Nouvelle : Cercueil à ciel ouvert

Bonjour les Rêveurs !

 

How are you today ? Un peu d’anglais ne fait jamais de mal, pas vrai ?

En ce qui concerne cet article, j’ai décidé d’écrire ma troisième nouvelle plus courte (désolé pour les adeptes de la longueur). C’est surtout un message, sous forme littéraire mais un message tout de même, que je tiens à faire passer. Et puis, on peut dire que c’est un dernier parfum d’été avant l’arrivée de l’automne. Allez, bonne lecture ! Enjoy !


 

Cercueil à ciel ouvert

 

 

Les Saunier avaient peu dormi, et c’est compréhensible. Tous étaient excités à l’idée de s’envoler – ou plutôt de rouler – jusqu’à leur destination traditionnelle des vacances. Des vacances amplement méritées pour cette famille de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, qui attend toujours l’été avec impatience, à l’instar de beaucoup d’autres qui peuvent se le permettre. Les parents n’ont pas à se plaindre, ils gagnent assez d’argent pour pouvoir se faire plaisir. Le mari est banquier dans une grande société financière tandis que l’épouse est professeure d’Éducation Physique et Sportive dans un collège très fréquenté, non loin de leur lieu d’habitation.

Comme chaque année, la petite troupe se rend au Pays Basque, à la frontière espagnole, dans un village situé près de Bayonne. Elle va y rejoindre le frère de Clarisse, la mère, qui les héberge dans sa maison à flanc de montagne. Celle-ci observe tendrement ses enfants attacher leur ceinture respective et balancer des pieds sur leur siège. Bastien et Raphaël, les deux garçons de neuf et cinq ans, étaient manifestement les plus joyeux. Et pour cause : en plus d’être inconscients du fait de leur jeune âge, ils n’avaient pas à se soucier du trajet et de ses gros inconvénients. C’est une tâche pénible qui incombait à leur père.

Laurent retournerait volontiers en enfance rien que pour ne plus avoir à assumer cette lourde responsabilité. C’est lui le conducteur, le garant de la sécurité de ceux qu’il aime. En prenant la route, il tient leur vie entre ses mains. Mais il n’avait pas le temps de s’y attarder pour l’instant. Il programmait soigneusement son GPS en faisant bien attention à la configuration : ni péage ni autoroute ! Laurent déteste l’autoroute plus que tout au monde, il ne veut même pas en entendre parler. En partie parce qu’il est radin et qu’il ne souhaite donc pas payer les tarifs exorbitants imposés par l’État, mais pas seulement. Il a horreur de ces masses d’asphalte à double, triple, voire quadruple voie, dont on ne voit pas la fin, qu’il considère monotones, laides, épuisantes et par conséquent, dangereuses. Vous l’aurez compris, le quadragénaire n’est pas un partisan de l’autoroute, qu’il a d’ailleurs « affectueusement » surnommée « cercueil à ciel ouvert ».

Il afficha l’itinéraire pour vérifier qu’il ne s’était pas trompé quelque part : Chartres – Tours – Poitiers – Angoulême – Bordeaux – Bayonne. Rien d’anormal. C’est avec appréhension qu’il démarra la berline, une BMW série 3 flambant neuve, pleine à craquer, et suivit le tracé rouge indiqué sur l’écran de l’appareil électronique. Il roula sans problème durant les trois ou quatre premières heures, période pendant laquelle les enfants dormaient la plupart du temps à poings fermés, exténués de s’être levés si tôt. La chaleur, la faim et l’ennui vinrent bientôt troubler la sérénité ambiante. Laurent, qui affrontait le sommeil à dose importante de caféine, faisait l’effort de s’arrêter souvent sur les aires de repos qu’il pouvait trouver en chemin. Il ne faudrait pas oublier de bien manger, bien s’hydrater et d’aller aux toilettes quand les besoins pressants se faisaient sentir.

La famille Saunier était presque arrivée à destination. Elle avait parcouru environ 569 kilomètres lorsque le père s’engagea de nouveau sur la Nationale 10. Cette route étendue du Sud-Ouest qui relie Paris et son agglomération à l’Espagne. Laurent et sa femme pouvaient d’ores et déjà respirer l’air des Pyrénées, humer le vent marin de l’Océan Atlantique, imaginer ses rouleaux s’écraser avec fracas sur le sable des belles et spacieuses plages de la Côte d’Argent. Ils y étaient presque. Leur récompense les attendait au bout de cette route. Elle les attirait comme un aimant gigantesque.

