Nouvelle : Mince frontière


Coucou les Rêveurs !

 

J’espère que vous êtes en forme ? Personnellement, ça va !

Aujourd’hui, je publie enfin (depuis le temps que je me répète : « Il faut que je le fasse ! Je sais que je peux le faire ! ») ma première nouvelle, prélude à de nombreux récits qui restent à venir.

Dîtes-moi si jamais quelque chose vous a déplu ou si, au contraire, vous avez vraiment aimé. Je ne souhaite que m’améliorer et vous faire rêver. Alors faites-moi signe 🙂


 

Mince frontière

 

Ma mère et moi, nous avons ce rituel pratiquement tous les week-end. Un rituel qui paraîtrait stupide aux yeux de certains mais sacré pour nous : partir sur les routes à bord de notre vieux van Volkswagen, sans itinéraire particulier. Nous nous contentons simplement de rouler et, c’est à chaque fois avec un plaisir d’enfant, que nous découvrons les nombreux paysages environnants et profitons des merveilles de la nature. Rien que toutes les deux. Le bonheur à l’état pur ! Pas de prise de tête, pas d’ennui, pas de dérangement. Un seul mot d’ordre : se détendre ! Ces occasions, que nous essayons maintenant de multiplier, nous font un bien fou car elles nous permettent de nous vider l’esprit et de nous retrouver.

J’ai une relation plutôt fusionnelle avec ma mère, alors je prends grand soin de ces petites sorties entre filles. La vie nous avait quelque peu séparées à la mort de Papa. Ou du moins, sa tentative de nous éloigner l’une de l’autre avait failli réussir. C’est vrai que sa disparition fut soudaine. Brutale. Un cancer foudroyant avait eu raison de lui. J’ai pleuré, ça oui… J’ai beaucoup pleuré. Mais Maman, elle… Elle s’est complètement effondrée. Les trois années qui ont suivies le drame fut un cauchemar, pour elle comme pour toute la famille. Je pensais que c’était fini. Que nous avions perdu la femme que nous connaissions et que la maladie l’avait emportée en même temps que Papa.

Je ne pouvais pas la laisser se détruire, elle qui respirait la joie de vivre. Un jour, j’en ai eu assez de la voir dans cet état. Donc j’ai eu la bonne idée de retaper le van de Papy puis de l’emmener faire un tour. Elle n’appréciait pas trop le voyage les premières fois. C’est normal, son esprit ne se trouvait pas dans l’instant présent. Mais elle s’y est rapidement habituée et cette perspective de « road-trip » n’était finalement pas si désagréable. Nous avons dormi à la belle étoile, chanté à en perdre la voix autour d’un feu de camp, nous nous sommes baignées dans ce lac aux eaux gelées, nous avons ri et perdu le fil du temps. Cette expérience extraordinaire l’avait non seulement sauvée, mais elle avait aussi changé ma vie. Et à chaque fois, nous jurions de recommencer. J’avais en tête cette image de deux gamines, le sourire large, qui se pressaient de remonter les marches du toboggan à toute vitesse. Une dizaine de glissades ne leur suffisait plus : il leur en fallait une vingtaine, une trentaine.

Notre dernière sortie fut différente ; elle m’a fait un peu peur. Apparemment, elle aurait aperçu la silhouette d’un homme au coin d’un arbre, sur le bord de la route. Et cet homme n’aurait été autre que Papa… Comment était-ce possible ? Comment pourrais-je y croire ? Je ne savais que penser de cette histoire absurde. Ma mère voyait-elle des fantômes ? Avait-elle des hallucinations ? Délirait-elle à cause du chagrin ? Je préférais ne plus y songer et ne pas donner d’explication à ceci.

Toutefois, cet incident ne me fit pas perdre espoir et je repassai la chercher la semaine suivante pour une nouvelle excursion. Il faisait frais ce matin-là, le thermomètre du véhicule n’affichait pas au-delà de 13°C et un vent léger s’était levé. Maman avait revêtu sa traditionnelle doudoune orange fluo ainsi que la longue écharpe grise qu’elle avait offerteq à Papa le jour de ses 56 ans, soit un an avant sa mort. Elle affichait bonne mine. Mais ses yeux révélaient autre chose, un autre type d’excitation que cette sortie entre une mère et sa fille. Peut-être s’attendait-elle à revoir mon père, l’homme qu’elle a aimé du plus profond de son être pendant 28 ans et qui lui manque terriblement aujourd’hui. Je pouvais le comprendre, j’aurais sans doute réagi de la même façon à sa place. Tandis que je m’installais au volant, je m’abandonnais à la nostalgie. Je visualisais tous ces repas de famille, toutes ces fêtes organisées, tous ces moments de joie qpartagés ensemble. Maman n’était plus présente non plus, mentalement parlant. Nous n’échangeâmes aucun mot et nous nous mîmes en route.

Je roulais depuis au moins deux bonnes heures à travers cette imposante forêt de conifères. Ou trois ? Je n’en savais rien et je perdais ma concentration au fur et à mesure que les crampes m’assaillaient. Je comptais m’arrêter sur le prochain parking de fortune que nous croiserions quand, tout à coup, ma mère s’écria :

 

Là-bas, regarde !

