Nouvelle : Confessions sous la pluie


Holà les Rêveurs !


 

C’est reparti pour un tour ! J’en suis déjà à ma 6ème nouvelle, mon 8ème article, mine de rien. Ça commence à prendre forme, et vous m’en voyez ravi 😀

Ce récit-là est l’histoire d’un trio d’amis inséparables, qui font pratiquement tout ensemble. Entre amitié et déception, amour secret et révélation, vérité et triste réalité, les protagonistes sont face à un choix déterminant. Leur relation va-t-elle y résister ? Ou au contraire, va-t-elle prendre l’eau ?

Bonne lecture à tous !


 

Confessions sous la pluie

 

 

Noyers-sur-Argent est une ville modeste qui compte à peu près 4600 habitants, voire 4800 ou même 5000. On ne sait pas trop, sa démographie est mal entretenue et fluctue souvent en fonction des arrivées et des départs. C’est une municipalité on ne peut plus tranquille et isolée dans une chaîne de montagnes abruptes, cernée par les pâturages verdoyants. L’on dénombre pas moins de 180 noyers intra muros, éparpillés un peu partout sur les bords de l’Argent, la rivière locale très prisée par les pêcheurs. Ces deux éléments distinctifs, dont sont fiers les Noyerois, ont donné leur nom à la ville où tout a commencé. C’est ici que Florian, Julie et Ludovic ont passé leur tendre enfance, ici qu’ils ont appris à se connaître et qu’ils ont grandis ensemble.

Les trois amis se sont rencontrés en primaire et ne se sont plus jamais lâchés depuis. Collège, lycée et université, leurs camarades ainsi que leurs connaissances les ont toujours vus collés l’un à l’autre. Idem du côté des parents et de la famille. Quand on parlait de Florian, il fallait s’attendre à ce qu’on parle aussi de Julie et de Ludovic. En fait, tout Noyers-sur-Argent connaissait pertinemment la nature de leur relation. Les liens d’amitié qui unissaient ces trois-là étaient très forts, c’est indiscutable. Ils paraissaient d’autant plus indestructibles qu’ils avaient expérimenté leur jeunesse de concert.

Mais le vrai ciment de leur édifice, la pierre angulaire de leur colonne, le véritable noyau de leur cellule, c’est Julie. C’est elle en effet, dès le début, qui constitue le centre de l’univers des garçons. Tous deux sont rapidement tombés amoureux de la brune sulfureuse aux formes généreuses. A l’époque du collège, ordinairement la période où le taux d’hormones grimpe en flèche et où la sexualité devient un sujet prononcé chez les adolescents. Ils étaient alors en 5ème et partageaient la même classe tandis que Julie s’était retrouvée dans une classe différente, eux qui n’avaient jamais été séparés jusque là. Un manque cruel s’était fait ressentir et, pour la première fois en tant d’années, Florian et Ludovic s’aperçurent de leurs sentiments respectifs.

Cependant, ils se sont bien gardés de se l’avouer, dès lors engagés sur un chemin périlleux dont l’issue se révélerait probablement ambigüe et possiblement conflictuelle. Mais ça, ils ne le savaient pas encore, hâtés par leurs émotions naissantes et leurrés par leur fougue irrépressible, la plus mauvaise conseillère qui soit pour des débutants. La fille était devenue LE prix. Ce serait au premier qui la séduirait, à celui qui détiendrait son cœur. Et à ce petit jeu, Florian, le grand brun ténébreux, moins introverti que Ludovic et plus à l’aise avec Julie, était le plus fort. Ludovic, lui, était toujours un peu gêné en présence de la belle convoitée. Un soir quelconque, le premier l’a invitée chez lui et est passé à l’action. Aussi simple que cela ! Les deux étaient en couple dès le lendemain, sans avoir remarqués la souffrance de leur ami.

Depuis ce fameux jour, Ludovic souffre en voyant la relation d’amour et de confiance qu’entretiennent Julie et Florian. Depuis ce fameux jour, le pauvre ne peut pas supporter de les voir tous les deux, si débordants de dévotion et d’affection l’un envers l’autre. Et pourtant, il continue de les fréquenter. Car les trois jeunes gens forment une bande qu’on n’imagine pas dissociable. Il continue de sauver les apparences, malgré l’amour secret qu’il porte à Julie, parce qu’il souhaite son bonheur avant tout et parce qu’il ne veut pas blesser Florian. Il a accepté d’endurer cette peine, qui ne fait naturellement qu’augmenter au fil du temps, de peur de faire éclater leurs affinités. Il a toujours été trop gentil, et c’est précisément ce qui lui a coûté la fille de ses rêves.

« Il fait beau aujourd’hui… » se dit Ludovic en regardant le panorama défiler à travers le carreau. Mais cela ne suffisait pas à apaiser son esprit, dans lequel les interrogations se multipliaient. Cette pensée plaisante s’envola comme elle était survenue.

Nous sommes le 24 Juin. L’été vient de débuter. Les trois amis font route vers leur village natal pour y retrouver leurs proches et probablement vivre leurs dernières vacances ensemble. Florian et Julie ont prévu de s’installer dans un appartement non loin du lieu de leurs études. Lui veut devenir ingénieur, elle chirurgienne. Nul doute que les deux amoureux sont promis à un avenir radieux. Ce n’était pas tellement le cas de Ludovic qui, en plus de se retrouver livré à lui-même, n’avait aucune idée de quoi serait constitué son futur. Et surtout, il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il ne verrait plus Julie et que son quotidien changerait du tout au tout. Sa vision du futur était donc logiquement compromise. Pire, il s’en fichait maintenant. Il commençait à se demander s’il fallait rester silencieux à propos du feu qui brûle en lui ou s’il n’était pas plus sage de se dévoiler au grand jour, franc et sincère. Ce dilemme le persécutait depuis quelques semaines déjà. Il n’avait pas encore tranché mais cela ne saurait tarder car le délai expirait bientôt.

Noyers-sur-Argent n’étant pas la porte à côté, le petit groupe fit une pause en pleine nature, au milieu de la verdure, afin de pique-niquer. L’endroit était enchanteur : des sapins solitaires comme voisins affables, l’herbe duveteuse comme paillasse improvisée, le chant singulier des oiseaux pour cortège et le ciel nuageux mais dégagé pour gardien fidèle. Le cadre idéal afin de profiter de l’instant présent ! Ludovic essayait tant bien que mal de contenir ses mauvaises préoccupations, sans y parvenir. Il était à nouveau témoin des regards langoureux de ses deux compagnons, de leurs sourires ardents et de leur connexion exclusive. Comme il les enviait ! Quelque part, au fond, il était tout de même content de savoir que cette routine harassante allait cesser de le brutaliser. Celle-ci prendrait fin avec leur éloignement.

Lorsqu’ils eurent finis leur sandwich thon mayonnaise, Florian se leva d’un bond afin d’aller uriner un peu plus loin, derrière les arbres. Ludovic se sentit plus mal à l’aise que jamais. Toutes ses pensées concernant Julie remontèrent à la surface d’un coup et il ne put s’abstenir de rougir, ce que la belle intéressée ne manqua pas de remarquer :

 

Qu’est-ce qu’il y a, Ludo ? J’ai quelque chose sur le visage ?

Non.. non ! T’es parfaite ! Enfin, t’as rien quoi… Émergea-t-il.

Tu sais, j’ai pensé à un truc toute la journée, enchaîna-t-elle.

Ah bon ? Dis-moi.

 

Ludovic avait du mal à la regarder droit dans les yeux, il était troublé. Et il avait bien du mal à faire taire cette petite voix dans sa tête, qui l’encourageait avec insistance à lui déclarer sa flamme : « Alors ! Qu’est-ce que tu as attends, Ludo ? Tu veux la voir partir sans qu’elle ne sache rien de ce que tu ressens pour elle ? C’est ça que tu veux, crétin ?! ». Il savait qu’aujourd’hui ne serait définitivement pas un jour comme les autres.

 

Oui, c’est étrange. Je me demande… Si ça avait été l’inverse..

L’inverse ? La coupa-t-il sans s’en rendre compte.

Toi et moi. Moi avec toi.

Tu veux dire que..

Toi à la place de Flo, si tu préfères ! Grogna-t-elle en le poussant gentiment.

Ah d’accord ! Je vois.

 

Ludovic réussissait à la regarder sans teinter ses joues cette fois. Il la trouvait si jolie avec ses mèches de cheveux désordonnées qui se livraient bataille, ses lèvres pulpeuses et sa dentition à en faire pâlir une star de cinéma. Le jeune homme en avait oublié son agitation.

 

Donc ? Toi et moi ? Je t’écoute, la convia-t-il à reprendre.

Si ça avait été nous deux le couple et Flo le mec qui tient la chandelle.

C’est tout ce que je suis, moi ? Le mec qui tient la chandelle ? S’enquit-il, vexé par l’expression de la demoiselle.

Mais non ! T’as compris ce que je voulais dire ! Fais pas ta victime steup’ ! Se défendit-elle en employant un ton amusant. Sérieux, tu t’es jamais posé la question ?

 

« Si seulement elle savait… Comment lui annoncer que c’est même LA question que je me pose le plus souvent ! » pensa-t-il à ce moment-là. Cette remarque le faisait sourire intérieurement. La vie était ingénieuse lorsqu’il s’agissait de se montrer ironique. Avant qu’il ait pu répondre à Julie, Florian était revenu, passant ses bras autour d’elle. Ludovic allait devoir attendre l’occasion propice. Car il avait pris sa décision : cette conversation, pas si anodine que ça, l’avait enfin convaincu de s’ouvrir complètement !

 

T’as essuyé tes mains au moins, gros porc ? Demanda Julie pour blaguer.

Bien sûr que non ! Rétorqua Florian en faisant mine de les essuyer sur elle.

 

Ludovic rit aussi. Le temps de tout ranger dans la voiture et le trio était reparti sur les routes, direction Noyers-sur-Argent. Peu après qu’ils eurent dépassé le panneau sur lequel était inscrit le nom de la ville, les nuages, d’un gris presque noir, s’amoncelèrent et il se mit finalement à pleuvoir. Des trombes d’eau déferlèrent sur la région, et plus spécifiquement au-dessus d’eux, quand Florian stoppa le véhicule sous un noyer, ne souhaitant pas prendre le risque de s’embourber et de ne plus redémarrer ensuite.

 

On fait quoi maintenant ?

On attend que ça se calme. Puis on pourra rentrer chez nous.

 

Ludovic attendait toujours le moment opportun mais la présence de son meilleur ami le contraignait à patienter. Il allait forcément être au courant mais il ne voulait pas avoir à s’expliquer devant lui. Julie avait compris la situation et, comme si elle lisait dans ses pensées, chercha un prétexte pour occuper son petit ami et l’envoyer ailleurs. Elle lui chuchota quelque chose à l’oreille et celui-ci s’en alla en marmonnant. Elle se retourna ensuite vers Ludo et lui adressa un sourire dévastateur.

 

On va pouvoir finir notre discussion de tout à l’heure, assura-t-elle.

Oui mais… Qu’est-ce que tu lui as dis exactement ?

Oh ! Trois fois rien. Simplement que j’avais oublié ma pilule et que je ne voulais pas être « déréglée ».

C’est charmant, réagit Ludovic, amusé par l’excuse qu’elle avait donnée.

 

Julie restait sérieuse toutefois. Elle était prête à entendre la réponse de Ludovic ; en réalité, elle était intimement persuadée de ce qu’il était sur le point de lui révéler. Elle aussi voulait que la vérité sorte au grand jour. Une accalmie fit son apparition.

 

Ludo, on est peinard pendant un quart d’heure. Alors vas-y, réponds à ma question.

Tu lâches rien, toi, hein… Soupira-t-il.

 

Il n’aurait pas de meilleure opportunité. Il devait vider son sac, tout ce qu’il avait emmagasiné en lui depuis le collège. On pouvait lire dans ses yeux la détermination qui l’animait.

 

Ecoute Ju, attaqua-t-il, ça fait longtemps, très longtemps que je me pose cette question : « Et si c’était moi à sa place ? ». Et je te jure qu’elle me bouffe cette putain de question. Il ne se passe pas un seul jour sans que j’y pense. La vérité, c’est que…

 

Il inspira profondément tandis qu’elle était pendue à ses lèvres, ses craintes se confirmant. Plus de retour en arrière possible désormais.

 

La vérité, poursuivit-il, c’est que je t’aime Julie.

 

Il laissa un blanc afin qu’elle puisse encaisser l’information. Ludovic croyait avoir tiré une cartouche mais elle s’y attendait plus ou moins. La jeune fille fut tout de même déconcertée. Elle lui fit signe de continuer.

