Nouvelle : Rien que des mots (2)

Resalut les Rêveurs !

 

Je ne vous présente pas l’histoire puisque vous savez ce qu’il en est. Et si ce n’est pas le cas, je vous conseille de lire la première partie du récit avant de commencer à lire la seconde : https://suivresesreves.com/2017/10/14/nouvelle-rien-que-des-mots-1/

Vous ne voudriez pas prendre du retard n’est-ce pas ?

Appréciez votre lecture !


 

Rien que des mots : 2ème partie

 

Heureusement, suite à l’épisode des toilettes, je n’ai pas croisé Lily de l’après-midi. Cela m’a permis d’être assez concentré dans les autres cours jusqu’à la fin de la journée. Et je n’ai pas reparlé du plan « Passer à l’action » avec Caleb. J’écrivais les notes inscrites sur le tableau dans mon cahier, en attendant que la dernière sonnerie nous libère enfin. En vérifiant sur mon HTC One de couleur bleu, caché dans ma trousse, au milieu des stylos, des crayons à papier et des surligneurs, je constatai qu’il ne restait plus que 7 minutes, à peu près, avant qu’on ne puisse rentrer chez nous. J’étais plutôt détendu ; peut-être parce que je n’avais pas fait grand chose aujourd’hui. Ou peut-être parce que j’étais parvenu à me vider l’esprit de toute distraction gênante. J’essayais de deviner ce que j’allais manger ce soir, sans relever que je mordillais avec entrain l’extrémité de mon stylo à encre noire. Mais cela n’avait en réalité que très peu d’importance car Maman était un vrai cordon bleu. Elle pouvait bien nous préparer n’importe quoi qu’on l’avalerait quand même ! Je jetai un rapide coup d’œil à l’écran de mon smartphone : plus que 3 minutes maintenant.

Lorsque la sonnette usée retentit, ni une ni deux, je remballai mes affaires et pris la direction de la sortie, en compagnie de Caleb. Il me quitta après notre petite accolade. Son père, aussi privilégié que lui physiquement parlant, l’attendait dans sa Mercedes AMG GLE coupé grise. « Je me suis fait plaisir » qu’il disait fièrement en nous la montrant, après avoir conclu la vente. Honnêtement, je n’étais même pas sûr que le mien ait les moyens pour payer ne serait-ce que la moitié du prix de ce 4×4, dont le look a été clairement copié sur le modèle du rival BMW. Moi, et bien… Je rentrais à pieds, comme chaque jour de la semaine. Je n’habitais qu’à une quinzaine de minutes du lycée et mes parents n’avaient apparemment pas le temps de venir me chercher. C’est soit ça ou alors, ils voulaient économiser la réserve de carburant de notre vieille Buick Riviera de 1965.

Sur le chemin du retour, je repensais aux événements de la journée : ma discussion avec Caleb à propos de Lily, le fait d’oser aller lui parler avant la fin de l’année scolaire, ainsi que ma confrontation avec cet imbécile de Noah… Ses paroles revenaient soudainement me hanter. « T’as aucune chance avec cette fille Gordon. Oublie-la ! ». Elle tourna en boucle plusieurs fois dans ma tête. Son rire débile me revint aussi et finit de me mettre en colère. Rien que pour lui prouver qu’il a tort, je pourrais trouver la force de parler à Lily sans trop me ridiculiser. Je sentais tout ce courage, cette énergie inédite m’envahir d’un coup. Bien sûr, il fallait que ça se produise dans un moment inapproprié. « Quelle poisse ! » songeai-je. Mon estomac grogna sèchement, me rappelant combien j’avais faim. Et ça tombait bien puisque je venais d’atteindre le muret de notre modeste maison. Papa n’avait toujours pas réparé la boîte aux lettres, qui penchait sévèrement sur le côté en continuant d’afficher les propriétaires sur son bout de carton : Mr et Mme Sanders.

