Nouvelle : Rien que des mots (1)

Salut les Rêveurs !

 

Après la petite parenthèse musicale que l’on s’est offerte ensemble, je suis de retour pour vous jouer un mauvais tour avec un article des plus classiques. Je vous propose aujourd’hui une nouvelle du genre Romance/Amitié (les deux catégories sont souvent liées). Je ne vous cache pas que j’ai eu du mal à démarrer. Je voulais commencer quelque chose de particulier et j’ai finalement opté pour autre chose.

Il s’agit d’une histoire assez tristounette (pour changer oui *esquive au mieux les projectiles qu’on lui envoie*), qui raconte… Pas de spoilers, désolé !

C’est aussi une histoire qui m’a été inspirée de mon propre vécu, ayant moi-même été très timide par le passé. Je pense qu’elle comportera plusieurs parties.

Bonne lecture à tous !


 

Rien que des mots : 1ère partie

 

Comme d’habitude, le cours de Monsieur Finch, mon prof d’économies, m’ennuyait à mourir. De sa bouche à l’haleine peu recommandable ne sortaient que des syllabes incompréhensibles. Parfois, je me demandais s’il ne parlait pas une langue inconnue. Mais je m’en foutais pas mal de son cours. Caleb et moi, on n’en a jamais suivi une miette de toute façon. Là, on est en train de jouer à Candy Crush. Et on ne va pas tarder à stopper notre activité car non seulement Finch nous guette du coin de l’œil, mais en plus je suis bloqué au même niveau depuis au moins une semaine, ce qui a le don de bien m’énerver.

Caleb, c’est mon meilleur pote. On se connaît depuis la primaire, lui et moi. En huit ou neuf ans de temps, il n’a fait que s’embellir en vieillissant. Le genre de mec gâté par la nature, vous voyez le topo. Petite barbe naissante, cheveux bruns toujours impeccablement soignés, yeux bleus verts, taille avantageuse (c’est-à-dire plus grand que la plupart des filles donc plutôt avantageux à mon sens) et totale confiance en lui. Tout ce que je n’ai pas en résumé. Non, moi, je suis ce qu’il y a de plus banal. Ni gros ni costaud, mais pas mince non plus, cheveux coupés courts, yeux marrons, pas un seul poil sur la caboche – ce qui me donne l’air d’être encore au stade d’adolescent prépubère – et une taille moyenne. Autant dire que je ne sors pas vraiment du lot. Et pourtant, vous pouvez me croire, je fais des efforts pour me fringuer.

Mais c’est loin d’être suffisant. Surtout lorsque quelqu’un de mon espèce, si j’ose dire, souhaite séduire la plus belle fille du lycée. La plus belle à mes yeux en tout cas. A chaque fois que je pense à elle, j’en ai des palpitations et j’en oublie tout le reste.

 

Reviens sur Terre, Armstrong, lança Caleb pour me réveiller.

 

Il se tenait debout, à attendre que je me lève à mon tour. Les autres étaient sortis de la classe, je n’avais même pas dû entendre la sonnerie qui indiquait la fin du cours.

 

Je parie que tu bavais sur Lily, commenta-t-il pendant que je rangeais mes affaires.

Baver, c’est un peu fort. C’est pas comme si c’était un steak frites non plus, répliquais-je consterné par sa remarque.

Ouais, ouais. N’empêche que t’étais ailleurs, mec, et je suis sûr que c’était elle la raison de cette absence inquiétante. C’est toujours elle !

 

Il me donna un léger coup de poing dans l’épaule en signe de plaisanterie. Je souris et acquiesçai, découvert. Il avait raison Caleb, il ne me connaissait que trop bien. Lily Cunningham est effectivement l’unique raison de mes absences à répétition. Pas un jour ne passe sans que je ne m’imagine son visage divin et ses formes parfaites. Lily est néo-zélandaise, originaire de Hobart je crois. Elle a débarqué à Green Bay en début d’année, afin d’obtenir son diplôme chez nous, aux États-Unis. Dès que je l’ai croisée pour la première fois, j’ai flashé sur cette brune au teint de pêche et aux yeux bleus cristallins. Son aura brillait beaucoup plus que celle de n’importe qui d’autre que j’aie pu rencontrer jusque là. Et si je la regardais trop longtemps, je pourrais en perdre la vue. Un risque que je serais capable de prendre compte tenu de l’intérêt que je lui porte.

 

Tu sais, c’est bientôt les exams, me fit remarquer Caleb, me ramenant une nouvelle fois à la réalité.

Ouais, va falloir s’y mettre sérieusement, répondis-je sans conviction tandis que nous longions le couloir où figuraient nos casiers personnels.

Je te parle pas de réviser, crétin, mais de Lily. Dès qu’elle aura obtenu son diplôme, elle prendra un aller simple pour la Nouvelle-Zélande et tu ne la reverras plus, tu piges ?

Oh, c’est vrai, j’avais oublié ce détail…

 

Aie ! Sa phrase résonnait dans mon esprit comme la fin du monde. Je devais le reconnaître, la flèche avait atteint sa cible. En plein cœur.