 

Au milieu des arbres, on pouvait à peine distinguer une cabane en bois. Le genre d’endroit à vous faire frémir. J’étais étonnée que Maman ait été capable de la remarquer d’aussi loin, elle qui ne possédait pas une vue très performante. Cela confirmait en tout cas mes soupçons quant à sa recherche du « fantôme » de Papa. Sinon, comment aurait-elle réalisé cette prouesse ?

Je garai le van aux abords de la propriété privée ; un panneau métallique rongé par la rouille nous l’indiquait partiellement. Avec ce message qu’on voit toujours dans les films, vous savez, celui qui est censé effrayer les imprudents et les curieux : « Défense d’entrer ! ».  Le message en question n’empêcha pas ma mère de descendre précipitamment et d’avancer un peu trop à mon goût vers cette horrible cabane. Les restes d’une ferme à priori. A gauche, un enclos boueux, sûrement destiné à l’élevage du bétail. A droite, un ancien champs, où le propriétaire devait certainement y cultiver ses propres légumes. Je ne m’attendais pas à tomber sur pareille découverte mais il me fallait avouer qu’en un sens, cette petite escapade devenait étrangement intéressante. Mais plus nous nous rapprochions de la cabane, bien que probablement inhabitée, moins j’étais rassurée. Je me demandais par quelle force obscure cette vieille bicoque angoissante tenait encore debout.

 

On devrait s’en aller Maman. Déclarai-je pendant qu’elle revenait vers moi, son téléphone portable à la main.

Oui, tu as raison ma chérie. Répondit-elle en accélérant le pas.

 

Elle m’entoura d’un bras, brandit son iPhone face à nous, et prit un selfie sans que j’eus le temps de réaliser ce qui venait de se passer. « Je voulais garder un souvenir de ce lieu morbide » dira-t-elle plus tard. Sauf qu’elle n’aura pour souvenir que sa mémoire, car c’est à ce moment précis que s’est produit l’invraisemblable. Lorsque nous nous sommes penchées pour observer la qualité de la photo, nous avons retenu notre souffle : en fond d’image, derrière nous, il n’y avait rien d’autre que des arbres, rien d’autre que cette imposante forêt de conifères. Ni cabane ni restes de ferme. Sous le choc, nous avons pourtant tenté de nous raisonner, de trouver une interprétation logique à cela. Maman avait peut-être mal cadré ? Ou peut-être qu’on s’était mal placé par rapport au cadre ? Ou alors, nous avions simplement mal vérifié ? Non, aucune de ces alternatives.

Nous retourner vers la fameuse propriété n’y changea rien. Celle-ci n’était plus là où elle était encore il y a tout juste 30 secondes ! Comme si la cabane et sa ferme n’avaient jamais existées ! Comme s’il s’agissait du fruit de notre imagination… Nous étions littéralement abasourdies, incapables de prononcer le moindre mot. Puis, dans le silence qui planait, ma mère se mit à esquisser un sourire. Un sourire auquel j’avais rarement eu l’occasion d’assister, un sourire rempli de bonheur, de sincérité et de gratitude. Il m’a fallu quelques minutes pour me remettre de mes émotions mais j’ai compris, en fin de compte, ce qu’elle ressentait.

Sans cette photo des lieux, elle n’avait certes pas la preuve de son existence. Mais elle avait en revanche désormais la preuve d’avoir réellement aperçu Papa, qu’elle pourrait donc le croiser à nouveau, qu’elle n’était peut-être pas si folle qu’elle le pensait et que la frontière entre le réel et l’irréel était beaucoup plus mince qu’on ne voulait bien le croire. Et cette pensée réconfortante suffisait à la rendre heureuse.


 

Merci de m’avoir lu ! Je vous dis à très bientôt, pour un nouvel article.

Puissiez-vous atteindre vos objectifs 😉

8 commentaires sur “Nouvelle : Mince frontière

Ajouter un commentaire

  1. Coucou Cathy !

    Je vous remercie, votre commentaire me fait très plaisir.

    En fait, pour tout vous dire, j’ai déjà pas mal d’idées de plusieurs histoires. Mais malheureusement, non. Les nouvelles que je prévois d’écrire n’ont pas de liens entre elles. Je vais varier les genres littéraires pour m’essayer à différents styles.

    Je peux cependant vous promettre une chose : les prochaines seront aussi bien écrites, si ce n’est mieux !
    Merci de me lire et à bientôt 😀

    J'aime

    1. Merci Nathalie ! C’est votre commentaire qui est vraiment encourageant. Héhé.

      Je ne pensais pas qu’une simple nouvelle susciterait de l’intérêt jusqu’à vouloir une suite, mais je prends note. Un jour ou l’autre, pourquoi pas !

      Portez-vous bien 🙂

      J'aime

  2. Félicitations ! J’ai beaucoup aimé, bien écrit, juste un petit regret : trop court, J’en voulais encore et moi aussi j’adore les thrillers avec beaucoup de suspens ! Continuez !!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :