Nouvelle : Rien que des mots (3)

Bonjour/Bonsoir les Rêveurs !

 

Je me rends compte que je prends beaucoup de plaisir à rédiger, à imaginer cette histoire (que je ne pensais pas faire si longue) et j’espère que vous aimez la lire autant que moi j’aime l’écrire !

Voilà donc la 3ème partie du récit, sans doute l’avant-dernière. J’ai encore quelques bonnes scènes à exploiter d’ici là. En route pour Green Bay !


 

Rien que des mots : 3ème partie

 

Le fait de voir ses larmes couler sur ses pommettes me stoppa net dans mon élan. Si elle était assise en solitaire, pleurant discrètement, on peut supposer qu’elle ne voulait pas être dérangée. Lily n’était visiblement pas dans son état normal, comment pouvais-je l’aborder dans un moment pareil ? Je remettais donc cette priorité à plus tard, en attendant qu’une meilleure occasion se présente. Pour ne pas paraître étrange, je ne déviai pas de trajectoire. Je me contentai de passer à côté du banc, à côté de celle que j’aime depuis deux ans et à qui je n’ai jamais osé parler… Le cours de philo allait débuter maintenant.

J’essayais de me focaliser dessus mais il m’était très difficile d’écouter la prof, que j’apprécie pourtant. Mon esprit se tournait uniquement vers ce dont je venais d’être témoin. L’ensorcelante Lily Cunningham pleurait en silence. Et il y avait la question qui revenait toujours dans ces cas là, lorsque notre curiosité est piquée à vif : pourquoi ? Une question qui se révèle être une véritable torture car il est souvent compliqué de lui trouver une réponse. En ce qui la concerne, bien entendu, je n’avais aucun élément de réponse et cela me frustrait considérablement. Lily pouvait succomber au chagrin pour de multiples raisons. Et dire que je crevais d’envie de savoir était un doux euphémisme.

Le faible son qu’émit mon smartphone à l’instant me fit sursauter ; je venais de recevoir un message provenant de Caleb. Après avoir vérifié que la voie était libre et que notre professeure n’avait rien entendu, je modifiai les paramètres et fit apparaître le SMS :

 

Yo ! Alors ? S’est passé quoi tal ? Me dis pas que t’as flippé ?

17h18

 

Je me positionnai de façon à ce qu’on ne puisse pas me voir, bien à l’abri derrière Michael, le genre de mec qu’on respecte à cause de sa carrure plutôt impressionnante, et je tapai ma réponse sur le clavier tactile.

 

J’ai pas pu je te jure ! Elle pleurait… et j’ai flippé ouais. Merci de m’avoir poussé à y aller hein !

17h20

 

Caleb me lança un regard qui signifiait de toute évidence « tant pis, la prochaine fois ». Quelqu’un d’autre aurait pu croire que je mentais, que j’inventais les pleurs comme excuse, mais pas lui. Depuis le temps, il savait pertinemment que je n’étais pas un menteur. Et je sais qu’il allait encore être derrière moi afin que je passe enfin à l’action. Dommage quand même car une telle occasion ne se représenterait certainement plus aujourd’hui.

Pourquoi avait-il fallu que ma tentative soit avortée de cette manière ? Alors, oui, j’aurais pu l’aborder. C’est vrai. Mais les conditions n’étaient pas du tout favorables à une discussion et j’aurais perdu mes moyens en face d’elle. Il y a fort à parier que je les perdrais dans n’importe quelle circonstance donc mes lamentations restent modérées. Qu’aurait fait Caleb à ma place ? Il l’aurait consolée je pense. Je réfléchissais trop. Et lorsque la prof écrivit la question du jour au tableau, cela m’acheva pour de bon : « Est-il raisonnable d’aimer ? ». La réponse à ce sujet devenait de plus en plus limpide pour moi.

En sortant de la classe, mon ami me proposa de se faire une séance cinéma, proposition que je déclinai poliment. Je ne me sentais pas d’humeur à m’asseoir devant le grand écran et à parler de mes problèmes sentimentaux. Parce que, le connaissant, c’est ce qui se serait passé, à tous les coups. Je suis conscient qu’il essaye de m’aider mais là, je n’en avais juste pas envie. J’étais saoulé de cette histoire fantaisiste. Je ne voulais plus me faire d’illusions. Ou bien était-ce le cours en rapport avec mon affaire de cœur qui m’avait démoralisé à ce point ? Toujours est-il que j’exagérai un peu pour le convaincre de rentrer chez lui sans qu’il m’en veuille. Il était comme ça Caleb, super gentil et loin d’être rancunier.

Arrivé à hauteur de la grille du lycée, j’étais parmi les derniers à partir. Le surveillant chargé de refermer après le passage des retardataires s’impatientait. Rien de vraiment nouveau à East High. Si ce n’est ce soleil intense qui éclaire, encore à cette heure-ci, le ciel de Green Bay. Je n’avais pas de devoirs à réaliser ce soir, je pourrais me consacrer à… je ne sais quoi. Une occupation quelconque pourvu qu’elle me fasse oublier cette journée de merde. Et voilà que je me mettais à jurer comme ma sœur savait si bien le faire.

Seulement, la vie continuait de se montrer très ironique. Effectivement, j’avais à peine exprimé ce souhait dans ma tête que la concernée me fit totalement changer d’avis. Lily était juste devant moi, se tenant à quelques pas de là où je me trouvais. Elle attendait près de l’arrêt de bus, les yeux rivés sur son portable et le sourire aux lèvres. Un sourire que je ne lui connaissais pas, tendre et saisissant. Quel contraste troublant avec ses larmes de tout à l’heure ! La voir sous cet angle, que je lui préfère largement, me remplissait de joie et c’est comme si la chanson de Bad English, « When I see you smile », s’était mise à jouer tout à coup.

