Nouvelle : Tuer la Bête


Coucou les Rêveurs !

 

Ça roule ? Dixit le monsieur vieillissant né dans les années 90.

Ce nouveau récit entre dans le genre, encore inédit sur ce blog, de la Fantasy. C’est un style que j’affectionne beaucoup parce qu’il fait vraiment appel à l’imaginaire, nous ramène souvent en des temps reculés/médiévaux, où il est question avant tout de magie et de sciences occultes…

Le genre a plusieurs sous-genres, qu’on peine parfois à différencier, mais tous ont ce point commun qui fait que la Fantasy est en général très appréciée : les histoires sont épiques ! Elles invitent à l’aventure, au voyage initiatique. Et moi, j’ai soif d’aventure(s) ! Pas vous ? 🙂


 

Tuer la Bête

 

Rymel avait atteint l’âge de raison. Il se tenait assis à table devant le feu crépitant de la bougie. La cire blanche avait déjà bien fondue et une odeur de brûlé, pas si désagréable, flottait dans les airs. Le jeune homme avait la mine grave car il savait ce qui l’attendait demain, à la première heure. Il se lèverait avant tout le monde, avant la vieille voisine qui ne dormait pas beaucoup de la nuit et avant même la volaille, dans le but d’aller faire ce que personne n’avait encore réussi à faire : tuer la Bête.

La Bête est le nom que les habitants du village ont donné à l’animal agressif qui vit non loin de là. Cet animal ne ressemble à rien de ce qui est connu dans les livres : il est assez filiforme mais possède une force qu’on ne soupçonne pas, ses longs bras pendent jusqu’à la base de ses jambes, ses griffes de plusieurs centimètres sont aiguisées comme mille épées et sa mâchoire qui pourrait facilement broyer un corps humain adulte est presque aussi imposante que sa tête. Ses yeux jaune ont l’air tout petits en comparaison et l’on raconte qu’ils brillent une fois dans l’obscurité. La Bête ne semble pas avoir de nez, de truffe ou d’autre cavité nasale apparente, et ses oreilles pointues allongées tombent dans son dos. Enfin, son poil ébouriffé est de couleur gris sombre et elle se déplace sur ses deux grosses pattes arrières, à l’aide de ses trois doigts fermes. C’est en tout cas la description qu’en ont donné les rares survivants qui se sont retrouvés face à elle.

Très peu rassurant. Surtout lorsque l’on sait qu’aucun guerrier n’est jamais parvenu à la terrasser. Mais Rymel ne veut plus subir ces attaques sauvages et sanguinaires de la Bête. Il ne veut plus voir les villageois pleurer leurs morts après son passage, savoir les enfants apeurés, entassés dans ce souterrain que tous avaient creusé pour prévenir du danger. Tout cela devait cesser. Le village devait redevenir un lieu paisible où il fait bon vivre, ce qu’il était avant que cette chose monstrueuse ne se montre au grand jour. Et quand son père passa la porte, comme chaque jour épuisé par son travail, toujours plus exigeant par les temps qui courent, il pensa qu’il ne voulait plus voir son visage triste et hagard alors qu’il rentrait chez lui le soir. Oui… Rymel, fils de Lemyr le forgeron, allait s’arranger afin de mettre un terme à cette peur chronique, sauver les habitants du village restants, rendre son père fier et à nouveau heureux. Et pour cela, il devait tuer la Bête.

Lemyr eut à peine un mot pour son fils. Il posa la main sur son épaule et l’embrassa sur le front avant d’aller se coucher. Rymel en profita alors pour subtiliser la dernière épée que son père avait forgée et laissée sur la table, celle qui était censée les débarrasser de ce fléau, sans être véritablement convaincu qu’elle serait efficace. Mais il le saurait bien assez tôt car il n’avait pas l’intention de reculer. Il s’imaginait en train de trancher la Bête en deux. Non, mieux : de la décapiter puis de ramener sa tête en trophée au village, acclamé en héros ! Parce que c’était l’autre raison qui poussait Rymel à braver les périls d’une telle quête. Il voulait devenir un héros, comme ces hommes nobles et intrépides dont il avait l’habitude de lire les histoires étant petit. L’idée de voir figurer son nom à leurs côtés ne lui déplaisait pas, au contraire. Cette pensée enivrante prit bientôt toute la place dans son esprit et il en fit le but de sa vie.

