Nouvelle : L’homme et le vieux pont de pierre


Hello les Rêveurs !

 

Comment allez-vous en cette fin de mois d’Août ? Moi, ça va toujours. Surtout quand je sais que je suis sur le point d’écrire une « nouvelle nouvelle » (avec des gros guillemets) 😛

Comme prévu, je change de registre. Allez, je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous-mêmes ce qu’il en est. En vous souhaitant une bonne lecture !


 

L’homme et le vieux pont de pierre

 

Adam était un dingue de photographie. Partout où il le pouvait, en présence de n’importe qui, il prenait des clichés. Inlassablement. C’était plus fort que lui, je vous jure. Animaux sauvages ou domestiques, un moment romantique au coin d’une rue, la rosée du matin sur les feuilles fraîchement tombées, l’architecture des bâtiments : tout y passait ! Sans exception. Je me souviens encore de sa réaction démesurée, comme celle d’un gosse qui reçoit le cadeau dont il rêvait tant, quand Erin lui a dégoté ce superbe appareil photo dernier cri. C’était pas de la rigolade cet engin, sans déconner ; un Nikon ou un Canon, je crois, qui pouvait zoomer à je ne sais plus combien de mètres. Enfin bref.

Erin, oui ! J’y arrive. Comment ne pas vous parler d’elle ? Haha ! Erin, c’est le petit bout de femme énergique qu’il a épousée après quatre ans de vie commune dans leur studio. Leur « nid d’amour » qu’ils aimaient l’appeler. Ah, ça ! On peut dire que ces deux-là filaient le véritable amour et, croyez-moi, c’était un beau spectacle. Quel couple attendrissant ils formaient. Leur bonheur en était même devenu contagieux. De mémoire, je n’ai jamais vu mon frère aussi épanoui qu’avec elle. Blonde aux reflets cuivrés, d’une gentillesse sans borne, toujours compatissante et très à l’aise avec les autres. Je n’ai pas mis bien longtemps à l’accepter dans la famille. Pour moi, et de l’avis de bon nombre de gens qui la connaissaient aussi, Erin était la femme parfaite pour lui. Ils étaient faits pour s’entendre. Destinés à se rencontrer.

Adam est tombé sur elle pour la première fois sur ce vieux pont de pierre, sur lequel il se rendait souvent pour prendre des photos. C’était son lieu de prédilection, son havre de paix. Un endroit qu’il pouvait décrire en détails sans jamais se tromper, un peu comme s’il avait vécu sur ce pont toute sa vie. A l’écouter, il aurait pu en parler des heures. Au moment de la rencontrer, il faisait ce qu’il faisait la plupart du temps, quand il n’était pas occupé à écouter ses classiques de jazz ou à jouer avec ses deux énormes golden retrievers couleur sable : je vous laisse deviner… Il scrutait l’horizon à travers son objectif, c’est cela ! Pas difficile, hein ? L’index en alerte, prêt à appuyer sur le bouton, Adam avait adopté la pose la plus confortable afin d’être sûr de ne pas passer à côté d’une perle. Tour à tour, ses yeux cherchaient à capturer le meilleur instant possible. Et Dieu m’en soit témoin, cet idiot avait un vrai don pour capturer le meilleur instant possible !

C’est là qu’elle est apparue. Il lui a suffi de se placer devant l’appareil, dans son champs de vision, pour que le charme opère. Mon frère avait vu un ange descendre sur Terre, le monde autour de lui n’avait plus aucune sorte d’importance. Plusieurs sourires plus tard, l’affaire était déjà réglée. « Dans la boîte ! » s’exclamerait-il satisfait s’il avait été question de photographie. A son grand désespoir, il était nettement moins doué lorsqu’il s’agissait d’amour. Heureusement qu’Erin a pris les choses en main. J’en ris encore quand j’y repense et vous seriez aussi hilares que je ne l’étais si vous l’aviez vu lutter contre la maladresse. Quel empoté il pouvait être parfois ! Vous connaissez la suite. Un mélange de câlins, de partage, de disputes et de mariage. Ils étaient si proches qu’on ne disait plus Erin sans Adam et vice versa. Erin et Adam. Adam et Erin.

J’aurais aimé affirmer : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Oh oui… Si vous saviez à quel point j’aurais aimé. Si vous saviez à quel point j’aurais voulu vous raconter une fin digne d’un conte de fée, car leur histoire fut réellement un conte de fée. Mais la fin fut carrément à l’opposé de ce qu’on était en droit d’attendre. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour revenir en arrière ! Pour revoir Adam croquer la vie à pleines dents, rien que pour les revoir tous les deux main dans la main, yeux dans les yeux, l’un collé à l’autre… Leur histoire bascula définitivement le jour de l’Accident. Entre nous, c’est comme ça qu’on le nomme, ce jour que je continue de maudire à chaque prière.