 

C’est un énorme détail, si tu veux mon avis. Qu’est-ce que tu comptes faire, Gordon ?

Aucune idée Cal… T’as une idée, toi ? Demandai-je, à cours de solution.

Bah ouais, ce que t’aurais dû faire depuis qu’elle est arrivée ici. Passer à l’attaque mon gars !

 

En même temps qu’il prononça cette vérité, il s’arrêta subitement devant la porte des toilettes pour garçons et entra à l’intérieur. J’étais forcé de le suivre afin que l’on puisse poursuivre notre discussion hautement sensible. Il tourna le robinet et l’eau s’écoula dans un puissant jet, puis il s’hydrata la peau du visage à l’aide de ses deux mains jointes. Bien que nous n’étions qu’à la fin du mois du Mai, des températures records s’abattaient sur la ville et même sur tout le Wisconsin. Je me rendis face à l’autre vasque et imitai mon ami. En relevant la tête, je me regardais fixement dans le miroir, cherchant ce qui pourrait plaire chez moi. Je vis seulement des gouttes descendre en cascade le long de mon front, de mes joues et de mon nez. A cet instant précis, on aurait pu croire que je pleurais de désespoir.

 

Passer à l’attaque… Répétai-je machinalement, comme un sort dont on attend ensuite qu’il fonctionne.

Hmm hmm, persista Caleb avec flegme, en se tournant vers moi.

Tu dis ça comme si c’était aussi simple, sérieux.

Parce que ça l’est, je t’assure.

Pour toi, peut-être, protestai-je.

 

Cal fit alors ce bruit distinctif que les noirs savent si bien faire, qui consiste à claquer sa langue dans sa bouche (du moins, il me semble). Il ne m’avait jamais laissé tomber et je ne l’en remercierais jamais assez.

 

Rah écoute… T’es de mauvaise foi. C’est pas une question de succès avec les meufs. C’est simplement une question d’attitude. Et toi, mon pote, t’as pas la bonne attitude, me certifia-t-il avec un sourire compatissant.

Okay coach, cédai-je plein d’ironie. Et pour ma dégaine alors ?

Qu’est-ce qu’elle a ta dégaine ? T’es normal.

Ouais justement. Je suis normal, trop normal putain ! Je vois pas comment elle pourrait me remarquer parmi tous ceux qui lui courent après. Elle doit même pas savoir qui je suis.

Justement, comme tu dis. Tu ne lui cours pas après, t’es pas un de ces chiens qui veulent à tout prix mordre dans un morceau de viande. Et ça, c’est un avantage dont il faut tirer parti, affirma-t-il en posant ses mains sur mes épaules pour me soutenir.

Un avantage ? Merde, tu m’embrouilles là, rétorquai-je largué.

Réfléchis. T’es pas un mec aussi « normal » que tu le prétends si tu ne fais pas ce que tous les autres font normalement. C’est-à-dire lui courir après comme un bon gros toutou à sa mémère ! Tu piges ou pas ?

 

Soudain, le son distinct d’une chasse d’eau se fit entendre et nous réalisions que nous n’étions manifestement pas à l’abri d’oreilles indiscrètes. La porte du cabinet du milieu s’ouvrit et laissa apparaître l’infâme espion : Noah Cooper. Cela ne pouvait pas être pire. Le type que je déteste le plus du lycée et inversement. Lui et moi, on ne pouvait pas se supporter.

 

Belle théorie Caleb, dit-il en applaudissant. Ça fait quoi d’avoir un cerveau pour deux ?

La ferme, Cooper.

Toujours aussi pitoyable, Gordon, enchaîna-t-il en me défiant du regard. Un vrai loser ma parole !

— Je t’emmerde !

 

Il me bouscula volontairement et se dirigea vers la sortie.

 

T’as aucune chance avec cette fille Gordon, peu importe qui c’est. Oublie-la ! Beugla-t-il.

 

Puis il ricana bêtement et sortit des toilettes. Caleb poussa un soupir d’exaspération, me fit comprendre de ne pas faire attention à ce trouble-fête et lui emboîta le pas.

 

Tu viens ? On va être en retard en maths, si ça continue.

Vas-y, je te rejoins.

 

Je me passais à nouveau le visage à l’eau, en pensant que je venais de frôler la catastrophe. Si ce guignol de Noah avait su de qui on parlait, il y a fort à parier que l’intéressée serait au courant dans la minute qui aurait suivi la confrontation, voire même dans les premières secondes, et je me serais sans doute liquéfié de honte.

« Allez Gordon ! » bredouillai-je à voix basse pour m’encourager. Ce n’était pas le moment de flancher, cette journée pouvait encore se terminer comme elle avait commencée. Dans la normalité la plus ordinaire.


 

Merci de m’avoir lu ! N’hésitez pas à commenter, critiquer, ce que vous voulez.

Vous aurez la suite très bientôt : maintenant que je suis lancé, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. A la prochaine, les Rêveurs !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

3 commentaires sur “Nouvelle : Rien que des mots (1)

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :