Nouvelle : Rien que des mots (4)

Coucou les Rêveurs !

 

Voici donc la dernière partie de cette nouvelle. Tout va se jouer pour Gordon.

Saura-t-il dépasser ses appréhensions ? Parviendra-t-il à avouer ses sentiments à Lily avant que celle-ci ne reparte chez elle ? Vous le saurez en lisant la conclusion de cette histoire.

En attendant, le jeune étudiant, lassé de son incapacité à se comporter naturellement, s’est laissé prendre au jeu du hasard dans le but de séduire sa belle. Il s’est embarqué pour un aller simple vers il ne sait où. C’est pourquoi je vous propose de le retrouver dès à présent !

Bonne lecture, toutes et tous.


 

Rien que des mots : 4ème partie

 

Cela faisait presque une demi-heure que le bus suivait son plan de route, n’oubliant jamais de se ranger sur le côté à chaque arrêt que l’on croisait, soit à peu près toutes les huit minutes. Cela faisait presque une demi-heure que je passais mon temps à les compter et que je regardais Lily, assise trois rangs devant moi. Je surveillais également qu’elle ne sorte pas du véhicule sans que je ne puisse le remarquer. Parce qu’en y réfléchissant bien, c’est vrai que je ne savais même pas où elle habitait.

Qu’elle soit de face ou de dos, cette fille restait à tomber. Ses longs cheveux propres et sans nœuds apparents plongeaient jusqu’à la moitié de sa colonne vertébrale. Sur le siège du côté carreau, elle appuya sa tête sur le verre froid et porta son regard au-dehors. Je me demandais bien ce qu’elle pouvait penser en ce moment. Peut-être faisait-elle comme moi tous les soirs : elle essayait de deviner ce qu’elle allait manger en rentrant. Je rigolais intérieurement rien qu’en imaginant la scène. « Arrête tes conneries Gordon ! C’est une fille qui a l’air simple, mais peut-être n’est-elle pas autant attirée par la nourriture que toi tu ne l’es. »

Je me rendais compte que je ne la connaissais pas en fait. Tout ce que je sais d’elle, c’est son prénom, son nom, son âge, ses origines, son sourire merveilleux et la couleur de ses yeux. Les informations de base en gros. Et il y a pire pour l’instant ! Je me suis embarqué dans ce bus, sous l’effet d’une pulsion passagère, sans aucune idée de ce que j’allais faire ensuite… Comment l’approcher au milieu de ces curieux et potentiels rapporteurs ? Il faudrait s’appeler Caleb et posséder sa tchatche pour oser lui parler dans ces conditions, en gardant son calme. De toute façon, qu’est-ce que je pourrais lui dire ? « Hé, salut ! Tu te souviens de moi ? Le gars chelou de tout à l’heure ? Il se trouve que je suis monté dans ce bus pour te suivre et avoir l’espoir de te reparler. »

Super, ça fait à peine malade mental tiens… Mon envie de l’aborder à nouveau était puissante mais je devais résister à la tentation, au risque de me ridiculiser. Encore. Le coup du mec dérangé, non merci. Je descendrai au prochain arrêt et j’appellerai mes parents pour qu’ils viennent me chercher, en priant que ce soit mon père plutôt que ma mère. Il ne me prendrait pas la tête lui au moins, parce que je n’avais vraiment pas besoin de ça maintenant. J’aurais préféré appeler Caleb, mais je ne voulais pas le déranger à cette heure-ci. Et puis, il n’habitait pas tout près. Enfin, en rentrant, je m’affalerai sur mon lit et je n’aurai probablement même pas le cœur à écouter de la musique avant de m’endormir, qui constitue pourtant mon rituel du soir.