A peine rentré que je m’étais déjà enfermé dans ma chambre, sans oublier de chiper quelques biscuits au passage. En une heure de temps, je fis mes devoirs, complètement à l’arrache. Cette histoire avec Lily et son départ imminent me perturbait plus que de raison. Je n’étais pas du tout prêt à ne plus la revoir. Mon mental s’effritait à cette simple pensée. La laisserais-je retourner dans son pays d’origine sans lui dire au revoir, sans lui avouer mes sentiments, sans même avoir passé ne serait-ce qu’un peu de temps avec elle ? Non. Ce n’est définitivement pas ce que je veux. Pour la première fois depuis son arrivée au lycée, c’est-à-dire en début d’année il y a presque deux ans de cela, je me sentais confiant – ou ce qui y ressemble le plus en tout cas – et déterminé à agir. Oui, c’est ça ! Je ne devais pas me dégonfler. Plus facile à dire qu’à faire.

 

Gordon, chéri ! On mange ! Cria ma mère du rez-de-chaussée.

 

Elle n’allait pas avoir besoin de me le répéter, mon ventre criait beaucoup trop famine pour ne pas être le premier assis autour de la table. Mais bon, ce n’est pas si compliqué quand on sait que ma mère sert d’abord tout le monde avant de se poser et que mon père tient absolument à terminer son journal avant de nous rejoindre. Quant à ma sœur, de trois ans ma cadette, c’est la dernière de la famille à compléter le puzzle, après qu’elle soit rentrée de son entraînement de soccer. En général, elle se débrouille pour revenir avant que nous n’ayons fini notre assiette. Et lorsque c’est jour de match, il nous est possible de deviner si elle a gagné ou perdu à son humeur, au choix : radieuse ou massacrante. Et quand on parle du loup, on en voit la queue ; la voilà qui rentre tout juste.

 

Alors, c’était comment le collège aujourd’hui ? Lui demandai-je pour faire la conversation.

Alors, c’était comment le lycée aujourd’hui ? Reprit-elle en employant un ton quasiment identique au mien. A ton avis, crétin ?

Robin, tes mots ! Intervint ma mère, qui avait horreur de la vulgarité.

 

C’était l’amour fou entre ma sœur et moi, depuis… Depuis toujours en fait. Et ce soir, nul doute là-dessus, elle avait pour sûr connu la défaite. Lorsque le mot « défaite » surgit dans mon esprit, cela me refit brusquement penser à mes sentiments cachés. Si je n’abordais pas Lily avant qu’elle ne parte, je connaitrais la défaite également. Peut-être la pire défaite qu’on puisse connaître d’ailleurs. Croquant dans mon cheeseburger, me pourléchant le contour des lèvres afin de ne rien laisser de cette sauce délicieuse, je me remémorais des bribes de ma conversation avec Caleb. Je me motivais tant bien que mal, je n’allais pas reculer éternellement. Hors de question.

 

Vivement le week-end prochain, s’exclama inopinément ma sœur, alors que tout le monde était plongé dans de profondes réflexions. Je quitterai cet établissement de merde et j’aurais plus à voir les gueules de certaines !

 

Mes yeux s’écarquillèrent, je ne m’attendais pas à un commentaire pareil. Ma mère manqua de s’étrangler avec sa nourriture et toussota violemment après avoir entendu de tels propos de la bouche de Robin, à qui la crise d’adolescence ne réussissait pas vraiment. On aurait dit qu’elle faisait une réaction allergique à quelque chose. Après avoir bu un verre d’eau salvateur, elle l’engueula comme jamais auparavant et lui ordonna de sortir de table, privée de dessert. Le truc avec ma mère, c’est qu’elle n’a pas un semblant d’autorité et qu’elle n’apparaît donc pas très crédible à nos yeux. Et Robin, pour bien envenimer la situation, a eu le malheur de placer un méchant « Vous ne nous avez même pas élevés de toute manière ! » dans la dispute… Radical et dur à encaisser, oui, mais loin d’être faux. On a dû se débrouiller une paire de fois, elle et moi, et on a fini par s’en contenter, par trouver ça normal limite. Nos parents ne sont malheureusement pas ce qu’on peut appeler des modèles du genre.