Mais lorsqu’on roule, le danger rôde partout ; il faut craindre de le voir débarquer à n’importe quel moment, se montrer vigilant. Et c’est précisément lorsque le conducteur perd sa concentration qu’il est le plus menaçant. Il était 16h46, le soleil tapait toujours aussi fort sur le bitume et le GPS attestait qu’il ne restait que 27 minutes avant d’atteindre le Graal. Cela faisait à peu près cinq minutes que Laurent zappait les stations de radio, dans l’espoir de tomber sur une musique qu’il apprécierait. Ce fut le cas avec Over my shoulder du groupe anglais Mike and the Mechanics. L’homme représentait peut-être le bourgeois typique mais nul ne pouvait dénigrer ses goûts indéniables en matière de musique.

Alors qu’il sifflait l’air de la chanson et qu’il s’apprêtait à doubler un poids lourd, il ne fit pas attention au 4×4 Range Rover noir lancé à toute vitesse, à au moins 160 km/h, qui le dépassa sans ménagement. Les deux véhicules entrèrent en collision en une fraction de seconde. Laurent n’avait pu éviter l’accrochage et dût s’employer afin de ne pas s’encastrer dans le châssis du camion. La BMW termina son rallye effréné sur la bande d’arrêt d’urgence, ne comptant que des dommages collatéraux : une carrosserie abîmée. Tous étaient choqués de cette folie mais Laurent avait agi avec sang-froid et rapidement maîtrisé la situation, qui aurait pu empirer, sous les hurlements collectifs. Il reprenait doucement ses esprits, tout en sachant pertinemment qu’il venait de sauver sa femme et ses garçons d’une mort certaine, mais qu’il aurait également pu tous les tuer…

Finalement, les quatre membres de la famille arrivèrent sains et saufs au village basque, pas mécontents de quitter la voiture qui aurait pu s’improviser corbillard. Laurent, lui, s’est promis qu’il ne se ferait plus jamais avoir et qu’il ne laisserait plus jamais le contrôle lui échapper ainsi. Après tout, pensait-il, « une route est une route, et chacune d’entre elle peut se révéler être un cercueil à ciel ouvert. »

Si vous aussi vous prenez la route en direction des vacances, pour vous rendre au travail ou n’importe où ailleurs, ne soyez pas stupides s’il vous plaît. Respectez les limitations de vitesse et faites bien attention aux autres voyageurs. Si vous vous endormez, ne repoussez pas vos limites, arrêtez-vous dès que c’est possible. Ne mettez pas votre vie en danger ni celle des autres juste pour gagner un peu du temps. Comme nous met en garde une célèbre citation : « Mieux vaut arriver en retard dans ce monde qu’en avance dans l’autre ». Il est bon de savoir qu’outre l’alcool, la vitesse et la somnolence sont les principaux facteurs d’accident sur la route. Si vacances rime avec plaisance, vacances rime aussi avec prudence !


 

Libre à vous de cliquer ou non sur le son (mais je vous le recommande). Il s’agit de la chanson mentionnée dans le récit. Très bon groupe.

Merci de m’avoir lu et bonne continuation ! Je ferai plus long la prochaine fois. Promis.

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

3 commentaires sur “Nouvelle : Cercueil à ciel ouvert

Ajouter un commentaire

  1. Coucou
    À la vue du titre je m’attendais à une fin plus dramatique, heureusement ce ne fût pas le cas.
    Beau récit, avec des détails, on sent la recherche.
    Quoiqu’il en soit, le message est bien passé en ce qui me concerne.
    Bisou

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Cathy !

    En effet, le titre laissait envisager le pire. C’était fait exprès, mon côté sadique ça.

    Et bonjour Blandine !

    C’est vrai que c’est une situation que n’importe qui a pu connaître sur la route. C’est quelque chose qui parle.
    Moi aussi j’aime beaucoup cette citation. Si j’avais pu la sortir comme excuse à l’école ou ailleurs 😛

    J'aime

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