Et puisqu’on parle du prochain arrêt, le voilà qui arrive. Je voyais déjà le panneau se rapprocher. Les pneus crissèrent et le véhicule freina de tout son poids. Alors que je laissai mon siège libre, Lily se leva également, son sac à la main. C’est ici qu’elle descendait apparemment. Ce qui veut dire qu’elle devait loger dans le coin. « N’y pense même pas Gordon, il faut rentrer à la maison ! » s’écria ma conscience. Mais il était déjà trop tard : une nouvelle pulsion avait pris le pas sur la raison. Quelques minutes passèrent et je me retrouvais à marcher derrière elle, à bonne distance afin de ne pas éveiller ses soupçons. Je ne savais pas du tout où j’étais, littéralement paumé dans un quartier dont je n’avais pas idée qu’il existait hier encore. Green Bay est une plus grande ville que je ne l’imaginais.

Mais à quoi je pensais au juste ? On ne suit pas la fille qu’on aime dans la rue, c’est glauque merde ! Surtout qu’il commençait à faire sombre. Clairement, ce n’était ni le moment ni l’endroit. Ma curiosité s’en fichait pas mal toutefois. Elle me poussait à continuer notre petite filature pour découvrir son lieu de résidence. J’étais très intéressé par son environnement, par le fait d’en savoir un peu plus sur sa vie. D’autant plus que je ne savais pas grand chose sur elle. Ma lucidité avait disparue dans les tréfonds de mon esprit compliqué ; ma passion s’était emparée des commandes et elle exigeait des réponses à ses questions ! Cette investigation au sein de la ville avait le goût de l’inconnu et c’est ce qui la rendait excitante. Je sortais rarement de chez moi et c’était là l’occasion de briser la routine.

Lily avait retiré ses écouteurs depuis que nous marchions. Et nous marchions depuis un quart d’heure. Ou vingt minutes peut-être ? Je ne saurais le dire exactement, j’étais trop concentré sur elle. Je ne devais pas la perdre. Cinq minutes plus tard, nous étions entrés dans un jardin public et nous longions la voie bétonnée, entourée de grands arbres de toutes sortes et faiblement éclairée par les nombreux lampadaires placés tous les trente ou quarante mètres. Soudain, mon HTC se mit à vibrer dans ma poche de pantalon ; heureusement que j’avais pensé à enlever la sonnerie en sortant du bus. Je vérifiai tout de même de qui il pouvait bien s’agir et je devinai juste : c’était le numéro de mon père qui s’affichait. Je ne décrochai pas et remis mon téléphone portable dans sa poche. Lily ne m’avait toujours pas remarqué.

Nous quittions le parc. Elle ne devrait plus se trouver très loin, sa maison. J’avais bon espoir de la voir. Je souris bêtement alors qu’il n’y avait vraiment pas de quoi. Une grosse berline, dont la marque et le modèle m’échappaient, apparut de nulle part et se gara sur le trottoir entre ma cible et moi. Puis elle klaxonna plusieurs fois.

 

Qu’est-ce qu’elle fait celle-là ? Tu vas tout faire foirer… Dégage ! La suppliai-je à voix basse.

 

Le klaxon de la voiture se fit de nouveau entendre, plus énergiquement cette fois. Ne pouvant prendre le risque d’être découvert, je me jetai dans les buissons les plus proches en espérant que Lily ne m’ait pas vu. Elle s’était retournée pour regarder le véhicule noir, qui restait sur place à attendre. Qu’est-ce qu’il foutait : telle était la question identique qu’on se posait sûrement en ce moment même. Moment très mal choisi par cet élément perturbateur, moi qui étais à deux doigts d’en savoir un peu plus. Lily reprit sa route et s’éloigna. J’allais la perdre.

Il m’avait semblé voir un garçon de mon âge passer sa tête au carreau, à l’arrière de la voiture. Mais je n’en tint pas réellement compte étant donné que mon entière attention était focalisée sur Lily, dont la silhouette devenait de plus en plus floue au fur et à mesure qu’elle disparaissait dans la nuit. Je devais reprendre la route aussi et la rattraper avant que…

 

Toi ! Tu m’as suivi ? M’exclamai-je, incroyablement surpris que ce type se tienne devant moi.

De nous deux, c’est plutôt toi qui joue les espions. Tu ne crois pas, Gordon ? Rétorqua-t-il froidement à mon semblant d’agression.