Ma mère, je l’avais perçu, était au bord des larmes. Elle mangeait ce qui restait de son repas, tout gardant la tête baissée, comme un enfant qu’on aurait grondé parce qu’il avait fait une bêtise. En ce qui concerne mon père, on pourrait croire à une mauvaise blague. Il n’avait pas bronché depuis qu’il avait posé son fessier sur sa chaise, n’avait pas prêté attention à la tempête qui venait de faire rage sous son nez et il était resté scotché sur son fameux journal, n’ayant presque pas touché à son plat. En bref, la parfaite petite famille quoi ! Moi, je me hâtais de terminer pour m’échapper en douce, espérant ainsi éviter l’œil du cyclone qui menaçait de réapparaître à tout moment. Une opération que je menai comme un chef, grâce au prétexte ultime : les devoirs. Pour le coup, bien que j’avais déjà réalisé mes exercices du lendemain, ils m’arrangeaient impeccablement.

Je me renfermai dans ma chambre, croulant sous la charge de travail scolaire. Non, sans déconner, j’avais commencé une session Playstation pour me changer les idées, en ayant pris soin de baisser le volume. Évidemment. Au bout de quelques minutes de jeu, l’on frappa à ma porte. Je fis mine de n’avoir rien entendu, puis l’on frappa à nouveau, avec insistance cette fois. Je supposais qu’il s’agissait de mon emmerdante de sœur. « Qu’est-ce qu’elle me veut, celle là ! » marmonnai-je. J’interrompis ma partie en cours et me levai afin de déverrouiller la porte. Telle une souris, Robin se faufila dans l’entrebâillement et se tourna vers moi, en me dévisageant d’un air grave. Comme si elle attendait des explications de ma part. Et mon intuition ne me trompait pas.

 

J’ai quelque chose de.. délicat à te demander, tâtonna-t-elle. Je peux ?

Accouche Robie ! Répliquai-je instantanément, pressé de savoir de quoi elle parlait. Tu me fais peur là !

Bon… Mais tu promets de ne pas t’énerver hein ?

Je ne promets rien du tout ! Allez, balance !

Okay…

 

Elle eut encore un minuscule temps d’hésitation, qui me parut une heure entière. Ce suspense à la con faillit très franchement me faire perdre patience.

 

Le prends pas mal surtout. Je ne sais que ce ne sont pas mes oignons mais…

Maaais ? Résistai-je à la tentation de la brutaliser.

 

Puis elle lâcha la bombe.

 

Est-ce que t’es gay ? Me demanda-t-elle le plus sérieusement du monde.

 

Et alors qu’elle redoutait avec anxiété ma réponse à cette interrogation pour le moins surprenante, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Elle, qui s’attendait probablement à ce que je me mette à paniquer ou nier en bloc, devint rouge d’embarras. Elle me traita de « crétin », son insulte favorite, pendant que j’étais plié en quatre, littéralement tordu de rire.

 

Non mais c’est quoi cette question, Robie ? Et d’abord, on peut savoir ce que tu fous à poil ? Tu veux me tester ou quoi ? Renchéris-je, amusé par le ridicule de la situation.

Je suis en peignoir, pas à poil hé ! Gros débile va !

 

Je repris vite mon sérieux, très intrigué par cette fausse accusation.

 

Pourquoi tu me poses cette question au fait ?

 

Ma sœur passa outre mes pitreries et, visiblement plus sage que je ne le suis, décida de me révéler la supercherie.

 

C’est Amelia qui me l’a dit tout à l’heure. Elle le tiendrait de son frère.

 

Naturellement, pourquoi cela ne m’étonne pas ? Amelia, la meilleure amie attitrée de Robin : elles s’entendent comme des jumelles fusionnelles. Mais Amelia, c’est aussi et surtout la petite sœur de Noah. Le même Noah Cooper qui voit en moi un loser et vice versa. De toutes les filles présentes au collège, il fallait que ma sœur soit pote avec la sienne ; si ce n’est pas ironique, ça… J’hallucinais. Ce salaud me détestait tellement qu’il allait jusqu’à répandre de sales rumeurs sur mon compte, carrément auprès de sa propre famille ! Je suis certain qu’il voulait, en lui racontant ces conneries, qu’elle colporte ses mensonges un peu partout. Putain de merde ! Je me sentais si révolté que, si je l’avais eu en face de moi au moment de la révélation, j’aurais pris un réel plaisir à lui coller mon poing dans la gueule.

 

T’es sûr que ça va, Gordon ? T’es devenu blanc, s’enquit Robin en me voyant grimacer.