Il ne faut pas croire que le fils du forgeron ne craignait pas la Bête. Oh que oui, il avait peur. Bien sûr qu’il la craignait, comment ne le pourrait-il pas ? C’est normal pour un être sensible et conscient. Et tandis qu’il s’efforçait de refouler ses doutes et ses craintes, il ne parvenait pas à calmer ses ardeurs. Se confronter à la Bête l’angoissait terriblement, c’est certain. Mais sa volonté d’en finir avec elle était plus forte encore. Il lui porterait le coup fatal ou il mourrait en ayant essayé… Comme pour se procurer la motivation nécessaire, il se répétait cet énoncé à voix basse en même temps qu’il allait se coucher à son tour.

Rymel fut tiré de sa torpeur, après avoir subi un cauchemar où il assistait au massacre brutal des habitants du village, parmi lesquels se trouvait son père, éventré. Excepté ce dernier détail, le jeune combattant avait déjà observé pareille scène. Il était très jeune et il commençait tout juste à lire ses livres de héros. Un jour, soudainement, il est apparu de nulle part, cet animal difforme et enragé, et il a attaqué. Son incursion eut pour résultat de gros dégâts matériels mais surtout d’innombrables pertes. En ce jour, Rymel, qui s’était caché sous les fondations d’une maison parce qu’il n’avait pas pu rejoindre le souterrain à temps, fut témoin d’une hécatombe, causée par ce seul animal qu’aucun homme n’avait pu blesser. A ce moment-là, savez-vous ce que tous se sont dits ? « Tuer la Bête ! » oui. Ils ne s’en iraient pas car ils avaient de tous temps vécus à cet endroit. Donc il fallait impérativement tuer la Bête.

Les premiers éclats du soleil perçaient les volets en bois et l’on pouvait distinguer la poussière qui lévitait à travers la pièce. Rymel se leva sans faire le moindre bruit, prêt à accomplir sa destinée. Dehors, le calme régnait en maître absolu. On n’entendait que les oiseaux siffler. Le jeune homme supposa que les habitants devaient encore être plongés dans leur sommeil et c’était une aubaine pour lui. Il allait pouvoir se dérober sans qu’on l’en dissuade ou pire, qu’on l’en empêche de force. Lemyr est très apprécié au village et il n’aurait jamais permis, par amour, que son seul fils risque ainsi sa vie et traque la Bête jusque dans son antre. Quelqu’un allait écarter cette menace une bonne fois pour toutes et ce quelqu’un, c’était lui, le fils du forgeron. Il en était persuadé désormais.

Lorsqu’il eut vérifié que personne ne rôdait dans les parages, il referma doucement la porte et s’engagea dans la direction de la forêt, qu’on croyait illimitée et qu’on apercevait au loin, au-delà des collines. Il ne se retourna pas en chemin, considérant qu’il en viendrait à regretter sa décision. N’importe qui penserait, et il n’aurait pas tort, qu’il s’agissait-là d’une action suicidaire. Mais peu importe l’avis d’autrui. Rymel était obsédé par cette idée de tuer la Bête, ce qui lui conférerait indéniablement la renommée qu’il souhaite à tout prix obtenir : celle d’un héros. Quitte à en mourir. On peut contester ce choix résolu mais il faut respecter la force de caractère dont est pourvu le garçon et saluer la témérité dont il fait preuve. Peu d’hommes au village en sont capables, pour ne pas dire aucun. Tuer la Bête ! Des années qu’il ressasse sans arrêt ce refrain, et sa flamme n’avait pas perdu en intensité.