Ce jour-là, les rayons chauds et revigorants du soleil illuminaient la majeure partie de la région. Erin et Adam allaient célébrer leur rencontre, qui datait alors de huit ans. Naturellement, ils étaient retournés sur ce vieux pont de pierre. Le temps d’observer les environs, de se poser et de se souvenir, de prendre quelques photos. Passé ce moment d’ivresse, Adam proposa à Erin de faire une séance de canoë-kayak sur cette même rivière, un rêve qu’elle n’avait encore jamais réalisé. Bien sûr, c’était une surprise préparée d’avance ; l’enthousiasme de la jeune femme le ravit. Ils louèrent donc leur embarcation à un prix raisonnable et pagayèrent à leur rythme sur la rivière réputée pour son calme.

Leur petite croisière se déroulait sans accroc jusqu’à ce que mon frère, gêné par de vilaines crampes, ne soit obligé de laisser les commandes à Erin. Il en profita également pour photographier les alentours. A partir d’un certain point, les amoureux avaient dérivé beaucoup trop loin sur le cours d’eau, dont la nature commençait à se transformer, et ils n’avaient pas perçu le danger se profiler. Puis survint l’Accident. Le courant accéléra brusquement sa course. Le couple avait beau tenter de rejoindre le rivage et avait beau fendre l’eau de toutes ses forces, il fallait se rendre à l’évidence : il était impossible de rivaliser contre la puissance de Mère Nature. Dans la panique, Erin heurta un rocher de la taille d’un camion avec sa pagaie. A cause de la violence du choc, le canoë se retourna immédiatement et les deux furent projetés à l’eau.

Adam puisa dans ses réserves pour tenter de rattraper sa bien aimée. Hélas, elle s’était déjà éloignée d’une cinquantaine de mètres, criant désespérant son nom. La dernière image qu’il vit d’elle fut cette main si douce et si féminine, cette main qu’il chérissait tant, disparaissant comme une épave submergée de toute part sous les flots meurtriers. Suite à ça, plus rien. Le déni, le vide, le blackout. Lui aussi avait été emporté par la rivière réputée pour son calme. Il fut sauvé par je ne sais quel miracle et retrouvé sur la berge deux kilomètres plus loin. Erin n’eut pas cette chance, son corps ne sera retrouvée qu’une semaine après le drame. Adam ne s’en remit jamais. Comment se remettre d’un tel traumatisme ? Je n’ai pas la réponse à cette question…

Évidemment, mon frère considérait que c’était sa faute si elle était morte ce jour-là et endossa seul le poids de cette « erreur ». Je le soutenais au maximum dans cette dure épreuve mais je me sentais impuissant. Je l’ai regardé sombrer dans l’alcool et la détresse durant trois longues années, à essayer de me débarrasser de cette foutue culpabilité qui le torturait. Pas moyen de l’en extirper. Son amour pour Erin était viscéral et, quoiqu’on fasse, son âme était partie avec elle. J’étais son frère. Il avait une famille dévouée. Mais il ne lui restait plus rien, hormis des regrets et ce deuil qu’il n’est jamais parvenu à surmonter.

Lorsque je suis passé chez lui le mois dernier et qu’il n’y avait personne, j’ai su au fond de moi que c’était la conclusion d’une belle mais navrante histoire. Une tragédie qui aurait méritée meilleur scénario. Je me suis rendu sur le vieux pont de pierre, se tenant fièrement sur les eaux trompeuses de la rivière, où il se tiendrait encore d’ici un siècle ou deux. Immuable, résistant aux dégâts du temps. Je ne voulais pas voir cette scène, j’ai dû me forcer à inspecter les lieux. En contrebas, sur la bande de galets qui entourait le cours d’eau, gisait le cadavre de mon crétin de frère. Au final, il avait choisi de la rejoindre, comme je l’avais prédit. Curieusement, je me suis senti soulagé. Oui, soulagé que ce cauchemar soit enfin terminé.


 

Merci de m’avoir lu et à très vite pour de nouvelles aventures (c’est débile, je sais, mais j’ai toujours rêvé de dire un truc pareil !).

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

2 commentaires sur “Nouvelle : L’homme et le vieux pont de pierre

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :