Nouvelle : Ils vécurent heureux

Bonjour/Bonsoir les Rêveurs !

 

Dans ce dernier récit, que je voulais intense et pas trop long, je suis revenu à quelque chose de plus « banal » – malheureusement – et de plus réel. Bien sûr, je n’oublie pas le côté humain, peut-être l’un des points les plus fondamentaux de mes histoires. J’aime beaucoup mettre l’accent sur les sentiments de mes personnages (et de mes lecteurs du coup :-D).

Comme d’habitude, n’hésitez pas à me solliciter ou commenter quoi que ce soit. En vous souhaitant une agréable lecture, les amis !


 

Nouvelle : Ils vécurent heureux

 

« Qu’avais-je fait ? »

Ces mots résonnaient sans interruption aucune, contre les parois fragiles et soucieuses au possible du crâne de Stanley. A chaque tentative pour les repousser loin, très loin dans les tréfonds de son âme, là où ils ne le dérangeraient plus dans l’instant, ils revenaient à l’attaque. Cette formule culpabilisante le frappait durement, telle une aiguille s’enfonçant lentement mais sûrement dans sa chair écorchée vive. Pire encore : elle l’empêchait de réfléchir correctement et calmement à la situation plus que compliquée dans laquelle il s’était fourré. Et même s’il ne voulait pas l’admettre, ce fut sa décision. Donc, sa faute.

Cela faisait plus d’une heure, à présent, qu’il roulait sans savoir où il allait. Il s’en rendrait vite compte mais l’État tout entier serait bientôt au courant de ce qui est en train de se passer. La télévision nationale avait pris l’affaire au sérieux d’entrée de jeu et son ancêtre, la radio, diffusait puis rediffusait une alerte à son encontre. Dans son esprit, Stanley était déjà cerné de partout et il luttait tant bien que mal pour ne pas se laisser envahir par le poids des accusations. Cet épisode clé allait sans doute causer sa perte, mais qu’importe ! Il ne ralentit pas la cadence, au contraire. La fuite constituait désormais son unique exutoire et Stan, comme son entourage avait pris l’habitude de l’appeler, assumait pleinement les conséquences de ses actes. Il était totalement sobre, pour une fois. Maître de lui-même. Libre de choisir… Son choix, ici, fut d’enlever son propre fils.

Ce n’était pas la décision la plus sensée qu’il ait eu à prendre dans sa vie, loin s’en faut. L’homme en général était connu pour être quelqu’un de bien, quelqu’un qui ne faisait jamais de vagues et qui connaissait ses limites. Sauf quand il se mettait à boire. Là, oui, le problème était radicalement différent. Après s’être fait licencier de son dernier travail, qu’il supportait à peine à l’époque, Stan a craqué, comme tant d’autres. Et il a fini par noyer ses états d’âme dans l’alcool, entraînant avec lui sa petite famille naissante et pourtant heureuse. Sa femme, Kendra, fit de son mieux afin de l’aider et Stan pouvait également compter sur le soutien de ses amis. Ce fut peine perdue, il ne lâchait plus ses innombrables bouteilles. Ses « cadavres de verre ». Son addiction empira, son couple n’y résista pas. Un soir, sans demander son reste, Kendra emmena l’innocent Liam avec elle et, ensemble, ils quittèrent le domicile familial pour de bon.

Stanley fut dévasté. Pendant longtemps, il chercha sans relâche à les retrouver tous les deux. « Vous êtes les seules joies permanentes de ma vie ! » s’acharnait-il à avouer sur le répondeur de sa femme. Cela avait beau lui briser le cœur, car elle savait au fond que rien ne serait plus comme avant, Kendra ne reviendrait pas sur sa décision. Ce qu’elle voulait à tout prix, c’était d’éloigner leur fils des ravages de l’alcool. Et beaucoup affirmeraient qu’elle avait raison. A partir de là, Stan, las de sa pitoyable condition, se rendit en cure de désintoxication, plein de bonne volonté ; et ce, uniquement dans l’espoir de revoir son petit bonhomme un jour. Cette épreuve n’était pas facile mais, finalement, il s’en sortirait. Cinq mois plus tard, ce fut un nouveau Stanley qui remit les pieds dehors, entièrement sevré. Mais malgré toute la bonne volonté du monde, le destin était parfois très capricieux : il découvrit alors que Kendra s’était remise avec un autre et qu’elle avait demandé la garde exclusive de Liam. Plusieurs fois, Stan s’efforça de la convaincre qu’il avait réellement changé. En vain. Quand bien même il le méritait, il n’aurait pas de seconde chance. Il s’en trouva encore plus dévasté, tous ses rêves de reconstruction s’écroulant au passage.

Stanley ne s’en releva jamais vraiment. Ses mauvaises habitudes à abuser de l’alcool par le passé avaient déjà partiellement touché ses facultés mentales. Celles-ci s’en trouvèrent plus endommagées qu’elles ne l’étaient à cause de cet énième coup du sort. Il était rongé de l’intérieur : à la fois par le chagrin provenant de la perte de son bonheur, par la démence provoquée par ses nombreux écarts et ravivée par le chagrin en question, ainsi que par la haine à l’égard de celle qui avait partagé sa vie, avant que tout ne se transforme en cauchemar. Guidé par sa colère et par le désespoir, qui ne le quittaient plus, il décida de prendre son petit garçon de force et de s’enfuir. N’importe où. Mais il n’avait nulle part où aller et il en était conscient. Nulle part où se cacher. Nulle part où récupérer la paix qu’il avait autrefois tant chérie. Et posséder Liam comme s’il s’agissait d’un prix de consolation n’y changeait absolument rien. Sa vengeance n’avait pas lieu d’être et sa fuite se résumait maintenant à un acte autodestructeur définitif. Stan savait qu’il les mettait en danger, lui et le petit, mais il ne ferait pas marche arrière.