Après une heure et environ cinquante minutes de marche accélérée, il dépassa la lisière et pénétra enfin dans la forêt, qu’il n’avait jamais approchée d’aussi près auparavant. Mais il n’avait nullement le temps ni le goût d’explorer les lieux car il venait de s’introduire sur le domaine de la Bête. Et plus vite il débusquerait sa cachette, plus vite il en aurait terminé avec cette histoire. Il ne comptait pas s’éterniser ici, dans l’inconnu, à la merci d’éventuels prédateurs. A sa merci… Il fit une petite pause de quelques secondes pour boire au torrent qui lui barrait la route. Le débit de l’eau était plutôt tumultueux et celui-ci semblait s’enfoncer plus haut dans le paysage. Rymel en déduit que la Bête avait, comme tout être vivant, également besoin de se désaltérer et que son repaire ne devait pas se trouver trop éloigné du cours d’eau. Réflexion faite, il choisit de remonter la pente et de suivre le torrent, c’est-à-dire de prendre de la hauteur, en espérant avoir raison.

Il constata rapidement qu’il ne s’était pas trompé sur la destination et que son intuition était la bonne. Cette cavité creusée dans la roche devant lui indiquait clairement un refuge idéal pour la Bête. L’entrée béante laissait entrevoir la profondeur de la grotte lugubre et ne donnait franchement pas envie d’y mettre les pieds. Mais il en faudrait plus pour impressionner Rymel, toujours confiant, galvanisé par la fin toute proche. Il pouvait compter sur la chance également car il n’avait pas plu une seule goutte sur le trajet ; la lanterne qu’il avait pris soin d’emporter à son départ du village allait s’avérer très utile dans cette obscurité ambiante. Le jeune homme esquissa un sourire comme s’il avait déjà gagné puis disparut à l’intérieur.

Il avançait progressivement, guidé par la lumière providentielle de la lanterne, faisant bien attention à ne pas marcher n’importe où. Il ne voudrait pas trébucher et se casser quelque chose ou tomber dans un trou et ne plus jamais se relever. Les possibilités étaient nombreuses et servir de repas à la Bête ne l’enchantait guère. Se tenir debout, ici, dans son antre, le rendait déjà assez appétissant pour en rajouter. Un joli de morceau de viande qui se balade chez moi : voilà ce que devait certainement se dire son hôte, si tant est qu’il pouvait analyser une situation bien sûr. Rymel continuait d’avancer, traversant l’humidité et longeant les parois.

Il se figea sur place lorsqu’il aperçut deux petites sphères jaunes cligner dans le noir, à quelques mètres de là où il se trouvait. Immédiatement, il se rappela les témoignages des rares survivants et parvint à éviter de justesse l’attaque fulgurante de la Bête en se jetant sur le côté. Sa griffe à l’index, plus longue que les trois autres, frôla sa tempe gauche. Le coup aurait été mortel s’il n’avait pas réagi au bon moment. Profitant de son timing impeccable et posant la lanterne par terre, Rymel fit un bond en avant, la pointe de son épée vers la grosse tête de l’animal. Celui-ci ne se laissa pas avoir et, dans une envolée prodigieuse, sauta en l’air pour atterrir derrière le garçon, qui se retourna promptement afin de lui faire face. Tourner le dos à un prédateur, c’est une erreur fatale que commettent parfois les guerriers peu ou pas entraînés à combattre. Une erreur qu’il ne pouvait se permettre. Il avait travaillé durement dans l’optique d’acquérir les capacités suffisantes et savait maintenant manier la lame comme personne, d’où son plein de confiance.