 

Noah Cooper, le dernier mec que je m’attendais à voir ici et maintenant, se tenait face à moi, me barrant le chemin direct vers mon objectif.

 

Tu pourrais répondre quand on t’appelle, non ? J’ai pas arrêté de crier ton nom, abruti.

 

Je ne pris pas la peine de répliquer, passablement agacé par la tournure des événements, et j’en vins droit au fait.

 

Qu’est-ce qui t’amènes Noah ? Qu’est-ce que tu me veux ? Réclamai-je.

Je t’ai vu dans la rue à cette heure-ci et ça m’a intrigué. Je sais que tu n’habites pas dans le coin. Et je me suis dit que je te verrais plutôt au match de ce soir. Tu n’aurais pas oublié ? M’expliqua-t-il d’une traite, me toisant du regard comme s’il avait compris mon petit manège.

 

Putain ! Le match, mais oui ! Il devait déjà être commencé depuis un moment. Ma sœur affrontait une équipe importante du championnat et elle avait tenu à ce que Papa, Maman et moi y assistions. J’avais carrément zappé… Quel frère honteux je fais. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il a fallu que ce soit Noah qui me le rappelle. J’aurais pu croiser Caleb ou n’importe qui d’autre que cela aurait fait l’affaire, mais non. Ce fut ce cher Noah Cooper.

 

Allez, monte, reprit-il. On t’y emmène.

 

Je restai sans voix, Noah me proposait de m’aider. Pour la première fois depuis qu’on se connaît. D’habitude, on se cherche sans arrêt au lycée. Mais là, quelque chose avait changé la donne. Je pouvais le sentir. Il avait même esquissé un sourire. Pas le sourire sournois comme il a coutume d’arborer, plutôt un sourire plein de compassion. Voire amical. Lui ? C’était à n’y rien comprendre.

Nous montions donc à l’arrière de la berline, dont je ne me souvenais toujours pas du constructeur automobile. Et à vrai dire, j’oubliai vite ce détail. Trop de choses à penser d’un seul coup. Le père de Noah râla un peu puis démarra en trombe. Direction le stade. J’avais l’impression que le volume de la radio était à son maximum tellement la musique diffusée était bruyante. Son père ne devait sans doute pas nous entendre. De toute façon, il n’y avait rien à entendre puisqu’un silence gênant planait entre nous. Après tout, nous étions assis l’un à côté de l’autre alors qu’on s’évitait en temps normal. C’est lui qui sortit de son mutisme en premier.

 

On était en route pour aller voir jouer Amelia, m’expliqua-t-il. Et puis, c’est là que je t’ai vu. Alors comme ça, c’est Lily Cunningham la fille dont tu parlais avec Caleb.

 

Il fallait bien que cela arrive… Noah m’avait percé à jour, ce qui rendait la situation beaucoup plus gênante encore. Une parade, une phrase bidon, j’avais besoin de n’importe quoi qui me permettrait d’esquiver le sujet. Je réfléchis le plus vite possible mais rien d’astucieux ne me vint à l’esprit qui puisse contrer sa franche attaque, au contraire.

 

On est vraiment obligé d’en parler ? Fus-je forcé de reconnaître.

Ah, tu confirmes, dit-il tourné vers moi, l’air étonné. C’est mature de ta part.

Comme si ma maturité t’intéressait, fis-je remarquer.

T’es blasé, ça se comprend, poursuivit-il. On n’est pas obligé d’en parler si tu veux. Mais ça soulage toujours de se confier, tu sais.

Et c’est toi qui devrais écouter mes peines de cœur ? Tu me fais quoi là, en vrai ? Tu veux me faire croire que t’es un mec bien ? Qu’on pourrait être potes peut-être ? Je dois être en train de rêver !

 

Je ne m’étais jamais insurgé autant contre Noah avant que l’on ne débute cette conversation. Mes sentiments cachés pour Lily prenaient le dessus sur ma gentillesse naturelle. Mon explosivité soudaine, cependant, ne lui fit ni chaud ni froid. Me voir ainsi l’amusait plus qu’autre chose.