Ouais, t’inquiètes, ça va. Tu diras à Amelia de ne pas écouter son mytho de frère, déclarai-je en masquant ma colère. Tu peux sortir maintenant, s’il te plaît ? J’ai des trucs à faire. Et merci sœurette, de m’en avoir parlé.

 

Je pouvais bien la remercier, pour une fois qu’elle m’aidait et qu’elle me montrait son affection (c’est si rare avec elle). J’attrapai les écouteurs de mon téléphone portable qui traînaient sur mon bureau et me mis au lit, sélectionnant une courte playlist afin de penser à autre chose. Le sommeil, ce rôdeur, me gagna bientôt.

 

Le lendemain, la journée semblait se dérouler tout aussi tranquillement que celle d’hier. Les cours plus ou moins chiants, les profs plus ou moins ennuyeux, voire lunatiques, les vieux bâtiments austères qui évoquent plus une prison qu’une école, les mêmes élèves occupés aux mêmes occupations, le plus souvent juger et critiquer. A ce propos, en bon paranoïaque, j’attraperais sans doute un torticolis d’ici ce soir, à force de tourner la tête dans tous les sens à chaque chuchotement suspect ainsi qu’à chaque regard intrusif qui paraissait porté vers ma personne. Je me disais : « Et s’ils étaient au courant pour cette stupide rumeur ? » ou encore « Peut-être qu’ils sont en train de se moquer de moi là, tout de suite ? ». Un tas de questions inondaient mon cerveau en ébullition et ma petite voix intérieure faisait alors office de solide barrage, me rappelant fort justement que cela ne changeait en rien ma situation. « T’es seulement un trouillard qui a peur de ce que les gens pourraient dire de toi ! »… Et elle avait sacrément raison, ma petite voix intérieure. Décidément un jeudi on ne peut plus normal.

Je me rendais avec Caleb au dernier cours de la journée, celui de philosophie. La philo, comme on a l’habitude de dire entre nous. C’était peut-être le plus intéressant à suivre. Pour cela, on devait traverser la cour du lycée et entrer dans le petit bâtiment du fond, qu’ils ont rénové récemment. Avant les travaux, on aurait cru contempler un château hanté et délabré, vieux de plusieurs siècles. Ce nouvel édifice donnait un véritable coup de jeune à notre établissement, qui en avait bien besoin. Parce que ce n’est pas la modernité qui le caractérisait.

Alors que nous traversions la cour, j’aperçus immédiatement Lily assise sur un des bancs mis à notre disposition. Toute seule. Qu’est-ce qu’elle était séduisante, dans cette robe d’été qui la mettait particulièrement en valeur. Et bien que ses cheveux soyeux cachaient une partie de son visage, je fondais sur place. Il n’y avait pas beaucoup de monde dehors. Devais-je tenter ma chance ? Devais-je aller la voir pendant qu’il n’y avait personne autour pour tout foutre en l’air ? J’hésitais à me lancer. Bien sûr, Caleb avait remarqué mon indécision flagrante.

 

T’attends quoi, mon gars ? Elle est là ta belle, juste devant toi ! Fonce ! M’encouragea-t-il vivement.

Mais t’es marrant Cal ! Je ne sais pas quoi lui dire… J’ai jamais tenu de conversation avec une fille, surtout avec elle !

Sois naturel Gordon ! Improvise. Ca vient tout seul ce genre de choses.

 

Et il me poussa dans sa direction, en me faisant signe d’avancer vers elle. Le soutien de mon pote me remotiva. Il me donna ce regain d’énergie nécessaire si je voulais aborder Lily. Je serrai les poings pour m’infliger un dernier coup de fouet et je me retrouvais à marcher vers elle, ne sachant pas ce que j’allais bien pouvoir lui dire. « Naturel, rester naturel… Tu peux le faire Gordon ! » me persuadais-je alors que je n’étais plus qu’à quelques mètres de mon objectif.

Mais ce que je crus voir à ce moment-là me refroidit totalement. Non, je ne rêvais pas. Après vérification, j’en étais sûr désormais : elle pleurait.


 

Laissez-moi vous remercier pour votre patience et votre fidélité.

L’histoire de Gordon Sanders continue dans la troisième partie, à venir. Je vais essayer de l’écrire pour ce week-end mais je ne vous promets rien vu que j’ai pas mal de choses à faire !

A la prochaine, les Rêveurs.

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

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