 

Je suis amoureux de toi depuis la 5ème, comme Florian. Mes sentiments sont réels. Je me suis aperçu que tu me manquais terriblement à chaque fois qu’on était obligé de se séparer. Mais… Je n’ai pas été aussi rapide que lui. J’étais plutôt maladroit avec toi. Pas de chance. J’ai dû prendre sur moi quand j’étais avec vous deux. D’un côté, j’étais heureux pour vous, heureux de vous voir ainsi. D’un autre côté… J’avais vraiment mal.

Pourquoi tu n’as jamais rien dit ? Le coupa-t-elle, attristée.

Impossible. J’aurais gâché notre amitié avec mes conneries.

L’amour n’est pas une connerie, Ludo…

Ouais… A mes yeux, c’est tout comme tu sais. Je n’ai pas choisi de t’aimer. Il y a même des fois où j’aurais voulu qu’on m’achève tellement c’était douloureux. Il fallait que je te le dise. Au moins, j’aurais été honnête avant qu’on vive nos propres vies. J’imagine que c’est déjà ça, conclut-il en versant une larme.

 

Julie ne put retenir les siennes non plus. Elle caressa la joue mouillée de son ami avec compassion. Elle pouvait facilement ressentir son mal-être. Il avait parlé avec son cœur.

 

Je suis désolée que tu te sois autant attaché. J’avais des doutes, vu la façon dont tu me regardais et comment tu te comportais comme un idiot avec moi. Mais si j’avais su que c’était aussi fort, je serais intervenue, crois-moi. Parce que c’est malsain, pour nous tous.

 

Ludovic secoua légèrement la tête de bas en haut afin d’indiquer qu’il était d’accord. Elle leva la main gauche à hauteur de son visage en écartant bien ses doigts.

 

Tu vois ça ? Dit-elle en mettant sa bague en évidence. C’est notre promesse d’engagement. Flo et moi, on s’est fiancé. On allait t’en parler, on veut que tu sois notre témoin de mariage !

Félicitations… approuva-t-il à contre cœur, amer. Il faut que j’y réfléchisse, mais merci.

 

Cette nouvelle fut pour lui comme un poignard qu’on tournait lentement dans sa chair écorchée vive. Il en venait à regretter sa déclaration.

 

T’es un mec super Ludo, affirma-t-elle. Je suis sûre que tu trouveras la bonne. Tu verras, elle sera beaucoup mieux que moi. Et puis tu finiras par me remplacer. Je te le souhaite en tout cas.

Mouais, t’es adorable. Ne t’inquiète pas Ju, je me suis fait une raison il y a longtemps déjà, répliqua-t-il fatalement. Flo et toi, vous êtes faits pour être ensemble. Et s’il y a quelqu’un qui mérite d’être heureux, c’est toi. Je ne m’immiscerai pas entre vous. C’est toujours mon meilleur pote et, toi, tu es toujours… une amie fantastique. Je suis content de te connaître.

 

Julie s’était remise droite sur son siège, se rongeant les ongles car ne sachant plus quoi répondre. Elle n’était pas la personne la plus apte à le consoler là, tout de suite, et elle en était consciente. Ludovic avait tourné sa tête vers la fenêtre de son côté, le regard perdu dans le vide. Concentré, sans l’être véritablement, sur les gouttes qui ruisselaient le long du vitrage, il distinguait à peine les cercles de lumière rouges orangés qui brillaient au loin. « Et maintenant ? Qu’est-ce qui m’attend ? » s’interrogea-t-il, gagné par la mélancolie. Nul n’avait la réponse à cette question, il allait devoir tracer son chemin pour le savoir. Et comme si c’était fait exprès, la radio passa une chanson qu’il aimait beaucoup et qui lui rappelait son adolescence. Il ne se souvenait plus du titre ni de l’interprète mais qu’importe. Il s’égara dans ce moment de silence bienvenu.

Alors que les trois amis revenaient à leurs origines, leur relation en serait sans doute bouleversée à tout jamais.


 

Finish ! Finito !

 

J’ai eu du mal à la finir, j’espère que vous l’apprécierez.

Je ne sais pas encore sur quel thème portera ma prochaine nouvelle.

 

D’ici là, portez-vous bien !

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

 

PS : Le titre de la chanson est Diamonds on the Inside et l’interprète est Ben Harper.

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