préserver la nature à tout prix) 😉

2 commentaires sur “Nouvelle : De la pire espèce

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  1. De retour dans les lectures. J’ai dun retard à rattraper ! En tout cas très beau récit et d’actualité. Le genre de chose qui arrive trop souvent malheureusement.

    Aimé par 1 personne

    1. Effectivement, un peu de retard ! Mais vous allez vite le rattraper, courage.

      Oui, cela arrive encore beaucoup trop à mon goût… Je ne comprendrai jamais ces personnes qui sont capables d’abandonner leur animal, c’est honteux et ça me révulse.

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