 

 

Sa bonne humeur retrouvée me donnait l’audace que j’avais perdue et, sans réellement m’en apercevoir, je la rejoignais déjà sous l’abribus. Lily leva la tête dès l’instant où je me plaçai à côté d’elle. Je lui souris timidement, en sentant au passage mes joues virer au rouge écarlate, et elle me rendit la pareille. Force est de reconnaître qu’elle le faisait de manière beaucoup plus naturelle. A ce moment précis, je décidai d’agir comme si Caleb était dans mon dos, à m’encourager avec ses conseils d’expert. Il était temps pour moi de passer à l’action.

 

Salut, m’exprimai-je, pas franchement dans mon élément. Ca fait longtemps que je voulais te parler.

 

Je n’avais pas eu la force nécessaire pour la regarder dans les yeux pendant que je l’abordais. Je puisai alors dans le peu de courage qui me restait et mon regard croisa le sien. Elle m’observait, perplexe. Quelques secondes s’étaient écoulées et il y eut un blanc.

 

Ah oui ! Au fait, moi c’est Gordon.

 

Rajoutais-je en souriant de plus belle. Jusque là, tout allait bien. J’étais parvenu à lui adresser la parole et à me présenter, chose que je n’aurais pas cru possible avant cela. Je n’eus toujours pas de réponse cependant. Quelque chose clochait. Puis elle retira ses écouteurs. Quel con ! Bordel ! Lily n’avait pas dû entendre ce que je venais de dire… J’étais tellement concentré dans mon approche que j’en avais oublié ce détail notable.

 

Pardon, tu disais quoi ? Je n’étais pas certaine que c’était à moi que tu parlais, réagit-elle pour finir.

 

Je n’avais qu’une envie, c’était de laisser tomber et d’aller me cacher quelque part. Si l’on pouvait mourir de honte, je serais mort deux fois de suite. Assurément. Je me retenais de ne pas prendre mes jambes à mon cou comme un lâche et lui répondit carrément autre chose, afin de couper court à la discussion que je m’apprêtais à lancer.

 

Ah.. C’est pas grave. Je disais juste que ça faisait du bien de te voir sourire.

Euh merci, dit-elle en acceptant mon compliment, sans doute confuse d’entendre cette déclaration sortie de nulle part.

 

Je lui tournai les talons après cet effort gigantesque, ne lui laissant pas le temps de répliquer. J’avais été lâche tout de même. « Mais qu’est-ce que tu branles, Gordon ? » : c’était la première fois que j’allais aussi loin dans mes démarches et j’abandonnais en cours de route, alors que j’avais réussi à amener une conversation… Ma petite voix intérieure ne cessait de me martelait d’y retourner mais mon corps refusait d’obéir. Elle devait sûrement me trouver bizarre, et bien plus encore. Non, malgré toute la bonne volonté du monde, je ne pouvais pas me retourner.

Dès que j’eus atteint l’angle de la rue, je pus disparaître de son champs de vision. Dissimulé contre le mur d’un bâtiment, je pris le risque de jeter un coup d’œil vers l’arrêt de bus. Lily était de nouveau concentrée sur son portable. Son sourire, lui, s’était envolé. Quel crétin je suis ! C’est ma sœur qui a raison. Et pas seulement elle, mais Noah aussi. Je ne suis qu’un gros loser en fin de compte… La fille que je désirais plus que tout me faisait face et me prêtait attention. Je tenais là l’occasion rêvée, qu’on puisse au moins faire connaissance ! Si Caleb avait assisté à cette scène, il aurait ce regard désespéré et fâché qu’il affiche à chaque fois que je foire une simple action. Quant à moi, j’étais furieusement déçu. Je mériterais d’être frappé durement, d’être flagellé.

Une minute durant, je laissais le silence m’envahir et réfléchissais à la suite. Le bus n’allait pas tarder à quitter le lycée, suivre son itinéraire et desservir les nombreux étudiants qui montaient à son bord. Ce fut au tour de Lily d’ailleurs. Elle grimpa les quelques marches du long véhicule jaune, les yeux perdus dans le vide il semblerait. Ce pervers de chauffeur ne se gêna pas pour reluquer ses formes avantageuses après qu’elle l’ait dépassée. Il insista un peu trop à mon goût.

Que faire maintenant ? Je ne pouvais pas rentrer sur cette cuisante désillusion, ça non ! Je ne pouvais pas être allé vers elle pour rien, je refusais d’en rester au point mort ! Il fallait que j’arrête de réfléchir car c’est un problème récurrent chez moi ; je réfléchis parfois trop. Donc, sans réfléchir davantage, comme convenu, je m’élançai vers l’autobus en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et pénétrai à l’intérieur. Il était bondé d’élèves fatigués de leur journée et pressés de retrouver leur lit. Ou leur fauteuil. Lily ne remarqua même pas ma présence, elle était toujours vissée sur l’écran de son iPhone. Je l’avais prévu.

Repérant un siège libre dans le fond, là où se trouvent généralement les meilleures places, je traversai l’allée entre les deux rangées et m’y assis, impassible. Je me retrouvai au milieu des bruits environnants et des odeurs diverses qui enveloppaient les entrailles de ce tas de ferraille ambulant, sans véritablement savoir ce que me réservait la suite de cette péripétie improvisée. Bah… on verra bien.


 

Je crois que la quatrième partie sera également la dernière (d’ici la fin de semaine je dirais). J’ai envie de mettre un terme à cette histoire et de ne pas en rajouter plus que nécessaire.

Merci de me lire et à très bientôt !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

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