Il s’arrêta à une station-essence isolée afin de refaire le plein de gazole. Jusque là, dans sa grande prudence, Stanley avait pris soin d’éviter les lieux publics et d’apparaître sur les caméras de sécurité. Cependant, nos fautes nous rattrapent toujours. Son road-trip improvisé allait bientôt atteindre son terme. Le gérant de la station, lorsqu’il aperçut cet homme encapuchonné, le visage camouflé derrière ses lunettes de soleil, ne put s’empêcher de fixer l’inconnu qui tenait nerveusement la pompe du milieu. Puis, ironiquement, comme si le destin voulait punir ce fameux inconnu, un flash d’informations diffusa au même moment l’alerte enlèvement de Liam Porter, le bambin de six ans kidnappé par son père dépressif. En se retournant sur l’homme qu’il observait à l’instant, le gérant le reconnut immédiatement et prévint les forces de l’ordre sans tarder, tandis que Stan remonta en voiture, prompt à disparaître. Plus qu’une dizaine de kilomètres et père et fils franchiraient le Rio Grande, le fleuve qui faisait office de frontière naturelle entre les États-Unis et le Mexique. « Là-bas mon fils, nous démarrerons une toute nouvelle vie ! » pensait-il.

C’était sans compter sur la rapidité d’action de la police d’État et la mise en place d’un barrage routier qui allait stopper net sa course folle. Après avoir compris ce qui se tramait, ce dernier freina et resta en retrait. Devant lui se dressait plusieurs voitures dont les gyrophares étaient activés ainsi que quelques bécanes, réputées pour leurs interventions efficaces sur le goudron. Le lieutenant se saisit d’un mégaphone et ordonna au conducteur de se ranger sur le côté, de descendre du véhicule et de libérer l’enfant. Kendra, l’ex madame Porter, était là aussi, en proie au plus grand des stress. Elle avait terriblement peur pour celui qu’elle avait porté neuf mois dans son ventre, son fils unique. Stanley savait qu’il irait certainement croupir dans une cellule insalubre si jamais il se faisait prendre. Ce qui ne lui laissait pas beaucoup d’options, voire aucune dans son esprit anéanti.

Le lieutenant répéta exactement la même sommation et les secondes défilèrent sans que rien ne se passe. Les larmes commencèrent à couler sur le faciès déformé par l’angoisse de Kendra. Les agents, qui virent leur patience s’amincir, avaient leur arme en joue, pointées sur la voiture du père recherché. Juste au cas où. Au bout de profondes minutes de réflexion, Stan s’était résigné. Il se retourna vers Liam et tenta de le rassurer du mieux qu’il put. « Ne t’inquiètes pas mon bonhomme » dit-il à son fils qui pleurait. « Tout va bien se passer ! Papa veille sur toi ! Papa veillera toujours sur toi.. » ajouta-t-il la mine renfrognée. Et alors que le lieutenant s’apprêtait à envoyer un nouveau message par le biais de son bruyant appareil sonore, Stan écrasa littéralement l’accélérateur, sous les yeux horrifiés de son amour passé et de ceux qui étaient venus l’appréhender.

La voiture leur fonça dessus. Dans la panique, un officier ne put se retenir de faire feu et la balle éclata le pneu gauche avant de la Lexus modèle cabriolet. Stanley en perdit le contrôle ; celle-ci dérapa dans tous les sens et fit plusieurs tonneaux dans un fracas assourdissant, avant de terminer de l’autre côté de la route, des mètres et des mètres plus loin, derrière le barrage qu’avait érigé plus tôt les forces de police. On allait enfin pouvoir constater l’ampleur des dégâts… Kendra, complètement hystérique et affolée, se précipita vers l’épave pour voir si Liam était vivant. Les hommes sur place la suivirent et l’aidèrent dans son effort. Miraculeusement, le jeune garçon n’avait rien de cassé. Il serait seulement traumatisé par ce grave accident, dans lequel son père, en revanche, avait péri.

Avant de rendre son dernier souffle, Stanley Porter repensa à ce bonheur perdu, à ce pourquoi il s’était battu ces années durant. L’image qu’il eut en tête au moment de trépasser était particulièrement belle et symbolique : Kendra et lui s’étaient rendus à l’hôpital pour l’échographie qui déterminerait le sexe du bébé. Ils apprirent que l’enfant qu’ils attendaient était un garçon. Stan ne pouvait pas être plus comblé qu’à cet instant. Il s’est souvenu, lorsque le docteur a quitté la pièce, s’être baissé pour embrasser le joli ballon gonflé de sa tendre épouse. Il était alors béni des dieux. A l’évidence, cela suffit à lui rendre la mort plus douce.


 

Voilààà !

Alors ? Vous avez aimé ? Parce que moi oui !

 

Je gardais cette histoire d’enlèvement et de vie gâchée dans un coin de ma tête (dans le tiroir des récits en attente haha) depuis un moment et j’ai eu soudainement l’envie de la rédiger.

J’écrirai sûrement quelque chose de différent la prochaine fois. Bonne fin de semaine à tous !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

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