 

Je ne dis pas qu’on pourrait être potes. Je dis simplement que je suis capable de t’écouter et de te comprendre. Je ne crois pas que tu sois un loser Gordon, sembla-t-il s’excuser de son comportement envers moi.

Merci, ça me fait une belle jambe, rétorquai-je amer, me demandant s’il me posait un piège ou s’il était sincère. Et s’il te plaît, comment est-ce que tu pourrais me comprendre ?

Parce que j’ai vécu le même calvaire que toi l’année dernière. On ne s’aime pas trop donc tu n’as pas dû le remarquer mais.. Je suis tombé amoureux d’une fille aussi, finit-il par avouer.

 

Cette confession me surprit et ma frustration puissance mille se changea en sensibilité. Tout ce que j’ai pu répondre à ce moment-là, c’est un « Oh » à peine audible.

 

Ouais… J’étais exactement pareil que toi aujourd’hui. Timide, défaitiste et tout ce bordel.

Et que s’est-il passé ? Osai-je demander.

C’est bien le problème, il ne s’est rien passé. Jamais d’ailleurs. Je me suis laissé ronger par mes sentiments, sans parvenir à les lui avouer. Et un beau jour, elle a rencontré ce gars que je pensais meilleur que moi. En vérité, on peut se sous-estimer autant qu’on veut, on peut se rabaisser plus bas que terre, il faut toujours oser les choses. Pas de prise de risque, pas de résultat. Caleb est malin, il te l’a déjà dit je suppose, ajouta-t-il en riant.

 

J’avais bu son monologue avec un mélange d’admiration et de compréhension. Je le trouvais sympathique, tout à coup. Peut-être m’étais-je trompé sur son compte depuis le début, et lui de même. Ce n’était définitivement pas une journée normale. Je décidai de faire mon mea culpa.

 

Ecoute Noah, je suis désolé. Pour cette histoire et pour tout ce qu’on a pu se dire.

Bah, tu n’en savais rien pour elle. Moi aussi j’ai été con. On ne se comprenait pas.

Merde, je ne te pensais pas si réfléchi.

Si c’est un compliment de ta part, merci. Tu n’es pas si lourd non plus, plaisanta-t-il en m’adressant un clin d’œil, comme si nous étions amis depuis des lustres.

Mais attends un peu… Pourquoi tu me dis tout ça ?

 

J’étais perturbé par ce revirement inattendu et il fallait que j’en sache plus. Pourquoi Noah Cooper, qui représentait hier encore le mec le plus détestable de Green Bay à mes yeux, s’était-il ouvert ainsi et avait-il enfilé le costume d’un ami à qui je pouvais me confier sans danger ? Car je pressentais sa bonne foi. Car j’avais décelé l’authenticité dans ses propos.

 

En fait, je me revois en toi. Et ça me touche, je veux vraiment t’aider. Si tu as un vrai coup de cœur, tu dois tout faire pour le concrétiser et ne pas abandonner.

Alors là, je suis bluffé. T’es pas le connard que tu laissais paraître finalement, plaisantai-je à mon tour.

Haha ! Arrête de déconner, je suis sérieux !

 

Nous arrivions au stade, juste à temps pour assister à la deuxième mi-temps du match, seconde moitié durant laquelle nos sœurs ont réussi à vaincre leurs adversaires. J’avais fait mon devoir de frère, et plus important : j’avais appris une belle leçon ce soir. Les apparences ne sont pas toujours ce qu’elles sont et il faut parfois creuser en profondeur pour découvrir la véritable nature de quelqu’un. En l’occurrence, Noah était quelqu’un de profondément incompris, quelqu’un qui apparaissait comme mauvais mais qui était en réalité intelligent et plus accessible qu’il n’en avait l’air.


 

Plus long que je ne l’avais prévu au départ ! Mais c’est pas grave : il y aura une 5ème et dernière partie (pour de vrai cette fois), afin de ne pas déséquilibrer le reste et de ne pas trop vous gaver.

Merci de me lire et à la prochaine !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

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