Les yeux de la Bête reflétaient sa fureur et l’on pouvait parfaitement ressentir l’animosité qui bouillonnait en elle. Mais dans les siens luisaient la détermination. Toute la colère et la frustration remontaient à la surface lorsqu’il repensait aux malheureux villageois, victimes de ses chasses régulières. Porté par son énergie débordante et agissant comme s’il était invincible, il reprit le combat de plus belle, ne pensant qu’à une chose : tuer la Bête. Pour l’instant, ses estocades ne frappaient que le vide mais il espérait ainsi la fatiguer, pour mieux la découper ensuite. En réalité, c’était plutôt l’inverse qui se produisait. Rymel n’en revenait pas, il ne s’attendait pas à de tels mouvements, à une telle endurance. L’affreux monstre, dont les crocs ensanglantés laissaient deviner une alimentation récente, lui opposait une résistance phénoménale, digne des plus grands héros.

Dans un ultime effort, il étendit son bras et, d’un geste net et précis, réussit à entailler l’abdomen de la Bête. Cette dernière poussa un hurlement épouvantable et usa de sa proximité avec son assaillant pour lui lacérer le dos. Puis ils prirent de la distance et s’observèrent mutuellement, calculant leur prochaine charge. C’est la Bête qui s’élança en premier, fonçant délibérément sur Rymel pour lui arracher la tête. Le choc fut violent et les deux se retrouvèrent projetés en avant sur le sol rocailleux. Difficile de discerner qui avait pris l’avantage sur l’autre dans ce chaos. Difficile d’affirmer qui était le prédateur de la proie et la proie du prédateur.

Le jeune guerrier peina à se relever, sous le poids écrasant de la Bête, mais il se releva tout de même. Il extirpa l’épée de son corps sans vie et saisit ses oreilles démesurées : comme il l’avait imaginé plus tôt, il allait ramener sa tête en guise de trophée. Après avoir effectué sa besogne, il rangea son arme dans son fourreau et attrapa la lanterne de sa main libre. Il tituba jusqu’à l’entrée, pas mécontent de revoir la lumière du jour et de respirer l’air frais. Il devait être midi ou presque. En supposant que le retour serait identique à l’aller, Rymel serait rentré dans l’après-midi. Lemyr et les autres étaient sûrement inquiets de sa disparition mais ils seraient doublement rassurés en étant les témoins de sa victoire éclatante. Car enfin, la Bête ne constituerait plus jamais une menace pour qui que ce soit.

Il n’était pas encore complètement sorti de la grotte qu’il s’affaissa de long en large. La lanterne se fracassa contre le granite et la flamme de la bougie s’éteignit aussitôt. Ce n’était qu’une question de temps en ce qui concerne la sienne. Sa blessure étant plus importante qu’il ne l’avait prévue, il ne tarderait pas à rendre son dernier souffle. Néanmoins, malgré ce triste aboutissement, il était satisfait parce qu’il avait rempli son objectif, celui de tuer la Bête. Son village était en sécurité à présent et, avec un tel exploit, il était assuré d’avoir son nom dans les livres. Rymel, le fils du forgeron, serait célébré en héros ! Sa dernière vision fut la tête de la Bête à l’envers, la mâchoire grande ouverte. On aurait pu parier que, dans la mort, elle dessinait un étrange sourire.

Au fond de la crevasse, au milieu des os et des carcasses séchées, des petits grognements réclamaient en chœur de la nourriture. Pour peu qu’ils survivent à l’absence de leur mère, ils seraient bientôt assez débrouillards pour se nourrir eux-mêmes. Et dans ce village caché derrière les collines, il y avait suffisamment à manger pour cinq affreux monstres en pleine croissance.


 

Merci de m’avoir lu et rendez-vous au prochain article surtout !

 

Puissiez-vous atteindre vos objectifs (j’aimerais vous dire comme Rymel mais…) 😉

4 commentaires sur “Nouvelle : Tuer la Bête

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    1. Oui, c’était un détail que je tenais à clarifier le plus possible. Il fallait qu’on se l’imagine précisément !

      Je ne saurais dire ce qui m’a inspiré pour créer la Bête par contre.

      J'aime

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